Roux : un paysage productif sur le terril du Martinet

Le futur site du paysage productif du Martinet à Roux
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Le futur site du paysage productif du Martinet à Roux - © RTBF

Saules, peupliers, robiniers, chanvre, myscanthus… Voilà quelques essences d’arbres et d’herbacées annuelles qui pourraient prochainement garnir la partie plane du terril du Martinet à Roux. Sur une surface de 8 hectares mise à disposition par la ville de Charleroi, cette plantation constituerait alors le premier paysage productif du pays. Dans "paysage productif", il y a paysage, d’abord. Le concept né en France, du côté de Lyon, vise d’abord la verdurisation de sites comme des friches industrielles. Ensuite, il y a productif. Les végétaux cultivés sur ces sites serviraient à la production de bio-énergie ou de produits bio-basés, comme des isolants, des planches en bois, des textiles, et bien d’autres…

Transformation sur place

Mais l’idée de ce concept c’est aussi que la transformation des végétaux produits s’opère sur place. Aricia Evlard est chargée de projet au sein de l’ASBL Valbiom qui œuvre pour la valorisation de la biomasse. Docteure en Sciences, elle a particulièrement étudié l’effet des végétaux sur des sols pollués ou pauvres. Les sites "marginaux" – friches, à faible productivité, contaminés – et la végétation qui peut s’y développer, c’est son rayon. Elle développe la philosophie du projet : "l’idée, c’est qu’on puisse avoir, sur le territoire de la ville, un approvisionnement en agrocombustibles. Ceci afin d’alimenter des chaudières en biomasse sur ce même territoire. Ceci, pour viser l’autonomie vis-à-vis du pétrole. On a alors un impact au niveau du coût du transport, puisque la transformation se fait sur place. Mais on a aussi un impact sur l’empreinte carbone puisqu’il n’y a plus de transport. C’est clairement un moyen de lutter contre le réchauffement climatique. Et puis qui dit arbres dit captage de CO². Il y a donc une double cohérence en termes de transition écologique ET énergétique de la ville".

Un système circulaire

Le terrain mis à disposition est déjà largement boisé. Il y existe donc déjà une biomasse exploitable. Les plantations qui y seraient faites de manières annuelles pour les herbacées et à long terme pour les arbres permettraient la production annuelle de l’équivalent de 40 à 50 mille litres de mazout. Et ce, à moindre coût, comme l’explique Lucas Gossiaux, chargé de projet au sein de Valbiom : "on pourra compter sur un coût de production bien moindre que pour le pétrole. On va pouvoir acheter l’équivalent d’un litre de mazout à 20 ou 25 centimes alors qu’actuellement, les gens qui remplissent leur cuve le font à un prix proche de 70 centimes le litre. Donc en plus d’avoir un projet qui a un impact environnemental, on pourra générer des économies pour les utilisateurs. C’est un projet qui n’aura peut-être pas la rentabilité d’entreprise à vocation strictement commerciale. Mais c’est un projet rentable et qui est en phase avec le changement climatique et la transition énergétique en cours. La Wallonie est pleine de "petites cicatrices industrielles", de sites qui sont propices à cette activité. Et on espère que ce projet pilote verra le jour et fera beaucoup de petits".

Le Martinet, un site idéal

Outre la dimension du terrain proposé par la ville de Charleroi, le site du Martinet est propice au développement de ce projet à d’autres titres. Depuis plus 20 ans, un comité de quartier extrêmement actifs se bat pour l’ancien site minier et ses alentours. En 1995, il obtient son classement par la Commission Royale des Monuments et Site. La même année, Inter-Environnement Wallonie leur décerne la "Palme de l’Environnement". En 1999, la Réserve Naturelle du Martinet est inaugurée en présence du Prince Laurent. Les terrils et les anciens bâtiments du site minier du Martinet sont un passage emblématique sur le GR412, mieux connus sous le vocable de "Boucle Noire". Enfin, le comité de quartier continue d’afficher sa volonté de voire se créer dans le voisinage du site un éco-quartier exemplaire en matière de constructions qui réunissent les trois piliers du développement durable : l’environnemental (qualité du biotope), l’économique (économie énergétique) et le social (générateur d’emploi et soutenu par les locaux). Des bâtiments qui seraient évidemment avantageusement servis par le "paysage productif".

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