Saint-Gilles: haute tension entre les jeunes du square Jacques Franck et la brigade Uneus

Square Jacques Franck
Square Jacques Franck - © Google Street View

Un collectif de citoyen de la commune de Saint-Gilles a demandé le premier mars dernier, lors du conseil communal, l’ouverture d’une évaluation de la brigade Uneus. Ces Saint-Gillois reprochent à certains policiers de proximité de multiplier les actes de violence et d’humiliation sur certains jeunes du square Jacques Franck.

Nous avons rencontré deux jeunes de 17 et 19 ans qui vivent dans le quartier du square Jacques Franck. Ils ne s’en cachent pas, ils ont commis des délits et ont un casier judiciaire. Mais, selon eux, violences policières, intimidations et excès de zèle sont quotidiens à Saint-Gilles. L’un des deux jeunes, 17 ans, nous confie : "Je venais de commettre un délit. J’ai été signalé. Les policiers d’Uneus m’ont vu dans la rue, ils m’ont pris puis m’ont fait monter dans la voiture. Un des agents a sorti sa matraque et a commencé à me donner des coups aux jambes puis il a commencé à me mettre des tartes." Un autre jeune, 19 ans, très remonté, nous explique que quand il était encore mineur, un brigadier d'Uneus lui a cassé le nez. Des faits graves, pourtant à l’époque il ne porte pas plainte, de peur d’éventuelles représailles : "Je n’ai pas porté plainte parce que je sais qu’ils n’ont pas fait ça qu’à moi et que toutes les plaintes n'ont servi à rien du tout". 

Aucune plainte n’est en réalité déposée par les mineurs et aucune preuve de ces violences policières n’a pu être établie. C’est donc la parole des jeunes contre la parole de la brigade Uneus.

Des mamans se mobilisent

Des mamans du quartier et de ses environs se mobilisent pour faire entendre la voix des jeunes. Latifa Elmcabeni est l’une d’entre elles. Le 1er mars, elle interpelle la commune : "Moi et le collectif de citoyens ne sommes pas contre la police de proximité, nous savons qu’une certaine délinquance existe à Saint-Gilles. Nous essayons d’y remédier. Tout passe par la communication, si les parents constatent qu’il y a une problématique, ils pourront davantage communiquer avec leurs enfants et la délinquance diminuera. Mais ce qui ne va pas, c’est qu’Uneus se donne carte blanche et ça ne fait qu’empirer la situation".  

En juin dernier, pour tirer les choses au clair, le Délégué général aux droits de l’enfant ouvre une enquête. Une vingtaine de mineurs témoignent et un rapport confidentiel est adressé à la commune. Le rapport, basé sur les témoignages, fait état de violences physiques et verbales à l’encontre de certains jeunes.

Charles Picqué, le bourgmestre de la commune de Saint-Gilles réfute les accusations : "Je serais le premier à dénoncer ces abus s’ils avaient été commis. Mais est-ce que ces faits existent ?" explique-t-il, avant de continuer "pour certains, la présence de cette police de proximité gène parce que c’est cette police qui a notamment révélé et transmis au service d’enquêtes des situations de trafic de stupéfiants et des faits graves".

La réaction d’Uneus

Du côté des responsables de la brigade Uneus, on certifie qu'aucun abus n’a été commis. Ils dénoncent une instrumentalisation de la situation. Pour Gabriele Evangelisti, le directeur de la division, dans certains cas, une dose de violence est parfois nécessaire: "il faut garantir la sécurité de tous. Il ne faut pas négliger que parfois les policiers ont affaire à une cinquantaine de jeunes", explique-t-il. Le commissaire de la brigade, Filip Bombaert affirme que des procès-verbaux sont établis lors de chaque contrôle. "Notre présence quotidienne les ennuie, ils ne peuvent rien faire, on est sur leur dos, ça les frustre, mais notre objectif c’est d’améliorer la vie du quartier", explique le commissaire.

Du côté de la commune, une réponse au rapport du Délégué aux droits de l’enfant est en cours de rédaction. Cette réponse devrait être diffusée dans le courant de la semaine prochaine.

Ecoutez le reportage de Tom Denis

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