Radicalisation: "des jeunes sont encore approchés en rue"

Après les attentats, on a beaucoup parlé du phénomène de radicalisation et de recrutement des jeunes. Aujourd'hui, est ce que c'est encore une réalité, alors que le groupe terroriste Etat islamique se réduit comme une peau de chagrin en Syrie? Oui, selon Saliha Ben Ali. Son fils est parti et est mort en Syrie, en 2013. Depuis, elle parcourt les écoles pour raconter son histoire et pousser les jeunes à parler de ces questions de radicalisation. Elle était ce mardi à l'Institut Sainte-Famille d'Helmet à Schaerbeek. 

Des jeunes sont encore approchés en rue 

Saliha Ben Ali vient souvent raconter son histoire dans cette école de Schaerbeek. Son histoire et celle de son fils, Sabri, parti en Syrie en 2013. Au prix de sa vie. Depuis, cette mère anime des ateliers autour de la radicalisation dans les écoles et ailleurs. Elle interroge les élèves: " C'est quoi être radical? " 

Pour l'Institut Sainte-Famille d'Helmet, la question reste d'actualité. Jessica Faraci, enseignante, en charge du projet prévention de l'école détaille: "Il y a des jeunes qui reviennent avec des questions et des interrogations par rapport à des personnes qui les approchent dans la rue. Et donc oui, ça existe toujours". 

"Le recrutement n'a pas cessé", confirme Saliha Ben Ali: "Il y a des gens qui ont été libérés sous conditions mais qui prêchent toujours, qui recrutent toujours et d'ailleurs des écoles m'appellent souvent parce qu'elles entendent qu'un jeune a été approché par l'un ou par l'autre".

Une forme de radicalisation latente, larvée 

Il est vrai que l'OCAM, l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace, "a toujours dans sa ligne de mire une liste de plusieurs dizaines de prédicateurs de haine", rappelle Thomas Renard, chercheur à l'Institut Egmont. "Mais le phénomène de radicalisation est en train de se transformer, depuis l'affaiblissement du groupe terroriste Etat islamique. On parle moins de radicalisation violente et tentative de passage à l'acte - le phénomène demeure, dans une moindre ampleur - mais au sein d'une certaine jeunesse, il y a toujours cette défiance vis-à-vis des autorités, une certaine radicalisation dans ce sens par rapport aux forces de l'ordre. La radicalisation ne prend plus la même forme; les voyages vers la Syrie se sont interrompus en 2016 environ. Donc oui, des jeunes sont toujours approchés mais le phénomène de radicalisation est clairement en stabilisation. Et quand l'on parle de l'extrémisme violent, en diminution." 

Cela permet d'être plus vigilant 

Reste que la prévention est essentielle. Et qu'aujourd'hui, "il existe des outils et des services à destination des écoles et des familles qui ont des inquiétudes, explique Alice Dobrynine, de la commune de Schaerbeek. "Et souvent, le problème est pris en charge tôt". 

A l'Institut Sainte-Famille d'Helmet, "quand un cas se présente", raconte Jessica Faraci, enseignante, l'école essaie donc de protéger le jeune et de l'aider à être plus critique et à ne pas se faire embrigader comme certains ont pu l'être par le passé". Ce qui est rendu possible par le climat d'écoute que développent les enseignants dans cette école, selon la directrice Véronica Pelligrini. 

En amont, les ateliers gardent les élèves informés. Ces adolescents nous confient :"Cela me permet d'être plus vigilant à l'avenir et de faire attention autour de moi. Je trouve que c'est quelque chose que l'on doit faire plus souvent dans les écoles". "C'est toujours constructif, on ne sait jamais sur quoi on peut tomber à un moment de notre vie, ça peut mal aller et on peut se faire embobiner. Donc c'est bien qu'il nous prépare à ce genre de situations". 

Privilégier une approche de terrain 

Une politique de prévention solide, c'est la clef pour enrayer le phénomène, selon Saliha Ben Ali et le chercheur Thomas Renard: "Aujourd'hui on parle plus d'une radicalisation larvée, d'une radicalisation latente d'une certaine jeunesse qui demande non pas une approche répressive parce que souvent ce ne sont pas encore des jeunes qui sont dans l'univers criminel. Mais qui demande davantage une approche socio-préventive, une approche de terrain".

Saliha Ben Ali sort un livre dans lequel elle raconte son histoire et elle donne des clefs pour comprendre la radicalisation. Son livre a pour titre: "Maman, entends-tu le vent ? "

La déradicalisation des jeunes djihadistes (21/05/2018)

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