Quand le porte-parole d'Yvan Mayeur était un salarié de GIAL

Le dossier GIAL n'est pas près de se refermer. L'ASBL de la Ville de Bruxelles en charge de gestion informatique est sous le feu des projecteurs et des critiques depuis la semaine dernière avec les révélations autour de l'engagement d'un consultant, Michel Leroy, jusqu'à 1000 euros par jour pendant 18 ans et la passation de marchés publics sans respect des règles. Ce lundi, l'ancien directeur général dénonce dans "De Morgen" son licenciement après avoir découvert le contrat de Michel Leroy.

Aujourd'hui, la RTBF apporte un nouvel élément au dossier: le porte-parole de l'ancien bourgmestre PS Yvan Mayeur (en poste de décembre 2013 à juin 2017) était un salarié de GIAL. En d'autres termes, il était rémunéré par l'ASBL mais ne travaillait pas directement pour l'ASBL, ni dans ses locaux mais à l'hôtel de Ville de Bruxelles.

De 2015 à début 2017

Rétroactes... Le 25 février 2015, le conseil d'administration de GIAL se réunit. Il doit avaliser une série de points dont l'engagement de Fabrice Voogt, journaliste aguerri du journal Le Soir. Mais comme cela est écrit noir sur blanc dans le compte-rendu du CA, Fabrice Voogt ne va pas travailler pour GIAL mais en tant que "responsable de la Cellule Communication de Ville de Bruxelles". Dans les faits, rapidement après le départ de l'ancienne porte-parole, il devient le manager de la communication externe et interne d'Yvan Mayeur et de la majorité. C'est d'ailleurs Fabrice Voogt qui est le contact numéro 1 des journalistes et ce sont ses coordonnées qui figurent sous les communiqués de presse du bourgmestre. Il est fort sollicité par la presse lors de la saga du piétonnier et après les attentats du 13 novembre 2015.

Lors du conseil d'administration, tous les membres votent pour l'engagement de Fabrice Voogt sauf le membre cdH (opposition), Didier Wauters, qui s'abstient. 

Lors du même conseil d'administration de GIAL, un autre recrutement a lieu, celui de la future adjointe à la Cellule communication en charge des réseaux sociaux de la Ville de Bruxelles, Aude Vilain. Aude Vilain est la fille de Serge Vilain à la tête de la SRIB (Société régional d'investissement de Bruxelles) depuis 27 ans. L'an dernier, Serge Vilain ainsi que trois autres directeurs de la SRIB sont épinglés dans la presse pour leurs rémunérations excessives (1,3 million d'euros pour eux quatre). Tout comme pour le recrutement de Fabrice Voogt, le conseil entérine la décision. Une fois encore, Didier Wauters s'abstient. 

"Une abstention en signe d'opposition" pour le cdH

Trois ans presque jour pour jour après ce conseil d'administration, le membre cdH revient sur ces deux embauches par GIAL. "À l'ordre du jour de ce fameux conseil d'administration, n'était indiqué que l'intitulé 'engagements divers'. Ce n'est que lors de la séance que nous avons obtenu des informations plus précises", se souvient Didier Wauters.

"Je demande alors des explications. Le président de GIAL et le directeur général de l'époque nous rassurent en nous disant que GIAL s'occupe justement de la digitalisation de la Ville de Bruxelles. Mais pour moi, il n'est pas normal que GIAL prenne sur son payroll un collaborateur qui va se charger de la communication de la majorité. Cet engagement doit se faire au niveau de la Ville de Bruxelles. À la fin des débats, je ne suis toujours pas rassuré, je ressens un malaise et je décide de m'abstenir. Une abstention en signe d'opposition en fait."

Didier Wauters ajoute : "L'avenir montrera que j'avais vu juste. Nous sommes donc face à un problème de transparence et de gouvernance".

Ces deux contrats sont-ils les seuls conclus par GIAL et ayant servi à d'autres structures de la Ville de Bruxelles ? Impossible à savoir. "Je n'ai pas d'éléments pour affirmer cela", affirme Didier Wauters.

Sollicité par la RTBF, Fabrice Voogt, professionnel reconnu, n'a pas souhaité réagir. Mais selon nos informations, celui-ci aurait à plusieurs reprises fait remarquer en interne la situation plus que problématique de son contrat. Début 2017, il quittera la communication de la Ville de Bruxelles pour rejoindre l'ASBL Prosport de la Ville de Bruxelles, sous contrat Prosport. Depuis l'été dernier, il est le porte-parole du CPAS de la Ville de Bruxelles, sous contrat CPAS.

DéFI et Ecolo exigent la transparence

La cheffe de groupe Ecolo Zoubida Jellab (opposition) réagit : "Je connaissais les emplois fictifs, mais pas encore les emplois virtuels. Plus rien ne nous étonne. GIAL servait de vache à lait pour renflouer les cabinets et je ne peux m'empêcher de penser aux difficultés que rencontrent les écoles pour obtenir des tableaux interactifs ou tablettes et ici tout le monde s’accorde pour faire mettre en place des pratiques plus que douteuses, même le MR-Open VLD s’y est mis. Le citoyen aime les séries rocambolesques sur Netflix mais pas pour la gestion des biens publics !".

Fabian Maingain, le chef de groupe DéFI (opposition), parle lui d'un contexte "malsain". "Ces informations sont une nouvelle fois interpellantes et si elles sont confirmées font état d'un mélange des genres problématiques", souligne encore Fabian Maingain. "Il appartiendra au Collège d'y répondre au prochain conseil communal (NDLR: le 26 février prochain)Afin d'éviter que l'image de la Ville soit ternie par une succession de révélations en lien avec la gestion de l'ASBL, DéFI exige que toute la transparence soit faite sur la gestion de GIAL, à commencer par une présentation du rapport d'audit et des mesures qui ont été prises à sa suite."

Les explications du président de GIAL

Mohamed Ouriaghli, échevin PS et président de GIAL depuis 2012, a une explication. "M. Voogt a été engagé pour créer la nouvelle Cellule communication de la Ville de Bruxelles et le nouveau site Internet de la Ville de Bruxelles, géré par GIAL", précise Mohamed Ouriaghli. "Oui, il était en charge de la Cellule communication, qui dépend du service Organisation sous la tutelle du bourgmestre. Mais Fabrice Voogt faisait constamment l'interface entre la Ville et GIAL.Pour l'engagement du responsable communication, "il a fallu aller vite", reconnaît l'échevin qui rejette les accusations d'un contrat prétexte.

Le président de GIAL explique encore son implication dans la mise en place d’un nouveau modèle de fonctionnement au sein de GIAL. "Lors de la création de GIAL, nous avons externalisé le département informatique de la Ville. Depuis quelques années, nous internalisons de plus en plus et travaillons sur un nouveau modèle en phase avec nos engagements en matière de bonne gouvernance."

Rappelons que Karine Lalieux (PS), échevine à la Ville de Bruxelles ancienne présidente de GIAL, avait dénoncé ce dimanche l'instrumentalisation politique du dernier audit autour de GIAL.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK