Quitter le bord de l'eau pour un bureau : le métier d'éclusier passe au clic de souris en Wallonie

C’est assez connu, le centre Perex gère le trafic automobile, mais, désormais, il aura aussi à sa charge la gestion du trafic fluvial en Wallonie. Depuis plusieurs mois, une écluse namuroise est commandée à distance, l’écluse de Salzinnes sur la Sambre. Un clic de souris depuis Perex ouvre et ferme les portes de l’écluse qui se trouve à des kilomètres de là. Quinze caméras ont été placées à des endroits stratégiques de l’écluse et ne perdent pas une miette de la circulation des bateaux.

L’écluse de Salzinnes en phase de test

Pour le moment, seule l’écluse de Salzinnes sur la Sambre est en phase de test, et cinq éclusiers volontaires ont été formés. Désormais, l’éclusier 2.0 ne sera plus en poste dans une seule écluse. Depuis le centre Perex, il gérera plusieurs écluses en même temps.

Samuel Lamy, éclusier depuis 20 ans, s’est porté volontaire pour cette nouvelle expérience, mais, quand il s’adresse aux bateliers depuis son micro au centre Perex, ça n’a quand même pas le même charme, concède-t-il. "Il y a des bateaux qui passent trois ou quatre fois par semaine… On avait l’habitude de parler aux bateliers, de les aider à attacher leurs cordes… C’est sûr que ce n’est plus la même chose." La proximité avec l’eau leur manque aussi un peu.

Un métier qui perd un peu de sa poésie

L’écluse de Mornimont, du côté de Jemeppe-sur-Sambre, sera elle aussi bientôt commandée à distance comme les autres écluses sur la Sambre. Ulrich Courbet y travaille, comme l’ont fait avant lui son père et son grand-père. Pour lui, difficile de quitter le bord de l’eau pour aller s’enfermer dans un bureau : "Pour moi, ce ne sera même plus le métier d’éclusier, on sera opérateur dans une salle, enfermé toute la journée, alors qu’on a toujours eu l’habitude d’être au bord de l’eau… C’est dommage".

Un trafic fluvial plus performant pour désengorger nos autoroutes

Ulrich a demandé à être muté dans une autre écluse qui ne sera pas contrôlée à distance tout de suite… Il gagne un sursis de quelques années sans doute. Mais pour les éclusiers qui sont prêts à se lancer dans cette nouvelle aventure, les places ne manqueront pas.

"C’est vraiment un travail de longue haleine, explique Christophe Blerot, porte-parole du SPW Mobilité et Infrastructures. D’ici 2035, nous aurons une trentaine d’ouvrages qui pourront être téléconduits à partir du centre Perex. Cela va nous permettre d’avoir, d’une part, des équipes qui seront à Perex pour la téléconduite et, d’autre part, de dégager des personnes qui sont pour l’instant sur des écluses, pour mener des actions sur le terrain, que ce soit au niveau des entretiens ou au niveau des situations de secours comme rétablir une situation au niveau d’une porte éclusière."

L’idée est donc de mieux organiser les équipes. D’agrandir aussi les horaires de manœuvre au niveau de la navigation. A terme, huit équipes de 5 éclusiers se relayeront à Perex pour gérer une trentaine d’ouvrages. Là où, à l’heure actuelle, il faut une équipe de 5 éclusiers par écluse.

S’il semble clair que le métier perd un peu de sa poésie, ce contrôle à distance depuis le centre Perex devrait donc favoriser le transport de marchandise par la voie d’eau en Wallonie. Et diminuer ainsi la quantité de camions sur les autoroutes et les routes régionales.

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