Saint-Valentin, opération séduction des écrivains publics à Bruxelles

Les écrivains publics apportent aussi aux bénéficiaires une présence humaine, parfois un soutien psychologique.
Les écrivains publics apportent aussi aux bénéficiaires une présence humaine, parfois un soutien psychologique. - © RTBF

Original et insolite! Cette fois, la Saint-Valentin retrouve ses lettres de noblesse avec cette opération d'information organisée ce 14 février dans trois lieux de la capitale par les écrivains publics. Pour mieux faire connaître leur travail, ces écrivains particuliers ont proposé d'écrire avec les passants des lettres d'amour ou de désamour ; des lettres adressées à des personnes, des institutions ou des lieux particuliers. Une opération séduction plutôt appréciée.

Une dizaine de membres du réseau de Présence et Action Culturelle (PAC), un mouvement d'Education permanente, sont allés à la rencontre des passants à la Place Flagey, à la Place du Jeu de Balle et près de la Gare Centrale, de 11h à 16h. En proposant cet exercice d'écriture de lettre d'amour, les bénévoles du réseau entendaient surtout mieux faire entendre leurs missions quotidiennes. "C'est une initiative vraiment intéressante, surtout à l'occasion de la Saint-Valentin", affirme une passante accompagnée de son Valentin.

En Belgique francophone, le rôle principal des écrivains publics est d'accompagner les personnes qui ont des difficultés d'écriture à rédiger des courriers personnels, officiels ou administratifs. La cinquantaine de bénévoles du réseau du PAC offrent un véritable service gratuit au public. Un travail social qu'ils effectuent par passion ou par militantisme, en plus de leur profession habituelle. Les bénévoles sont issus de tous les milieux et de tous les secteurs. Mais tous ont la passion de l'écriture ainsi qu'une fibre sociale. Environ 80% des bénévoles sont des femmes. "Nous ne pouvons pas expliquer ce pourcentage élevé", explique Catherine Meeus, bénévole et violoniste de profession. "Ce qui est évident", affirme Isabelle Donner, écrivaine publique et travailleuse sociale, "c'est que nous sommes tous animés, hommes et femmes, par ce besoin de venir en aide aux personnes défavorisées ou en difficulté. Nous voulons d'abord les écouter, puis les aider dans leurs démarches, pour lire et pour écrire, par exemple lorsqu'elles doivent envoyer un courrier administratif. Il n'y a pas que les personnes illettrées qui font appel à nous. Le profil des bénéficiaires est vraiment très varié".

Des demandeurs au profil varié

On estime qu'environ 10% de la population belge est confrontée à des degrés divers à des problèmes d'analphabétisme. Une partie de ces personnes trouve régulièrement de l'aide dans les permanences des écrivains publics du réseau ou auprès d'autres écrivains publics indépendants ou attachés à une administration communale, par exemple. Mais d'autres personnes font appel à ce service. C'est le cas des personnes qui savent écrire mais qui ne sont pas à l'aise dans la rédaction de certains courriers particuliers ; par exemple, lorsqu'elles doivent écrire à leur notaire ou à un avocat. Autre exemple, le plus fréquent : le demandeur d'emploi qui ne sait pas très bien comment rédiger son CV ou sa lettre de motivation. Une personne âgée en perte d'autonomie ou à la vue déficiente peut aussi solliciter ce type d'accompagnement. Ethique oblige, les écrivains publics du réseau PAC refusent d'écrire certains documents, comme une lettre d'insulte ou de dénonciation. C'est un des principes que les bénévoles apprennent au cours de leur formation. Environ 17 jours de cours et un stage d'une quinzaine d'heures, certificat à la clé.

Pas de statut, pas de statistiques

Contrairement à d'autres pays, la Belgique n'offre pas (encore ?) de véritable statut à cette activité pourtant bien utile. "On ne peut pas parler d'un véritable métier", explique Aurélie Audemar, coordinatrice régionale du réseau PAC. "Il n'y a pas de statut officiel chez nous". Et Catherine Meeus de préciser : "En France, cette activité est reconnue. Un diplôme est délivré ; mais la fonction d'écrivain public n'est pas tout à fait pareille non plus. Dans l'Hexagone, certains écrivains publics sont d'ailleurs rémunérés ; par exemple pour relire et corriger un mémoire. Quant au nombre de bénévoles en Belgique, je ne pourrai pas avancer de chiffres. Il y a des rédacteurs en dehors de notre réseau. Mais j'ignore leur nombre".

Des scribes au temps de l'Internet

Sortes de descendants des scribes ou des copistes, les écrivains publics doivent aujourd'hui s'adapter à l'évolution des supports. La bonne vieille lettre, la plume et le papier restent d'actualité. Mais certains courriers prennent forme grâce aux touches du clavier d'ordinateur. Par exemple pour envoyer un CV à un employeur. "Nous n'en sommes pas encore à rédiger nos courriers via les réseaux sociaux", explique Isabelle Donner. "Le papier reste la base, mais nous sommes ouverts aux nouvelles technologies".

N'oublions cependant pas que bon nombre de demandeurs n'ont souvent pas les moyens financiers de s'offrir un smartphone, une tablette ou un ordinateur. "Et de toute manière, notre travail suppose surtout un contact humain direct", précise Isabelle Donner. Le support en ligne n'est donc pas l'outil le plus adéquat. D'autant que les bénévoles apportent aussi aux bénéficiaires une présence humaine, parfois un soutien psychologique.

Souvent méconnus du grand public, ces bénévoles méritent à tout le moins un sérieux coup de coeur. Après tout, ce 14 février, c'est la Saint-Valentin.

Informations sur www.espace-ecrivain-public.be. Pour Bruxelles et le Hainaut, un n° de téléphone : 02 545 79 28.

Certains CPAS fournissent aussi des renseignements sur les permanences et les services proposés.

Jean-Claude Hennuy

 

 

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