Ransart : les pensionnaires de la résidence du Vigneron vont devoir déménager

La résidence du vigneron à Ransart
La résidence du vigneron à Ransart - © Orpéa

Cécile Maquise aura 90 ans au mois d’août. Il y a deux mois, ses enfants dont sa fille, Michelle, l’ont installée dans une chambre de la Résidence du Vigneron à Ransart. "C’est une société extérieure, Retraites-plus, qui a trouvé la place", nous explique-t-elle. "Je suis venue visiter, j’ai été très satisfaite et une semaine plus tard, maman était accueillie ici". Et tout se passe pour le mieux. Cécile remarche alors que ce n’était plus le cas. Sa santé, et notamment l’anémie dont elle souffre, s’améliore considérablement. Elle apprécie la gentillesse du personnel et sa disponibilité.

Mardi dernier toutefois, c’est la douche froide. "Nous avons reçu un coup de téléphone nous disant qu’il était très important que nous assistions à l’assemblée générale dès le lendemain. Et là, nous apprenons que les lits vont être transférés dans d’autres maisons du groupe Orpéa auquel appartient la Résidence du Vigneron. On nous dit que les pensionnaires peuvent, s’ils le souhaitent, "suivre" leur lit dans une autre résidence. En revanche, c’est à nous à assurer le déménagement qui n’est pas prix en charge. On nous dit que nous allons recevoir une liste de maisons de retraite qui pourraient éventuellement accueillir nos parents, à Waterloo ou encore à Villers-la-Ville. Mais au prix du Brabant Wallon, nettement plus importants qu’à Ransart. Je suis assez dégoûtée par la méthode, ça c’est certain".

Michelle n’est pas la seule parente d’un résident à nous avoir contactés pour s’étonner de cette situation. Nous avons dès lors contacté Geert Uyterschaut, le directeur général d’Orpéa Belgique. Il nous a expliqué les raisons de ces transferts de lits. "La Résidence du Vigneron à Ransart est installée dans un bâtiment qui a plus de trente ans. Les chambres y sont petites. Elles ne disposent pas de douche, mais juste d’un évier. Il n’y a pas beaucoup d’espaces communs. Et dans quelques années, nous aurions été contraints d’y faire des travaux de mise en conformité pour ce genre d’établissement. Nous avons fait nos comptes et nous avons décidé de transférer les lits vers des structures plus modernes du groupe".

Mais comment expliquer alors que certains résidents aient encore été accueillis ces dernières semaines ? "La décision n’était pas prise. Nous étions encore dans les calculs. Et c’est la raison pour laquelle il y a eu de nouvelles arrivées. Nous sommes contraints de viser une certaine rentabilité dans chacune de nos résidences afin de générer un bénéfice qui nous permet d’investir en permanence dans des installations plus modernes, plus confortables pour les pensionnaires".

Un transfert de lits et pas une fermeture de la Résidence du Vigneron

La nuance est importante. En Belgique, le groupe Orpéa dispose de quelque 7500 lits. Le nombre de places dans les maisons de retraite est défini par les régions, compétentes en la matière. Le groupe Orpéa ne se sépare donc pas des 67 lits de la résidence de Ransart mais les transfère dans ses autres résidences. Impossible évidemment de les transférer de manière groupée. D’où cette proposition de reloger les résidents du Vigneron à Loverval, Gosselies, mais aussi Nivelles, Waterloo et Villers-la-Ville. Le problème, c’est que les prix pratiqués dans le Brabant Wallon ne sont pas ceux qui sont pratiqués dans le Hainaut. Mais de ce point de vue, Geert Uyterschaut se veut rassurant : "Devant l’annonce qui leur a été faite, nous comprenons le désarroi des familles. Mais il semble que notre message n’a pas été bien compris. Dans les structures que nous proposons pour reloger les résidents, ils bénéficieront d’un meilleur confort, de plus de modernité. Mais nous garantissons à ceux qui occupent actuellement une chambre à Ransart que leur transfert s’opérera au prix qu’ils paient en ce moment". Reste alors l’inconfort pour les familles qui devront sans doute repenser leur organisation pour rendre visite aux pensionnaires, dans des maisons de retraite qui ne se situent pas dans la région de Charleroi.

La loi de l’offre et de la demande

Comme expliqué plus haut, ce sont les régions qui attribuent les agréments nécessaires aux gestionnaires de maisons de repos et maisons de soins. Ce sont elles également qui définissent le nombre de lits. En Belgique, le secteur est géré en grande partie par de grands groupes internationaux comme Orpéa, Vivalto ou encore Medica. Ces groupes sont généralement cotés en bourse car le marché est juteux. Le groupe Orpéa est présent en Belgique mais aussi en France, en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Suisse, en Autriche. Ce sont quelque 80.000 lits qui sont gérés par le géant, en Europe. Plus de 43.000 personnes travaillent pour le groupe.

Les prix pratiqués pour une pension en résidence, même s’ils sont contrôlés par l’autorité régionale, répondent à la règle de l’offre et la demande. Et il est évident qu’actuellement, la demande est bien plus importante que l’offre. Autrement dit, il n’y a pas assez de lits par rapport au nombre de personnes âgées qui sollicitent leur placement dans ces institutions. Les prix sont donc régulièrement à la hausse. Une étude de Solidaris en 2017 estimait que plus de la moitié des personnes âgées ne disposent pas de revenus suffisants pour couvrir le coût d’un séjour en maison de repos. Et là situation ne va pas s’arranger tout de suite.

Une situation prise au sérieux

Il est estimé qu’en 2030, plus de 775.000 Belges auront 80 ans ou plus. Plus de 233.000 en Wallonie et plus de 55.000 à Bruxelles. Où que ce soit dans le Belgique, les lits disponibles n’y suffiront pas si rien n’est fait. Même si lors de la précédente législature, les parlementaires wallons, au mois de février dernier, ont approuvé un projet de décret de la ministre de l’Action sociale, Alda Greoli, visant à créer 12.000 places supplémentaires en maisons de repos à l’horizon 2030, portant alors à 60.000 le nombre de places disponibles au sud du pays.

C’est aussi le sans voulu par cet autre projet de la majorité wallonne lors de la précédente législature. L’assurance autonomie. Une assurance obligatoire dès l’âge de 26 ans, d’un montant de 36 euros par an et par personne. Les sommes récoltées, additionnées au budget public dégagé, auraient constitué une enveloppe globale d’un peu plus de 500 millions d’euros.

Une partie de cette enveloppe aurait été consacrée au financement des interventions à domicile des services d’aide aux familles et aux aînés, quel que soit l’âge du bénéficiaire, en cas de perte d’autonomie temporaire ou de longue durée.

La deuxième part de l’enveloppe aurait été destinée à octroyer une allocation forfaitaire, de 85 à 571 euros mensuels, versée aux personnes de plus de 65 ans en perte d’autonomie et aux revenus faibles, quel que soit leur lieu de résidence (maison de repos ou domicile).

Mais faute de majorité parlementaire suite au départ de Patricia Potigny qui quittait le MR pour rejoindre Défi, peu avant les élections de mai, ce projet a été abandonné. En Flandre, une telle assurance, toutefois non-obligatoire, existe depuis 10 ans.

 

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