Sa fiction a tenu en haleine des milliers d'étudiants: voici qui se cache derrière la saga d'Uconfessions

C’est l’histoire d’une étudiante qui découvre la vie à Louvain-la-Neuve, d’un homme mystérieux qui porte une veste d’une société chargée d’assurer la sécurité sur le campus de la ville universitaire, de filles agressées et de GHB, aussi connu sous le nom de "drogue du viol".

Pendant plusieurs jours, entre fin décembre et début janvier, un récit en plusieurs épisodes (dont les liens sont à retrouver à la fin de cet article) a fasciné les lecteurs de la page Facebook Uconfessions. Ce groupe publie depuis plusieurs années déjà des anecdotes, réelles ou fantasmées, sur la vie étudiante. Un groupe comme il en existe des dizaines d’autres pour l’ULB, l’Umons ou encore l’ULiège.

Mais le récit en question avait quelque chose en plus : récit à la première personne, hashtag promettant #lasuitedemain, nombreuses références à la ville universitaire, aux lieux de soirées et à la culture estudiantine en général… Et surtout un timing de publication idéal : en plein blocus, quand même un épisode de Derrick semble plus passionnant qu’un cours d’économie politique à étudier pour dans trois jours.

L’étudiante était… un étudiant

Au fil des épisodes, les lecteurs se prennent de passion pour le récit qui fait la part belle aux cliffhangers dignes d’une série télé, tout en ménageant le suspens. Certains y croient à 100%, d’autres y voient une pure fiction… Chaque texte suscite des milliers de partages et de commentaires. Un succès qui a dépassé les gestionnaires de la page Uconfessions… et l’auteur lui-même. Car c’est bien un homme qui tenait la plume. Et un habitué de l’écriture qui plus est. Louis Escouflaire, étudiant en linguistique, a déjà publié un roman récompensé du prix Laure Nobels en 2014.

"J’ai commencé à avoir, au bout de 2-3 épisodes, 3000, 4000 commentaires par épisode. Des gens qui partageaient, qui réagissaient et qui débattaient en se demandant si c’était vrai ou si c’était faux, explique-t-il au micro de la RTBF. Il y a eu un sondage pour savoir si les gens pensaient que c’était une réalité ou une fiction. Il y a eu plus de 20.000 votes."

Jusqu’à 100.000 lecteurs

Ensuite, c’est l’emballement : "Les administrateurs d’Uconfessions m’ont montré qu’un épisode avait touché presque 100.000 personnes sur Facebook. Je ne m’attendais pas à ce que ça ait autant de succès, mais je suis vraiment content d’avoir pu toucher autant de personnes." L'inquiétude grandit auprès des étudiants : un réseau de violeurs est-il actif sur le campus, comme le texte semble l'affirmer ?

Pour Louis Escouflaire, le succès de sa fiction s’explique notamment par son ancrage dans la réalité. "J’utilisais beaucoup de références à la ville, à Louvain-la-Neuve, aux soirées. Et c’est pour ça aussi que les gens se sentaient interpellés. Evidemment l’histoire leur faisait peur et en même temps ça les passionnait puisqu’ils étaient toujours des milliers au rendez-vous tous les jours. Donc je pense que ça aura vraiment un impact positif, que les filles feront plus attention à leur verre et que les garçons aussi."

De l’humour pour faire passer un message

Car certains ont reproché à Louis de faire la part belle à l’humour dans son récit qui parle de faits de viol et de drogue. "Si j’ai utilisé de l’humour dans mon texte, ce n’est pas parce que je prends le viol à la légère, bien au contraire : le viol est un crime grave. L’humour a permis, comme d’autres procédés (les cliffhangers, le suspense…) de donner l’envie aux gens de continuer à lire et donc de donner plus d’importance au message véhiculé", s’est-il justifié dans un dernier message posté sur Uconfessions.

Reste que cette histoire a bien vite dépassé les frontières de Facebook. Dans les rues de Louvain-la-Neuve, pendant les pauses à la bibliothèque, #lasuitedemain figurait parmi les premiers sujets de conversation bien avant les "il te reste combien de schémas à étudier dans le cours d’anat'?" et "t’en es où dans 'approche diachronique du français' ? Pfff, je comprends rien au truc sur les variantes syntaxiques". Au point que Louis Escouflaire a rendez-vous ce mardi matin avec le vice-recteur aux affaires étudiantes qui a souhaité le rencontrer.

Quant aux administrateurs d’Uconfessions, qui sélectionnent chaque jour les messages envoyés anonymement par les étudiants, ils apportent cette conclusion : "Retrouvez-nous dès demain au JT, à la radio, ainsi que sur différents sites d’informations (hé oui ce blocus est de tout repos) !"

Si vous voulez lire le récit imaginé par Louis Escouflaire, voici les liens de tous les épisodes ci-dessous

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