Réaménagement du plateau du Heysel: "Depuis le début, ce projet souffre d'un déficit démocratique"

Commission de concertation NEO en l'absence de membres du collège de la Ville de Bruxelles, ce mercredi matin
Commission de concertation NEO en l'absence de membres du collège de la Ville de Bruxelles, ce mercredi matin - © RTBF

La première phase du projet NEO de réaménagement du plateau du Heysel (au nord de Bruxelles) a fait l'objet d'un débat, ce mercredi matin en commission de concertation de la Ville de Bruxelles. Cette commission est l'organe consultatif chargé d'entendre les riverains. Objectif : formuler un avis afin d'éclairer l'administration qui doit délivrer les autorisations officielles (ici des certificats d'urbanisme et d'environnement).

"Un projet de shopping center avec des habitations en toiture"

Dans la salle, outre les représentants de la Ville de Bruxelles, les fonctionnaires régionaux et le consortium Unibail-Rodamco-Besix porteur du projet, sont venus une cinquantaine de riverains, de représentants de comités de quartiers, d'associations de commerçants. Sur la table, il y a NEO1, le projet de centre commercial de 72.000 m2 Mall of Europe, 590 logements, des zones de loisirs et du parking, deux crèches, une maison de repos, et un immeuble de bureau. "Un nouveau quartier" comme se plaisent à répéter les porteurs du projet, une expression que conteste un habitant d'un quartier voisin : "Si on veut vraiment construire un quartier, il faut une plus grande diversité. Ici, c'est presque une 'monoculture du shopping center' avec des habitations en toiture".

Une augmentation sensible du trafic

C'est lui, le centre commercial, qui focalise les principales préoccupations. "Un shopping de 72.000 m2 va engendrer une augmentation sensible du trafic, explique un voisin, qui fait ainsi référence aux 27.000 déplacements automobiles estimés pour un samedi moyen. Il aura un impact considérable sur nos quartiers au niveau de l'accessibilité, des places de parking. Et plus inquiétant, au niveau de la pollution atmosphérique qui, déjà aujourd'hui, dépasse largement les normes européennes".

"Aucune solution viable n'est envisagée pour faire face à cet afflux de mobilité, poursuit un autre. On parle d'une liaison à travers le parc pour relier l'A12. Si on fait cela, on détruit complètement le poumon vert du nord de Bruxelles".

Dans un quartier situé en cuvette, juste au bas du plateau du Heysel, ce sont les eaux de ruissellement qui inquiètent. "J'ai lu qu'il allait y avoir une grosse dalle de béton et surtout une très forte urbanisation. On va donc réduire la part des sols qui absorbent l'eau et augmenter le ruissellement".

"Ce projet ne répond à aucun besoin"

Pour l'Unizo, au nom des petits commerçants, Anton Van Assche, prend à son tour la parole : "Ce projet ne répond à aucun besoin. On est en train de créer un centre commercial de 72.000 m2 en sachant qu'il y a 140.000m2 d'espaces de commerce vides en Région bruxelloise. Vous justifiez en disant que Bruxelles se situe en dessous de la moyenne, au niveau de la densité commerciale. Vous savez, pour les parcs zoologiques aussi, on est en dessous de la moyenne!"

Aucune garantie de logements sociaux

Parmi les intervenants, il y a aussi le député bruxellois Ecolo Arnaud Pinxteren, habitant de Laeken lui aussi. Son intervention se concentre sur les logements du projet : "590 logements sont prévus, or 90 seulement sont publics. Et encore, on ne parle pas de logements sociaux. Il est fort étonnant qu'un projet porté par les pouvoirs publics ne laisse pas plus de places à la mixité sociale et à la mixité des logements".

Enfin, Claire Scohier d'InterEnvironnement Bruxelles a profité de la commission de concertation pour rappeler que "depuis le début, ce projet souffre d'un déficit démocratique. On a créé un régime d'exception, en créant une zone d’intérêt régionale spécifique, sans quoi on ne pouvait construire cette zone de commerces. En phasant, donc on n'a pas de vue d'ensemble du projet".

Plusieurs intervenants ont encore déploré l'absence de membres du Collège de la Ville de Bruxelles. Et ce alors que la Ville porte le projet.

"Potentiel économique du projet"

A la suite d'une vingtaine d'interventions, les porteurs du projet ont succinctement répondu aux griefs formulés. "Trois études ont conclu au potentiel économique du centre commercial", dit Aymeric Lanquetot pour Unibail, avant d'embrayer sur les questions de mobilité. "La mobilité est un grand sujet de préoccupation pour nous. Nous pensons que l'hypothèse de l'étude d'incidence selon laquelle 75% des visiteurs de Neo viendront en voiture est très prudente. Je rappelle que trois lignes de trams et une ligne de métro desserviront le site." 

Aymeric Lanquetot a par ailleurs précisé que la demande de certificat à ce stade ne portait pas sur la liaison avec l'A12. Il s'est enfin encore voulu rassurant à la suite d'une question posée par un collaborateur du meeting d'athlétisme Mémorial Van Damme. "Le stade Roi Baudouin restera accessible tant pendant la durée des travaux qu'après."  Il a aussi été précisé, concernant les risques d'inondations, qu'un bassin d'orage pour subvenir à l'activité du futur site était prévu.   

La commission doit maintenant formuler un avis, en vue de la délivrance des certificat d'urbanisme et d'environnement. Il s'agit d'accords de principe sur la faisabilité du projet, avant l'introduction des demandes de permis. Cet avis est attendu dans les deux ou trois jours.

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