Rampemont: le pharmacien qui cultive les plantes médicinales

Irka et Dominique Schneider ont fait revivre Rampemont et son jardin
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Irka et Dominique Schneider ont fait revivre Rampemont et son jardin - © I. Palmitessa

Rampemont, c'est un château-ferme solidement planté dans la campagne des Hauts-Pays, dans le village de Fayt-le-Franc. Un lieu chargé d'histoire, sauvé il y a 25 ans par un couple d'amoureux du patrimoine, Irka et Dominique Schneider. Ils ne se sont pas contentés de sauver les pierres, ils ont eu à cœur de faire vivre le lieu et de partager leur amour pour sa longue et aventureuse histoire.

Mais ici, c'est le jardin qui retient notre attention. Car le propriétaire, pharmacien à la ville, a rêvé dès son arrivée de faire pousser à Rampemont des plantes médicinales: "On voulait développer la culture de quelques plantes et faire, comme les pharmaciens autrefois, de la teinture de calendula par exemple. Mais la législation impose de faire contrôler le produit par un laboratoire agréé. Ça n'avait plus aucun sens. Ça aurait coûté beaucoup trop cher". Le couple décide donc de créer un jardin de plantes médicinales à but didactique. Irka et Dominique partagent leur savoir à l'occasion des Journées du Patrimoine ou de conférences.

Le jardin Charlemagne effacé par une inondation

Pour choisir les plantes à installer dans son jardin, Dominique Schneider s'est inspiré des archives datant de l'époque de Charlemagne. En bon gestionnaire, l’Empereur imposait dans le détail tout ce que devaient contenir ses villas (au sens gallo-romain du terme), ses propriétés. "Il y a toutes sortes de listes qui sont parvenues jusqu'à nous, dont une liste de plantes. Et on avait décidé de faire le jardin sur ce thème-là, un peu à la manière des jardins du moyen âge, tels qu'on se les représente actuellement, c'est-dire en carrés et, naturellement, pas question de pesticides ou de ce genre de chose".

Malheureusement, ce premier jardin a été dévasté il y a deux ans par une inondation et une pollution provenant d'écoulements... Tout a donc été recommencé à zéro. Le "nouveau" jardin n'en est donc qu'à ses balbutiements. Finis les carrés, cette fois, les plantes pousseront là où elles se sentent bien. Pour les trouver, le pharmacien-jardinier se sert d'abord dans la nature environnante. C'est ce qu'on appelle "l'incultum", les plantes qui poussent à l'état sauvage.

"Il faut dire qu'autrefois, il y avait bien sûr des jardins médicinaux dans les châteaux et dans les monastères. Mais le commun des mortels, lui, allait se servir dans la nature et se soignait avec les plantes dont les rebouteux connaissaient bien les vertus". Des connaissances copiées depuis par l'industrie pharmaceutique, mais ça, c'est une autre histoire...

Pour revenir au jardin, les maîtres de Rampemont se fournissent également auprès de conservatoires de plantes. "Il y a par exemple le conservatoire de plantes médicinales de Milly-la-Forêt, près de Paris. On peut y acheter des graines. Leur but est de conserver toutes sortes d’espèces qui ne sont pas modifiées par l'horticulture".

Les plantes, c'est aussi quelque chose qui s’échange, qui s'offre: "Je me souviens par exemple d'une menthe-coq de notre ancien jardin. J'en avais donné des boutures à certains visiteurs. J'espère qu'ils nous en ramèneront une bouture...". L'appel est lancé.

Le nouveau jardin, entre poules et paons

Parmi les plantes qui ont déjà retrouvé leur place dans le nouveau jardin, on trouve par exemple des artichauts et des cardons dont l'amertume est appréciée pour ouvrir l’appétit. On rappellera aussi les vertus sédatives de la Valériane, les qualités de la Reine-des-Prés dont l'industrie s'est inspirée pour fabriquer de l'aspirine...

Mais attention, toutes les plantes ne sont pas vertueuses. Du moins il faut savoir comment les utiliser. C'est le cas par exemple de la belle et dangereuse digitale: "La digitale a été utilisée dans des produits pour le cœur. Mais c'est un produit qui est difficile à manier parce que la différence entre la dose thérapeutique et la dose mortelle est assez étroite".

Découvrir cette pharmacie botanique, c'est parcourir le temps, c'est apprendre beaucoup de choses sur la biologie, la chimie, la médecine... mais c'est aussi prendre le plaisir de se promener dans un jardin respectueux de la nature entre les poules qui se baladent librement et les paons qui appellent désespérément leur célèbre ami "Léon".

"Quand on vient visiter Rampemont, on nous dit souvent que c'est le paradis, raconte Dominique Schneider - mais il ne faut jamais oublier que la porte du paradis n'est jamais loin de celle de l'enfer". Une allusion élégante au lourd travail que représente l'entretien d'un immense jardin et d'un bâtiment historique. Irka et Dominique y investissent toute leur énergie et leur temps libre. Les vacances, ils ne connaissent pas.

Ecoutez le reportage d'Isabelle Palmitessa

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