Quand les relations de voisinage s'enveniment : le recours au médiateur

Daisy Quinchon a déjà fait appel au médiateur
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Daisy Quinchon a déjà fait appel au médiateur - © C Legrand

Entre habitants d’un même quartier, on est parfois bien loin de l’ambiance "fête des voisins". Avant d’en venir aux mains, il peut être utile de recourir à la médiation. A Mons, par exemple, au service Prévention, 150 dossiers sont ouverts chaque année suite à des conflits de voisinage. Les médiateurs tentent avant tout de restaurer le dialogue, pour éviter l’escalade de la violence.

Daisy Quinchon habite un quartier très tranquille. "Je ne me souviens pas qu’il y ait eu une dispute de voisinage", poursuit cette Montoise. Alors quand elle a eu à se plaindre du grand frêne, au bout de son jardin, elle n’a pas attendu que les choses s’enveniment. "Cet arbre était au début tout petit, tout mignon, il est devenu immense. Le frêne produit des petites ailettes. Mes voisines et moi nous en retrouvions des kilos et des kilos, qui s’accumulaient dans nos gouttières ou se replantaient dans les jardins. Cela produisait à chaque fois des petits arbres, qu’il fallait vite arracher". Daisy contacte le service prévention de la ville de Mons. "Je ne voulais pas faire connaissance avec mon voisin uniquement pour cette histoire d’arbre, je ne savais pas comment il allait réagir !" Elle s’adresse à Jean-Xavier Leroy, pour demander une médiation. "Et trois jours plus tard, il m’annonçait que le propriétaire du terrain voisin était d’accord, que l’arbre serait coupé dans le mois…"

Pendant la période estivale, l’équipe de Jean-Xavier Leroy ne chôme pas. "L’été est en effet une saison assez propice aux conflits de voisinage. Les plantations poussent beaucoup. Il y a les barbecues. On dort la fenêtre ouverte, donc on entend plus. On sent plus les odeurs… Mais nous sommes sollicités toute l’année ! Et c’est entièrement gratuit", précise le médiateur.

Son équipe est appelée par les voisins eux-mêmes, ou la police. "Les agents de quartier relayent vers nous. Ça peut permettre d’éviter des démarches longues, coûteuses, judiciaires, qui ne satisfont pas toujours les personnes en conflit".

Les raisons de la colère

"Il y a un top 3", sourit notre spécialiste. "Le bruit, les plantations et les comportements agressifs". Mais bien souvent, l’origine du conflit est ailleurs. "Le conflit, comme la hauteur d’une haie, ou la voiture mal garée, peut être un prétexte. Nous pouvons rencontrer une personne qui se plaint parce que son voisin de gauche ne taille pas sa haie au-dessous de deux mètres. Son voisin de droite a une haie haute de 3 mètres et ça ne lui pose pas de problème ! Cela témoigne bien du fait qu’il y a un problème dans la relation entre cette dame et l’un de ses voisins. Parfois, il s’agit aussi d’une mesure de rétorsion. Je me plains pour la haie, parce que toi tu m’as dit ça, ou tu t’es plaint de ça…"

Le médiateur n’intervient pas "sur le fond du dossier". Il ne distribue pas les bons et les mauvais points. Parfois il est uniquement le "porte-voix", le représentant des voisins. "Vous avez deux types de médiation. Celle où les gens se rencontrent en terrain neutre, au service prévention. C’est la médiation qui fonctionne le mieux. Mais parfois les personnes ne veulent pas se voir. Elles veulent une forme de dialogue mais sans être confrontées l’une à l’autre. Alors nous faisons la navette entre les deux parties, et nous nous en tenons aux propos que l’un et l’autre tiennent".

Cela peut prendre du temps, parfois plusieurs semaines ou plusieurs mois. Quel résultat peut-on espérer ? "La reprise du dialogue, c’est notre premier objectif. Sur cette base, on peut espérer que le conflit va pouvoir trouver une issue favorable. Entre personnes qui veulent réellement trouver une solution amiable, cela fonctionne généralement bien. Mais la médiation n’est pas une baguette magique ! Cela peut échouer". Si accord il y a, il peut être de plusieurs formes. "Accord verbal, ou nous pouvons rédiger un protocole d’accord. Les parties pourront éventuellement le faire valider par un juge de paix et lui donner force de loi".

 

Dans le Hainaut, les relations de voisinage sont plus électriques

C’est ce que révélait en 2018 une enquête menée pour la firme Reynaers Aluminium par le bureau d’études iVOX. Un Hennuyer interrogé sur trois déclarait éviter au maximum les contacts avec ses voisins. Deux sondés sur cinq déclaraient avoir déjà connu des différends à cause du bruit et des ragots. Près d’un sur deux évoquait le caractère "insupportable" d’un voisin. Les relations étaient définitivement détériorées pour plus de trois Hennuyers sur 5. Selon cette enquête, parmi tous les Belges interrogés, ce sont les habitants du Hainaut qui ont accordé le taux de satisfaction le plus faible à leurs voisins (6,4 sur 10). Dans le même temps, 2/3 des Hennuyers connaissent leurs voisins par leur prénom, et la moitié les considèrent comme des amis.

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