Quand Interparking fait enlever une sculpture de Moeschal, Bruxelles se fâche et dresse un p.-v.

Où sont donc passés les "Signaux du parking des Deux Portes" à Bruxelles ? Cette sculpture de Jacques Moeschal (1913-2004) n’est pas aussi connue que son signal d’Hensies à la frontière franco-belge ou son signal de Grand-Bigard au début de l’autoroute de la mer. Il n’empêche : cette réalisation en acier corten, inaugurée en 1967 au-dessus de l’entrée du parking du même nom sur le boulevard de Waterloo a disparu de l’espace public, laissant orpheline une autre sculpture monumentale de Moeschal, à 50 mètres de là : le "signal de la Porte de Namur". Un retrait réalisé par son propriétaire sans demande de permis préalable. Un p.-v. vient d’être dressé par Urban.brussels, l’administration de l’Urbanisme de la Région bruxelloise.

Le travail du sculpteur Jacques Moeschal, décédé en 2004, a marqué le paysage urbain en Belgique et à l’étranger comme en Israël, au Japon ou au Mexique. Pas étonnant que Bozar lui consacre une grande exposition rétrospective jusqu’au 21 juillet. Mais à côté de ses grands travaux, il y a des actes plus discrets, parfois ignorés. "Signaux du parking des Deux Portes" en fait partie. L’œuvre se présente comme un "hashtag", un dièse aux dimensions plus imposantes. Elle était posée au-dessus de la trémie du parking, sur le panneau lumineux "2 portes".

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Une perspective avant/après avec vue vers la Porte de Namur. © GOOGLE / RTBF

Aujourd’hui, elle n’y est plus : sur le promontoire, on distingue encore les trous dans le béton, qui ont servi à fixer l’œuvre d’art. A qui appartient l’œuvre ? A Interparking, la société qui a décidé de la faire enlever et pas à la Région bruxelloise qui gère la voirie. "Cette sculpture appartient à Interparking. Elle se trouve sur un terrain sur lequel Interparking a des droits réels", insiste Roland Cracco, le CEO d’Interparking. "Cette sculpture qui a une cinquantaine d’années a été démontée pour pouvoir être déplacée pour inspection et restauration."

Ce genre de sculptures souffre de problèmes de corrosion

Une restauration impérative. "Ces sculptures, qui sont fabriquées en acier corten, ont été soumises pendant de nombreuses années à des intempéries, à des agressions atmosphériques, à la pollution. Comme nous l’avons constaté sur d’autres sculptures similaires que nous possédons, ce genre de sculptures souffre de problèmes de corrosion."

Le risque de décrochage est réel. "Comme cette sculpture pèse entre trois tonnes et trois tonnes et demie, le risque est qu’elle puisse basculer à ce moment-là" et blesser gravement une personne se trouvant dans l’entrée du parking. "Il faut s’assurer de l’intégrité structurelle de cette pièce, compte tenu de sa position au-dessus parking. D’autre part, nous devons nous assurer qu’après une bonne rénovation réalisée dans les règles de l’art, elle puisse repartir du bon pied pour soixante ans."

Un déménagement n’est pas à exclure

Mais où ? Toujours sur le boulevard de Waterloo, au-dessus du parking ? Rien n’est moins sûr. "Nous le verrons à la fin de la restauration", se contente de répondre le patron d’Interparking. "Nous possédons une grande collection de sculptures de Moeschal. Nous avons d’ailleurs prêté des pièces à Bozar pour son exposition. Nous n’avons donc pas attendu cette exposition pour découvrir cet artiste."

Il n’est donc pas exclu que des œuvres de Moeschal appartenant à Interparking tournent d’un parking à un autre "afin qu’un maximum de personnes puissent en profiter. Nous avons par exemple un Moeschal qui va partir à Florence, dans un magnifique parking. Les habitants et les touristes pourront en profiter. Je rappelle que les sculptures de Moeschal qui étaient dans le parking 58 aujourd’hui démoli ont été replacées ailleurs, l’une dans le parking 2 Portes, l’autre prochainement à Zaventem."

La Région craint une vente

Pour Pascal Smet (One. brussels), secrétaire d’Etat à l’Urbanisme, hors de question de voir partir la sculpture. Elle doit rester boulevard de Waterloo. "Cela me semble logique : elle est à cet endroit depuis tellement longtemps et doit y retourner", même après réaménagement du boulevard.

"Nous avons déjà eu des contacts avec Interparking pour savoir pourquoi cette sculpture a été enlevée. Officiellement, c’est pour une restauration. Les mauvaises langues parlent d’une vente. Cela doit être clarifié. En attendant, un procès-verbal a été dressé suite à son enlèvement pour infraction au code bruxellois de l’urbanisme. Procéder à l’enlèvement de l’œuvre de manière unilatérale, c’est tout de même bizarre. A ma connaissance, c’est un cas unique."

Le dialogue reste privilégié par la Région bruxelloise qui ne souhaite pas aller au clash avec Interparking, acteur majeur du stationnement souterrain dans la capitale. "Il n’est pas dans notre intention, aujourd’hui, de vendre l’œuvre", répond de son côté Roland Cracco. "Une génération suivante le fera, peut-être. Ce qui est certain, c’est que nous achetons plutôt des sculptures de Moeschal pour compléter notre collection."

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