Exclusion et chômage: la FGTB dénonce "un tsunami social"

Plusieurs manifestations sont prévues ce lundi à travers tout le pays (illustration).
Plusieurs manifestations sont prévues ce lundi à travers tout le pays (illustration). - © RTBF

Quelque 15 000 personnes se sont rassemblées lundi dans seize villes de Belgique dans le cadre des actions de la FGTB contre l'exclusion des chômeurs. Les manifestants ont lancé des dizaines d'œufs, de tomates et d'oranges sur la façade de l'ONEM, qu'ils ont taguée. Au mois de janvier prochain, ce sont 50 000 personnes qui perdront leur droit à des allocations d'insertion, selon la FGTB. Parmi elles, plus de 30 000 en Wallonie et 9000 à Bruxelles. C'est la conséquence de la réforme du chômage mise en route par le gouvernement Di Rupo qui a décidé de limiter à 3 ans le bénéfice des allocations d'insertion. Et cette limite de 3 ans arrive à échéance le 1er janvier prochain pour 50 000 personnes.

"Jamais une Région n'a réussi son déploiement socio-économique en appauvrissant et en affamant sa population. Cette mesure va engendrer des drames sociaux incroyables. Désormais, les chômeurs seront des travailleurs sans emploi systématiquement pauvres, étant donné qu'on leur aura retiré le chômage qui leur offrait un minimum de dignité", a déclaré Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne, devant l'ONEM de Jambes où manifestaient environ 400 personnes.

Le secrétaire régional, Guy Fays, a dénoncé cette "mesure bête et méchante qui exclura 50 000 personnes du chômage, dont 30 000 en Wallonie et qui est censée rapporter 300 millions d'euros au gouvernement fédéral, en reportant la charge sur les communes et CPAS".

Thierry Bodson a assuré que la FGTB ferait "pression sur les partis politiques qui ont participé à cette mesure, et plus particulièrement ceux qui en sont parents, les libéraux".

Le MR ne reviendra pas sur la mesure

Il n'est "absolument pas question de revenir" sur la réforme des allocations de chômage dénoncée lundi par des manifestants dans plusieurs villes du pays, affirme-t-on au MR.

"A deux mois des élections, on ne revient pas sur un élément important du programme socio-économique du gouvernement", a indiqué le porte-parole du parti, interrogé par l'agence Belga, précisant que la réforme était validée par les six partis de la majorité et portée par le Premier ministre Elio Di Rupo. Selon le MR, la réforme est l'occasion de "mettre en place des plans d'activation" pour les personnes concernées.

Au PS, également sollicité, on ne commentait pas pour l'instant les manifestations.

Des manifestants verts et rouges à Andenne

Plusieurs élus namurois Ecolo et PS se trouvaient parmi les manifestants, ainsi que le collège échevinal d'Andenne et le bourgmestre Claude Eerdekens qui a fermé les services communaux pour permettre aux fonctionnaires qui le souhaitaient de manifester.

Un millier de personnes à Bruxelles

A l'appel des syndicats FGTB, CSC et CGSLB en front commun syndical, de collectifs de chômeurs et de mouvements associatifs bruxellois, environ 1200 personnes selon le comptage définitif de la police ont manifesté lundi de 12h00 à 14h00, depuis le bureau de l'Onem de Saint-Gilles jusqu'au cabinet de la ministre fédérale de l'Emploi Monica De Coninck (sp.a), place Victor Horta, en passant par la porte de Hal. Les syndicats ont estimé le nombre de manifestants à 2500.

Le mot d'ordre est "Pas de sanction sans la proposition d'un vrai emploi".

Près d'un millier de personnes sont attendues, selon Philippe Van Muylder, secrétaire général FGTB Bruxelles. "On a construit l’État social dans notre pays pour ensuite le transformer en État social actif, c'est-à-dire que les chômeurs ont dû prouver leurs recherches actives d'emploi. On passe aujourd'hui à un État social exclusif, même ceux qui prouvent leurs démarches peuvent être exclus."

Il estime qu'il s'agit là d'une mesure plus idéologique que budgétaire. "Le gouvernement voulait donner un premier coup de canif dans la durée illimitée du chômage."

Les manifestants dénoncent la chasse aux chômeurs par l'intensification des contrôles ONEM. Ils mettent en avant que dès janvier 2015, avec la limitation à trois ans des allocations d'insertion, ce sont près de 50.000 personnes qui accèdent au chômage sur base de leur niveau d'études - majoritairement des femmes - qui seront exclues. Cela représente plus de 5.500 chômeurs en Région bruxelloise. Les syndicats parlent d'une véritable bombe sociale.

50 000 exclus du chômage

La FGTB maintient ses chiffres, malgré les dénégations de la ministre de l’Emploi qui évoque un maximum de 27 000 personnes exclues. "C’est donc 50 000 exclusions auxquelles il faut s’attendre d’ici neuf mois", déclare Thierry Bodson (secrétaire général de la FGTB Wallone).

Et cela ne concerne pas uniquement des jeunes sortis des études et à la recherche d’un premier emploi. "La plupart des personnes qui vont être exclues en janvier 2015 sont des personnes qui ont travaillé, à temps partiel malheureusement pour elles, ou bien avec des intérims d’un ou deux jours par semaine, mais qui n’ont jamais eu la possibilité d’avoir le droit à l’allocation de chômage classique."

"De plus, ajoute encore Thierry Bodson, les personnes qui vont être exclues – pour une petite moitié – sont soit chef de ménage ou isolées. Des personnes pour qui le chômage est la seule rentrée de ménage. Elles vont immanquablement aller frapper à la porte d’un CPAS."

Des CPAS qui tirent eux-aussi la sonnette d’alarme. Le tout, dit la FGTB, pour un bénéfice plutôt maigre. "On se situe aux alentours de 100 – 120 millions d’euros d’économie. C’est dérisoire par rapport aux objectifs budgétaires recherchés par le gouvernement…"

En Flandre et à Bruxelles, la FGTB ne sera pas seule : les deux autres syndicats (CSC et syndicat libéral) se joindront aux manifestations.

Le point, région par région

Cette journée d’action contre l’austérité a plusieurs conséquences, tant sur le fonctionnement de certaines institutions que sur votre mobilité quotidienne. Tant à Bruxelles, qu’en Wallonie.

En Hainaut, les perturbations sont relativement limitées. La FGTB n'a pas donné de mot d'ordre de grève mais des actions sont mises en place à Mons, La Louvière et Tournai notamment. Tournai où les 500 manifestants (selon la police) qui composaient le cortège se sont rendus jusqu'aux proches bâtiments de l'ONEM où des représentants de la FGTB ont rencontré la directrice de l'Office national de l'emploi. Les manifestants se rendront ensuite au CPAS et à l'Hôtel de ville. La circulation a donc été un peu perturbée en centre-ville dans la matinée. Les services communaux aussi puisque certains agents de la Ville ont annoncé qu'ils participeraient à la manifestation. Des actions sont également annoncées du côté La Louvière.

A Charleroi, principalement aux TEC, on note quelques difficultés. Selon le dispatching central (contacté vers 6h30), 85% des métros circulent. Par contre, la situation est beaucoup plus confuse sur le réseau des bus où un chauffeur sur cinq seulement a pris son service au dépôt Genson. Il y aurait beaucoup moins de grévistes au dépôt de Jumet.

Au niveau du TEC : dans le Brabant wallon, aucune perturbation n'est annoncée. Dans le namurois, seulement quelques services de bus dans la région de Florennes (6 services sans doute non-assurés sur environ 60, ainsi qu'à Ohey et Andenne où les voyages ne seront pas assurés).

A Arlon, l'action de la FGTB Luxembourg a pris la forme d'un débat avec des représentants des partis politiques. Étaient présents les quatre grands partis et le Mouvement de Gauche. Ils ont été interpellés par les Travailleurs Sans Emploi de la FGTB. Selon la FGTB, rien qu'en Luxembourg, 2000 personnes sont concernées par l'exclusion du chômage au 1er janvier 2015.

Rappeler les drames humains derrière les statistiques

De son côté, la FGTB Liège-Huy-Waremme entendait aujourd'hui rappeler les drames humains derrière les statistiques. De Renory au Val-Benoît en passant par les Guillemins ou le Sart-Tilman, de larges banderoles ont d'ailleurs été posées ce lundi par le syndicat socialiste à toutes les entrées de Liège avec partout ce même message: "Bientôt 55 000 chômeurs exclus, à quand une politique pour l'emploi?". Un message que l'on retrouvait également lors du rassemblement organisé place Saint-Paul dès 09h30, avec d'autres slogans comme "Je ne suis pas une statistique, je suis votre voisin". 600 participants étaient attendus à ce rassemblement au centre de Liège, mais "ils étaient deux à trois fois plus", selon la FGTB Liège-Huy-Waremme.

Selon le syndicat socialiste, pas moins de 9000 personnes habitant la région liégeoise devraient être exclues du chômage dès le 1er janvier 2015, parmi lesquels environ 5500 de ses affiliés. "On balance des chiffres, mais nous voulons rappeler que derrière, il y a des situations humaines terribles", affirme Jean-François Ramquet, secrétaire régional FGTB Liège-Huy-Waremme. "Une grande majorité des personnes concernées par cette mesure ont travaillé toute leur vie, mais dans des métiers à temps partiel ou des emplois précaires, et elles vont être exclues parce qu'elles ne pourront pas les cumuler et justifier une activité", critique-t-il.

Place Saint-Paul, Jean-François Ramquet et Marc Goblet, président de la FGTB Liège-Huy-Waremme, ont chacun prononcé un discours, puis une scénographie a mis en scène des militants masqués et numérotés.

À Liège, l'action menée par la FGTB n'a pas eu d'importantes conséquences sur les transports en commun. En début de matinée, le TEC Liège-Verviers estimait que 5% des services au départ du dépôt de Robermont étaient perturbés.

Autre effet secondaire de la journée d'actions: la Cité administrative de Liège est fermée toute la journée. Toutefois, les citoyens peuvent s'adresser aux mairies de quartier d'Angleur, Grivegnée, Guillemins, Rocourt, Sclessin et Thier-à-Liège. Ces dernières sont ouvertes selon l'horaire habituel.

RTBF

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