Rendre ses enfants plus autonomes : des conseils pour y parvenir en douceur

"La première fois qu'elle est restée seule, la grande devait avoir 8 ans. Avec la petite, qui a 9 ans, on a commencé il y a environ 6 mois".  Chez Marjorie, l’autonomie est une valeur très importante. Elle laisse ses filles aller à l’école à vélo. Chacune d’entre elles a aussi appris à rester seule à la maison. "Tout s’est toujours bien passé", nous explique-t-elle. "Je n’ai jamais retrouvé de souk en rentrant ! Elles savent que c’est basé sur la confiance, une sorte de contrat, et que si ça se passe mal, ça s’arrêtera."

Même retour d’expérience positif chez Benjamin, père de trois enfants. "Ils sont âgés de 7 à 11 ans. On a commencé progressivement, par des demi-heures. Puis on a augmenté un peu la durée". Parfois, c’est le temps d’aller faire une course, parfois pour conduire un des enfants à une activité. "Ils ne font pas les mêmes choses, aux mêmes horaires, et trouvent ça embêtant d’attendre le frère ou la sœur. Ils préfèrent de loin rester à la maison."

D’un côté comme de l’autre, ces moments de séparation n’ont pas été imposés aux enfants, ni improvisés du jour au lendemain. "Au début, le critère était que le papa ou moi nous trouvions à moins de dix-quinze minutes de trajet, au cas où notre fille nous appelait", poursuit Marjorie. "Chez nous, on se concerte, on demande si ça pose un problème à l’enfant", explique Benjamin.

Pas avant 7 ans

La loi ne fixe aucune limite d’âge. Difficile aussi pour les professionnels de l’enfance de s’accorder sur un "palier" au-delà duquel on est capable de rester chez soi. Pour Antoine Borighem, gestionnaire de projet en soutien à la parentalité à l’ONE, "les parents sont les meilleurs experts de leurs enfants, les plus à mêmes de juger s’ils sont prêts ou pas. Tout enfant va se développer à son rythme. Est-ce qu’on laisse son enfant longtemps, ou pas ? Fait-on des essais ? Est-on soi, parent, de nature angoissée ? L’enfant a-t-il tendance à faire des bêtises dès qu’on a le dos tourné ? Se sent-il prêt à rester seul ?"

En-dessous de sept ou huit ans, la perception des risques est toutefois trop faible, chez la plupart des enfants. Il est préférable qu’ils soient sous la surveillance d’un aîné ou d’un adulte.

 

3 images
Marie-Christine Laurent, psychologue au service de santé mentale de la Province de Hainaut. © RTBF

Des départs qui se préparent

Discuter, discuter, encore discuter : voilà le premier conseil de Marie-Christine Laurent, psychologue au service de santé mentale de la Province de Hainaut. "Je pense que, bien plus qu’un âge auquel on estime que l’enfant est capable de rester seul, c’est une question de maturité, à la fois cognitive et affective-émotionnelle. Cognitive : l’enfant doit pouvoir réagir, se souvenir des recommandations données. Mais il faut voir aussi s’il se sent prêt à rester un petit peu seul. Quelles sont ses craintes, ses questions? Il doit se sentir à l'aise et en confiance."

Travailler l’autonomie

Pour cette psychologue-psychothérapeute installée à Boussu, il est possible d’aider son enfant à "déployer ses ailes", prendre de l’assurance. "Grâce à des petites tâches qui n’ont rien à voir, a priori. Par exemple : aller tout seul à la boulangerie chercher son pain (avec le compte juste pour ne pas l’exposer à des difficultés). Il va se retrouver tout seul, à devoir réaliser un petit qqch auquel il n’est pas habitué, tout en ayant la sécurité de maman qui n’est pas trop loin. Lors des courses, lui proposer une petite liste, et se donner rendez-vous aux caisses." "Ces" missions " vont placer l’enfant dans une situation nouvelle, le pousser à prendre des initiatives, bref : l’aider à grandir et dépasser ses peurs.

Anticiper au maximum

"Le lieu de vie doit être sécurisé, évidemment, pour éviter à l’enfant de courir des risques à l’intérieur de la maison. Mais sécuriser, c’est aussi anticiper tout ce qui peut se passer, pendant l’absence, qui déstabiliserait l’enfant", précise Marie-Christine Laurent. "Si un livreur doit passer : tu réponds ou pas ? La porte : on sonne, qu’est-ce que tu dois faire ? La visite est-elle prévue ? Si pas, on ne répond pas ! Si c’est prévu, ou si c’est papy ou mamy, on s’assure que c’est bien eux. En regardant par la fenêtre ou en demandant à mamy de téléphoner devant la porte."

3 images
Laisser faire son enfant seul ses premiers pas, oui. Mais avec un cadre rassurant, des balises à sa hauteur et une écoute pleine et entière. © RTBF

Attention aussi à la perception du temps, souligne Antoine Borighem. "Quand on lui dit ‘Je m’absente une heure’. C’est quoi "une heure" ? Ne pas hésiter à traduire ce temps en "activités". Une heure, pour toi, c’est le temps de regarder un dessin animé et lire un de tes livres."

Des activités ou la télé pendant l’absence ?

"Là encore, pas de recette miracle, cela dépendra des habitudes de l’enfant", reprend le spécialiste de l’ONE. "Mais il peut être intéressant de donner des petites missions à effectuer par l’enfant, comme ranger sa chambre ou mettre la table, pendant que papa ou maman sont partis. Et lui donner un feed-back au retour. ‘Chouette, je peux te faire confiance, tu as super bien rangé tes jeux’. Au contraire, si toutes les lumières sont allumées quand le parent rentre, plutôt que de gronder l’enfant directement, chercher à savoir pourquoi c’est comme ça. On pourrait découvrir des difficultés de l’enfant. S’il dit par exemple "J’avais peur, quand il a commencé à faire noir", cela peut permettre de rectifier le tir, et la prochaine fois, de plutôt effectuer ses courses le matin si l’enfant vit plus mal la séparation tard dans la journée."

"Chez nous, la petite ne bouge quasiment pas en notre absence. On sait qu’elle se met devant les jeux vidéo et on la retrouve quasiment dans la même position, une demi-heure plus tard", explique Marjorie. "Laisser un enfant s’ennuyer, choisir lui-même ce qu’il va faire, cela a du bon aussi", reprend Antoine Borighem. Mais gare à la créativité "débordante et à risque". "S’il se met en tête de faire un gâteau au chocolat, et après qu’il veut le cuire, allume le four, se brûle… là, on entre dans une activité plus risquée", souligne Marie-Christine Laurent. "Autant aborder aussi avec lui ce qu’il ne doit pas faire, les règles à respecter, et donner du sens à ces règles. Dire en quoi elles le protègent."

Très important : le feed-back

"J’insiste beaucoup là-dessus : demander, après coup, comment ça s’est passé", explique Marie-Christine Laurent. "Comment as-tu vécu ce moment où je suis partie ? Y a-t-il eu des bruits, des odeurs, qui t’ont inquiété(e) ? Est-ce qu’on pourra retenter l’expérience ? Encore une fois, communiquer est fondamental. Avant. Pendant (via des messages, des appels, le passage d’un parent, d’un voisin). Après. Cela va rassurer non seulement l’enfant, mais aussi le parent, pour qui il n’est pas toujours facile de s’absenter."

"C’est vrai que les premières fois, laisser son enfant seul, c’est assez anxiogène", reconnaît Benjamin, notre papa de trois enfants. "Mais cela s’est toujours bien passé. J’envisage d’acheter un petit téléphone juste pour la maison, afin qu’ils aient facilement les moyens de me contacter, sans devoir passer par la tablette."

"Être un super parent"

La question de la culpabilité revient dans certains témoignages. "Je me sens toujours un peu honteux de m’absenter pour une course, une urgence boulot, ou…un jogging parce que j’en ai vraiment besoin", reconnait un papa. "De mon côté, je n’ai jamais eu droit à des commentaires culpabilisants, de la part de mes proches. Mais c’est un sujet que je n’aborde pas vraiment", complète Marjorie.

"Il faut vraiment arrêter de culpabiliser", insiste Antoine Borighem. "Chacun fait ce qu’il peut. On n’a pas besoin de super mamans, de super papas. Un enfant a besoin de parents suffisamment bons pour qu’ils favorisent son autonomie. Pour le reste : il n’y a pas de recette magique."

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK