Rentrée dans le brouillard pour les élèves du jury central

Ils auront vécu des mois compliqués, les élèves inscrits au jury central. Ils devaient passer leurs examens au printemps de cette année mais, avec la crise, leur session a été décalée.

Aujourd’hui, alors que leurs condisciples qui suivent la filière "classique" s’apprêtent à retrouver les bancs de l’école, ils sont parfois toujours en examen. Et, surtout, ils ne connaissent pas tous leurs résultats, même pour des matières qu’ils ont passées en mars.

"Si on prend tous les jurys, on parle quand même de 1500 à 2000 candidats", explique Dinah Mizrahi, directrice de l’école privée Saavutus, basée à Rixensart, et qui prépare des élèves à passer les examens du jury. "Il s’agit donc d’un nombre important de jeunes qui sont dans le flou artistique complet, sans savoir s’ils ont réussi ou non, ni s’ils peuvent s’inscrire dans les études supérieures. Quant aux parents, ils ne savent pas dans quel statut entrent leurs enfants, ni s’ils ont toujours droit aux allocations familiales, par exemple."

Une situation anxiogène qui a même poussé un collectif d’une quarantaine de parents à lever des fonds pour engager un avocat. Ils veulent interpeller la ministre de l’éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir.

"Un sentiment d’abandon et de tristesse"

A Genval, Julie (prénom d’emprunt), 18 ans, fait partie de ces jeunes que Dinah Mizrahi qualifie "d’oubliés". Elle a quitté l’école en 5e secondaire parce qu’elle était harcelée et ne trouvait pas de solution avec son directeur.

Au départ, elle se sentait capable d’engranger l’imposante matière nécessaire à l’obtention du CESS (Certificat d’enseignement secondaire supérieur) via le jury, mais sa session s’est brusquement interrompue en mars, alors qu’il lui restait deux examens.

"Aujourd’hui, il me reste un dernier oral à passer", témoigne-t-elle. "Je ressens un stress permanent, lié au fait que sans résultats, je ne sais pas où je vais, ni si je peux m’inscrire en haute école."

Une incertitude renforcée par la suppression du second cycle d’examen, normalement prévu en automne. Les candidats du jury en échec ne pourront donc pas se présenter à nouveau avant janvier 2021.

Pour ajouter à son amertume, l’adolescente dit n’avoir reçu aucune nouvelle du jury pendant le confinement, et n’avoir appris la reprise de la session que 15 jours avant. "Finalement, il reste un sentiment d’abandon et de tristesse. C’est comme si on voulait nous punir d’avoir quitté la filière classique."

Vers une réforme du jury ?

Contacté, le cabinet de la Ministre Caroline Désir n’a pas souhaité s’exprimer oralement sur le sujet, mais nous a transmis un courrier destiné aux parents mécontents.

On peut y lire que la Ministre est consciente des difficultés rencontrées par les candidats et qu’elle n’a jamais voulu les pénaliser. Elle souligne également que de nombreux facteurs d’incertitude – l’aspect contraignant des mesures de déconfinement, les difficultés à trouver des examinateurs supplémentaires – ont perturbé l’organisation des épreuves.

Quant à la communication des résultats, elle se fera bien, pour le CESS, avant la date limite d’inscription dans l’enseignement supérieur.

Surtout, Caroline Désir s’engage à réformer progressivement les jurys. "J’ai déjà d’ailleurs demandé à mon équipe de se mettre au travail dès maintenant en tenant compte de toutes les remarques formulées, tant envers mon cabinet qu’envers la Direction des jurys, tout au long de cette période de pandémie", conclut-elle par écrit.

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