Quand le MR attaquait Bertin Mampaka et que Bertin Mampaka portait plainte contre le MR

Nouveau départ pour Bertin Mampaka, désormais au MR après des années au PSC-cdH.
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Nouveau départ pour Bertin Mampaka, désormais au MR après des années au PSC-cdH. - © ERIC LALMAND - BELGA

Les responsables du MR ont la mémoire courte. Ou alors les temps changent. Ou alors le président national Georges-Louis Bouchez et le président bruxellois David Leisterh sont trop jeunes pour s’en souvenir. L’annonce ce vendredi de l’arrivée du désormais ex-cdH Bertin Mampaka chez les Réformateurs a de quoi surprendre, à plus d’un titre.

Ce que ne disent ni l’intéressé, ni les pontes libéraux dans La Libre de ce vendredi c’est que le député régional humaniste Mampaka a été une des cibles récurrentes du MR, pendant de nombreuses années. Un affrontement qui a même débouché sur plusieurs plaintes.

Une carrière qui démarre dans le Hainaut

Qui est Bertin Mampaka Mankamba tout d’abord ? Celui-ci naît au Congo (ex-Zaïre, désormais République démocratique du Congo) en 1957. En 1979, il débarque en Belgique pour poursuivre ses études. En 1982, il est diplômé de la Haute École de la Communauté Française du Hainaut (conseiller fiscal). Suivent ensuite des études à l’Université de Mons où il enseignera également.

Le PSC (actuel cdH), l'Hennuyer l’intègre officiellement en 1994. Sa mission : cibler les communautés subsahariennes. Cinq ans plus tard, le néo-Bruxellois se présente à la Chambre. L’année suivante, ce sont les communales. Il est septième sur la liste et est élu. Son parti qui s’appelle toujours le PSC est dirigé par Joëlle Milquet, dont il est proche. La même année, Bertin Mampaka devient secrétaire national de sa formation politique.

En 2003, lors des législatives, il candidate. Mais il est trop juste avec ses 3338 voix. La prochaine sera la bonne, avec les régionales. Avec 3644 voix, il peut désormais siéger dans un hémicycle. Mieux, il peut cumuler avec un mandat d’échevin à la Ville de Bruxelles, laissé libre par Georges Dallemagne. Le très imposant Bertin Mampaka porte beau, s’exprime bien, a du charisme, un réseau : le parti lui fait totalement confiance.

L’affaire des notes de GSM et le pas de côté

Et c’est à ce moment que les libéraux, rejeté dans l’opposition en 2000, vont le prendre en grippe. Un conseiller, Geoffroy Coomans de Brachene (son désormais collègue au sein du même groupe au Parlement bruxellois) va multiplier les attaques et les dossiers à charge. L’une des salves les plus retentissantes remonte à 2006. La facture de GSM de l’échevin fait bondir l’administration communale : 20.000 euros en 2005, 13.000 euros pour les huit premiers mois de l’année!

Ce GSM sert pour les communications privées et politiques (Ville et Région) du mandataire. Il n'empêche: les montants dépassent l’entendement. Bertin Mampaka a versé certaines sommes à la Ville mais l’avis du comité de déontologie de son parti saisi est sans appel. Celui-ci parle de "maladresse dans le chef de Bertin Mampaka, qui consiste dans le fait d’utiliser un seul GSM, celui de la ville, pour trois affectations différentes et non plusieurs GSM". Bertin Mampaka doit faire un pas de côté et ne fera donc pas partie du nouveau collège, place à Hamza Fassi-Fihri. Joëlle Milquet, pressée par son partenaire PS de trancher le cas Mampaka, n’avait pas le choix.

Mais ce n’est pas la seule affaire soulevée à l’époque par l’opposition libérale et Geoffroy Coomans de Brachene. Accusations de domiciliations fictives de plusieurs candidats cdH, subsides à des ASBL sportives dirigées par des proches, communautarisme, détournements de biens sociaux… Dans la presse bruxelloise, les révélations s’enchaînent.

C’en est trop estime Bertin Mampaka qui charge, fin 2006, l’avocat Georges-Henri Beauthier de déposer plainte en calomnie et diffamation contre Coomans de Brachene. Pour Mampaka, les attaques ont dépassé le champ politique et sont racistes. "Risible" et "insultant" réagit l’élu libéral. Etre taxé de racisme, c’est le "joker que brandit l’échevin chaque fois qu’il se sent attaqué pour ne pas répondre aux questions".

Pour Georges-Henri Beauthier, "M. Mampaka a été blessé par une méchanceté qui n’intervient pas par hasard à un moment où doit se dessiner une majorité, et où doivent être attribués des fonctions à exercer". Il ajoute : "La démocratie recule par des ambiances aussi délétères et nauséeuses, si à chaque fois qu’un homme qui approche de l’attribution de mandat, il doit être confronté à des accusations mensongères."

La plainte concernant les dépenses électorales

Ce n’est pas la seule plainte que doit gérer la justice concernant Bertin Mampaka. A l’époque, Geoffroy Coomans de Brachene appuyé par Henri Simons (Ecolo puis plus tard PS) attaque le mandataire d’origine congolaise dans le cadre d’irrégularités en matière de dépenses électorales. Mais le dossier est rapidement classé sans suite. Un premier round remporté par Mampaka qui s’apprête à retrouver son écharpe scabinale, dès le mois de mars 2007.

"Le CDH a toujours voulu faire de la politique proprement et autrement. Certains la font hélas classiquement et peu éthiquement. Ce que le CDH a vécu après les élections communales est indigne et profondément inhumain", note le parti de Joëlle Milquet qui réintègre Mampaka au sein de l’exécutif local.

Il redevient échevin

Coomans de Brachene est rouge de colère et veut faire capoter la nomination de Mampaka. Il organise une conférence de presse en présence de témoins. Ceux-ci allèguent des malversations dans le chef de Bertin Mampaka, la création de fausses sociétés pouvant prétendre à un marché public contre des dessous-de-table, l’attribution d’un logement contre des faveurs sexuelles… Cette fois-ci, la cheffe de file du MR local n’apprécie pas la sortie de son élu. "Nous nous désolidarisons", déclare Marion Lemesre.

Le combat Coomans-Mampaka est loin d’être terminé. Fin 2007, la plainte en diffamation et calomnie est classée sans suite. Coomans réclame des dommages et intérêts. Quant à Mampaka, il fait appel. Le non-lieu sera définitivement confirmé en 2008.

2009 est une nouvelle année électorale avec les régionales. Mampaka se présente ainsi que d’autres candidats issus de la communauté congolaise. Il récolte 3748 voix (37e score régional) et continue d’être pointé du doigt pour ses méthodes: le surcollage sur les panneaux électoraux de Neder-over-Heembeek, comme le rapporte "Le Soir" du 6 juin 2009.

L’affaire Mampaka-Kabamba

Bertin Mampaka continue de faire l’actualité, mais souvent en dehors de la sphère politique. Fin 2009, c’est la fameuse affaire de la rixe dans la cave d’un restaurant de la rue du Luxembourg. Le cdH accuse l’ex-sénateur Ecolo, le Dourois Bob Kabamba et l’ex-secrétaire du cdH Dominique Weerts de séquestration et violence. Une affaire rocambolesque avec intervention de la police.

Les personnes citées nient et évoquent simplement un débat animé sur la situation au Congo. Le dossier connaîtra plusieurs rebondissements avant un non-lieu prononcé en 2012 suivie d’une plainte en diffamation de la part de Bob Kabamba.

Les rumeurs d'un transfert au… PS

Quand il s’agit de parler de politique cette fois, Bertin Mampaka, aujourd’hui libéral convaincu d’après le communiqué du MR, peut se laisser aller très librement. Le poids des archives reste ce qu’il est : éclairant voire accablant. Le 27 octobre 2011, l’humaniste dont le parti est en méforme confirme dans "Le Soir" avoir été approché par le PS.

"J’ai un lien fort avec le PS et ce qu’il représente", dit-il. "Je suis "né” en Belgique il y a 32 ans, à Mons, dans le Borinage, près de Quaregnon, où a été rédigée la charte du Parti ouvrier belge ! Alors, on peut évidemment imaginer tous les scénarios. Après tout, la politique n’est jamais qu’un véhicule… avec des options. Je n’ai jamais caché que s’il devait y avoir un mouvement, je préférerais qu’il me mène au PS. Je suis en admiration par rapport à la façon dont ce parti forme ses cadres à la gestion du pouvoir et séduit par la solidarité qu’ils affichent, notamment à la Ville, quand l’un des leurs est la cible de critiques."

D’après ses déclarations, il n’y a pas que le PS qui souhaite le débaucher. "A l’époque, j’ai reçu une proposition d’Olivier Maingain (NDLR : ancien président du FDF-DéFi), quand il me voyait tout penaud sur le banc du plus petit groupe. Une autre offre, plus ferme encore, m’est parvenue ensuite de Daniel Ducarme, quand le MR a lancé une OPA sur le CDH. Mais, aujourd’hui, je ne suis plus "vendable". A Bruxelles, j’ai fait 10% des voix de mon parti alors que j’avais fait l’objet d’une contre-campagne structurée."

L’anniversaire au Stade Roi Baudouin

L’année suivante, ce sont déjà les communales. L’échevin des Sports est sur tous les fronts pour sa réélection. A quelques mois du scrutin, pour son 55e anniversaire, il loue le stade Roi Baudouin qu’il gère dans le cadre de ses compétences. Discutable au niveau éthique. Des milliers de jeunes sont invités de même que des artistes dont le DJ DaddyK.

Cette fiesta n’est pas une démarche électoraliste clame-t-il haut et fort. "Vraiment, je ne comprends pas pourquoi on s’intéresse à mon anniversaire, c’est du harcèlement. On me tombe dessus à la première occasion je me demande s’il n’y a pas des arrière-pensées racistes derrière cela."

Malgré les efforts sur le terrain, Bertin Mampaka et le cdH basculent dans l’opposition. Les polémiques s’enchaînent. Lors de la campagne des communales, il subit les foudres de l’humoriste Richard Ruben dont un message vidéo décontextualisé a été intégré et exploité dans une vidéo électorale, contre son gré.

En 2013, Bertin Mampaka porte plainte comme d’autres mandataires politiques d’origine africaine après avoir été cité dans un rapport de la Sûreté de l’Etat sur l’infiltration de l’Eglise de Scientologie en Belgique dans le monde politique.

Une plainte pour homophobie

En 2014, il traite le conseiller communal Ecolo (puis DéFi) Michaël François de "pédé" en plein conseil communal. Malgré les excuses, plainte pour homophobie est déposée. Elle sera classée sans suite.

Bertin Mampaka, que l’on voit à l’occasion dans le public des émissions de Patrick Sébastien sur France 2, poursuit la gestion de ses dossiers. Il est conseiller communal, député et sénateur. Il connaît bien le stade Roi Baudouin et interpelle régulièrement au moment où il est question de construire un stade national sur le parking C ou encore le maintien du Mémorial Van Damme.

Il interpelle aussi sur le cas de la judokate Charline Van Snick, accusé de dopage et de son statut d’élite sportive. Pourtant, ce sont toujours d’autres sorties médiatiques qui retiennent l’attention.

Désormais, je suis une icône pour cette communauté

"Quand j’ai vu que la Belgique s’ouvrait à la communauté maghrébine, j’ai pensé qu’il était nécessaire de représenter aussi les autres minorités, dont la communauté subsaharienne chrétienne. Désormais, je suis une icône pour cette communauté", déclare-t-il par exemple dans le Vif du 26 juillet 2013. "On me colle l’étiquette de pentecôtiste. Or je n’ai pas d’autre lien avec cette église que celui d’un élu qui rencontre des communautés. Allez voir les ténors socialistes se presser aux cérémonies pentecôtistes ! Auparavant, on retrouvait des membres de cette communauté subsaharienne dans tous les partis. Je voulais en faire des citoyens impliqués, via le CDH. Aujourd’hui, le PS nous a pris l’électorat pentecôtiste. C’est mon regret : avoir ouvert les portes des églises pentecôtistes à tout le monde. Je sais qu’on m’accuse aussi de faire partie de l’Eglise de scientologie. Je ne sais même pas ce que c’est…"

Lors des régionales de 2014, Mampaka est réélu. Trois ans plus tard, nouvelle polémique cette fois suite à un voyage en Azerbaïdjan avec deux autres députés (Manzoor et Ozkara). L’Azerbaïdjan n’est pas un modèle en termes de respect des droits de l’homme et est en conflit avec l’Arménie.

"J’essaye plutôt de faire de la médiation entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie", affirme Bertin Mampaka qui ajoute même avoir dû payer son vol retour "de sa poche. C’était la seconde fois que je me rendais sur place et je peux vous assurer qu’on a été moins bien traités que quand j’y ai été la première fois avec Alain Destexhe" dit-il dans l’Echo.

Un procès-verbal pour des tracts distribués en rue

La tension est toujours présente en campagne électorale. La crainte de ne plus être élu vraisemblablement. En 2018, c’est un partisan du candidat Mampaka qui est surpris en train de surcoller. En 2019, Bertin Mampaka qui n’est plus censé ignorer la réglementation électorale, reçoit un P.-V.. Il distribuait des tracts devant un bureau de vote de Molenbeek, le jour du scrutin, ce qui est interdit. La Capitale diffuse la vidéo du délit.

Le récent dossier des violences policières contre les Afro-Américains aux Etats-Unis et le débat chez nous sur la décolonisation de l’espace public offre à Bertin Mampaka une nouvelle tribune, lui le pionnier, premier conseiller communal noir de Bruxelles, lui l’un des premiers candidats noirs à la Chambre. Avec ses collègues parlementaires cdH, plainte commune est déposée pour incitation à la haine en soutien à Pierre Kompany. Le député-bourgmestre de Ganshoren fait régulièrement l’objet d’insultes à caractère xénophobe.

Aujourd’hui, c’est le départ au MR de Bertin Mampaka qui fait l’actualité. Un départ assumé. "Le cdH est en pleine réflexion sur son avenir. La dynamique actuelle du MR me laisse penser que ma voix sera mieux entendue", déclare Bertin Mampaka. A Bruxelles, le MR cherche à se rapprocher des communautés d’origine étrangère. Il tient en Bertin Mampaka une figure.

Avec lui, la conseillère communale bruxelloise, Mie-Jeanne Nyanga-Lumbala, également d’origine congolaise. Elle aussi claque la porte du parti de Maxime Prévot.

Archive : JT du 04/02/2014

En 2014, Bertin Mampaka avait fait l'objet d'une plainte pour homophobie

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