Quatre Bras de Tervueren : en quoi consiste le projet de la Flandre rejeté par plusieurs communes de Bruxelles ?

Un pont pour les vélos au-dessus des Quatre Bras. Mais aussi une avenue de Tervueren réservée en partie aux deux-roues.
2 images
Un pont pour les vélos au-dessus des Quatre Bras. Mais aussi une avenue de Tervueren réservée en partie aux deux-roues. - © Werken aan de ring

Les Quatre Bras de Tervueren ! Chaque matin, chaque midi, chaque soir, les bulletins de radio guidage sur les antennes de la RTBF évoquent ce carrefour croisant le ring de Bruxelles, l’avenue de Tervueren côté région bruxelloise et la Tervurenlaan côté Région flamande. Le trafic y est dense, les embouteillages fréquents.

La Flandre veut revoir ce complexe routier pour améliorer les circulations automobile et cyclable. Comment ? En faisant passer le trafic automobile sur l’avenue de Tervueren de deux à une bande. Un projet qui fait bondir les communes de l’Est et du Sud de Bruxelles : Woluwe-Saint-Pierre, Woluwe-Saint-Lambert, Auderghem n’en veulent pas. Mais de quoi parle-t-on et les craintes sont-elles justifiées ? Réponses en cinq points.

1. Quel est le contexte du projet ?

A l’exception d’une portion de 900 mètres à Forest et une autre un rien plus longue entre le Carrefour Léonard et Hoeilaart sur le territoire bruxelloise (et la partie wallonne vers Haut-Ittre), le ring qui contourne et dessert les 19 communes est principalement situé en Flandre. C’est la Région flamande qui l'entretient, l’aménage, le rénove. Dans le cadre de son plan "Werken aan de ring" ("Travaux sur le ring" ou plutôt "Le ring, on y travaille"), la Flandre, via sa "Werkvennootschap" (l’agence qui coordonne les projets des différentes autorités flamandes) prévoit toute une série de chantiers comme l’élargissement du Ring par exemple.

"Nous préparons le Ring pour le trafic d’aujourd’hui et de demain. Et nous le faisons tout en augmentant la viabilité de l’environnement pour l’homme et la faune", explique le portail Internet du plan. "Le Ring (R0) autour de Bruxelles s’est forgé au fil des ans l’image d’un lieu invivable et à éviter. Embouteillages et accidents, trafic de contournement dans les villes et communes environnantes, fragmentation des zones vertes adjacentes… En outre, le tronçon le plus ancien du Ring a déjà 65 ans. Il est donc nécessaire de l’adapter aux besoins actuels."

En clair, l’adapter aux nouvelles aspirations en termes de mobilité pour laisser plus de place aux deux roues, aux piétons, aux transports en commun, réduire les nuisances sonores et vibrations chez les riverains, améliorer la qualité de l’air…

La Flandre a déjà lancé plusieurs chantiers dont un entre Neder-Over-Heembeek et Vilvorde avec la construction d’une route cyclable. Elle finalise un écopont et des pistes cyclables à hauteur de la Henneaulaan à Zaventem… Il est aussi question de tracer une véloroute le long de la E411, à hauteur du carrefour Léonard mais aussi de renforcer l’offre de transports en commun au travers d’un ringtrambus exploité par De Lijn. Un plan à plusieurs entrées, ambitieux qui passe aussi par l’avenue de Tervueren.

2. Quel est le projet envisagé aux Quatre Bras de Tervueren?

Le bout de l’avenue de Tervueren, la N3, traverse la forêt de Soignes. Elle est composée actuellement de deux fois deux bandes séparées : deux vers Bruxelles, deux vers les Quatre Bras de Tervueren. Idem dans l’autre sens avec la Tervurenlaan. Résultat : quatre carrefours à gérer aux Quatre Bras avec des conséquences parfois chaotiques sur le trafic routier.

Le projet de la Flandre comporte plusieurs axes. Tout d’abord, il y a les travaux d’aménagement d’une nouvelle piste cyclable qui passe au-dessus du carrefour, pour améliorer la sécurité des cyclistes.

Ensuite, "la partie de la véloroute F29 entre les Quatre Bras et Bruxelles ne répond pas aux normes d’une véloroute : le revêtement de la route est en mauvais état, la piste n’est pas assez large et il n’y a pas d’éclairage." Elle est aussi partagée avec les piétons. Ce que prévoit dès lors la Flandre, c’est d’utiliser la partie sud de la N3 en direction des Quatre Bras pour en faire une piste cyclable autonome, éloignée de la circulation automobile.

La partie nord vers Bruxelles deviendrait alors une voirie sortante et entrante pour le trafic automobile. Finies les deux bandes vers Bruxelles, place à deux fois une bande. "Pour autant qu’il y ait suffisamment d’espace pour effectuer le principe de la tirette, la circulation de l’avenue de Tervueren en direction de Bruxelles peut être effectuée sur deux fois une bande", expliquent les autorités du Nord du pays.

3. En quoi consiste le test ?

C’est assez courant depuis quelques années. Une autorité qui envisage un aménagement lourd impliquant d’importants moyens financiers et pouvant susciter des incidences sur plusieurs quartiers met en place une phase de test. Dans le cas des Quatre Bras, la Flandre prévoit, de fin août à la mi-octobre, d’analyser les répercussions que les travaux envisagés pourraient engendrer en installant des bollards et des blocs de béton à différents endroits. Une sorte de simulation pour les automobilistes afin d’anticiper leurs éventuels comportements.

Vont-ils adopter le nouvel aménagement ? Vont-ils plutôt préférer emprunter d’autres voies ? Seront-ils tentés d’abandonner leurs voitures au profit d’autres modes de transports ? Réponses à la fin de la phase du test.

4. Pourquoi plusieurs communes ne sont pas d’accord ?

La première commune bruxelloise à avoir fait part de son mécontentement, c’est Woluwe-Saint-Pierre. Dans La Libre du 30 mars, le bourgmestre Benoît Cerexhe (cdH) explique rejeter le projet en bloc. C’est un projet qui n’a pas de sens, disent les autorités sanpétrusiennes.

"Pour nous, cela signifie que l’on va avoir un trafic de percolation à l’intérieur de tous les quartiers de la commune, puisque les applications de mobilité qui existent aujourd’hui dévient les automobilistes vers les rues avoisinantes", réagissait M. Cerexhe chez nos confrères. "C’est à l’opposé de notre accord de majorité communale puisque nous cherchons au contraire à apaiser nos quartiers en renvoyant les voitures vers les axes structurants."

Woluwe-Saint-Lambert, non plus, n’est pas d’accord. Elle accuse la Flandre d’imposer ses décisions aux communes bruxelloises sans tenir compte de leur avis. Un recours est envisagé.

Auderghem, un peu plus au sud, n’est pas tendre et demande des éclaircissements sur les intentions de la Flandre. Le projet présenté pour avis ne serait pas celui ambitionné. Il y a aussi la crainte d’un report du trafic via le viaduc Herrmann-Debroux et ensuite la chaussée de Wavre. Le bourgmestre Didier Gosuin (DéFi) et son collège suspendent pour le moment leur avis officiel.

En périphérie, contestation aussi. Kraainem, commune flamande à facilités, s’oppose au projet.

5. Que disent la Région bruxelloise et la Flandre ?

L’avenue de Tervueren traverse la commune de Woluwe-Saint-Lambert mais est gérée par la Région bruxelloise. Aux Quatre Bras, elle est gérée par la Flandre. Pour la ministre bruxelloise de la Mobilité, Elke Van den Brandt (Groen), le projet est un "win win". Mais "il faut au moins procéder à une phase de test, à partir du mois d’août et si nécessaire la prolonger", a-t-elle affirmé vendredi dernier au Parlement bruxellois.

"Il est crucial qu’il n’y ait pas de report de trafic dans les quartiers proches", a-t-elle encore ajouté. Selon la ministre, l’avenue de Tervueren remodelée pour les deux roues offrirait à terme un potentiel de 5000 cyclistes par jour.

Sur BX1, la ministre ajoute encore : "Si on montre qu’il n’y a pas d’augmentation de temps de parcours (pour les voitures) et qu’on peut gagner de l’espace pour les piétons et pour les cyclistes, je pense que c’est une bonne idée. On ne veut pas encore aller dans le définitif. Mais on peut, dans ce cadre-là, tester."

Pour la Flandre, le test n’est qu’une première étape. Les intentions finales restent les mêmes. Lorsque les Quatre Bras seront transformés, la circulation sur l’avenue de Tervueren devra être modifiée : voitures aller et retour dans la partie nord, cyclistes et piétons dans la partie sud. Sur le site de Werken aan de ring, aucune date n’est mentionnée.

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK