Qualité de l'air à Bruxelles : l'air deux fois moins pollué sur le piétonnier que sur la rue de la Loi

Qualité de l'air: Dis moi où tu te déplaces, je te dirai quelle pollution tu respires
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Qualité de l'air: Dis moi où tu te déplaces, je te dirai quelle pollution tu respires - © Tous droits réservés

Sur le piétonnier, à hauteur de la Place De Brouckère, vous ne pouvez pas la manquer : une nouvelle station de mesure de la qualité de l’air a été installée. Elle est entourée d’une structure en bois. Et un grand écran vous informe sur la qualité de l’air du moment. Cette station est temporaire, elle restera dans le centre une dizaine de jours, dans le cadre de la Semaine de la Mobilité.

L’air deux fois plus pollué rue de la loi que sur le piétonnier

Cette station temporaire mesure la qualité de l’air sur le piétonnier et elle la compare avec celle de la rue de la loi, axe très fréquenté par les voitures à Bruxelles. La différence va se creuser au fil des heures de la journée. "Actuellement (il était 10 heures du matin), on observe 10 à 20% de moins au niveau des oxydes d’azote ici à De Brouckère par rapport à la station Arts-Loi", explique Olivier Brasseur en charge du Laboratoire Qualité de l’air à Bruxelles Environnement. "C’est un écart relativement faible, mais il faut dire qu’on est au moment des heures de pointe. Cet écart va croître en milieu de journée et donc dans l’après-midi, on va se retrouver avec une différence de l’ordre de 50-60% sur les concentrations".

La rue de la loi deux fois plus polluée que le piétonnier, à certains moments de la journée, le constat n’est pas très surprenant mais il n’est pas anodin non plus, quand on sait que l’on respire 15.000 litres d’air par jour et que le polluant qui est mesuré ici – le dioxyde d’azote – a des conséquences concrètes sur notre santé : " C’est un gaz irritant pour les voies respiratoires, on peut également sentir une irritation au niveau des yeux lorsqu’il est présent en teneur importante dans l’air ambiant. C’est un polluant problématique pour les gens qui ont de l’asthme puisque cela va avoir tendance à augmenter la fréquence et la gravité des crises d’asthme. C’est également problématique pour les enfants puisqu’ils auront tendance à déclencher plus facilement des infections pulmonaires", énumère Olivier Brasseur.

En 2018, à Bruxelles, 632 décès prématurés sont attribués à la mauvaise qualité de l’air, dont le trafic routier est l’un des principaux responsables, avec le chauffage.

Bruxelles ne respecte pas les normes européennes de qualité de l’air

Et pour ce polluant, Bruxelles ne respecte pas les normes de qualité de l’air européenne. Plusieurs stations qui mesurent les concentrations en particules fines à Bruxelles affichent aussi des valeurs qui dépassent les seuils recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé.

Des associations ont d’ailleurs attaqué la région bruxelloise en justice pour le dénoncer. L’ONG Client Earth considère que les pouvoirs publics doivent en faire plus pour améliorer l’air que l’on respire. Elle dénonce aussi la façon dont on mesure la qualité de l’air à Bruxelles. Ce n’est pas le nombre de stations de mesure qui pose problème (il y a en a 12 en tout, 9 gérées par Bruxelles Environnement), mais l’endroit où elles sont installées. Selon l’ONG, ces stations évitent les lieux très exposés au trafic routier et la photographie qu’elles offrent est alors biaisée (Les mesures de la station Arts-Loi ne sont pas rapportées à la Commission européenne).

Alors depuis peu, un mouvement citoyen, les Chercheurs d’air, place sur les façades des capteurs de particules fines pour enrichir la base de données disponible. Bruxelles Environnement attend l’arrivée de nouvelles stations compactes dans les mois à venir : "Nous allons élargir le réseau d’au moins 8 nouvelles stations dans un délai de trois ans", explique Olivier Brasseur du Labo Air.

La zone de basse émission, des quartiers apaisés, plus de place pour le vélo

Du côté du nouveau gouvernement bruxellois, on assure que c’est une des priorités de cette législature. Elke Van den Brandt, ministre Groen de la mobilité énumère les mesures qui vont dans ce sens : "Il y a la sortie du diesel en 2030, les différentes étapes de la zone de basse émission, mais ce n’est pas qu’une seule mesure qui changera les choses. Il faut faire des zones apaisées, il faut faire une zone 30, créer des zones piétonnes et cyclistes. Changer la ville et cela va vraiment changer la qualité de l’air".

Par ailleurs, il est aussi prévu d’isoler les bâtiments pour polluer moins l"air, rajoute Alain Maron, minisitre Ecolo de l’Environnement. " Mais tout cela va prendre des années, on n’arrive pas à des solutions du jour au lendemain. Par contre, là où on peut arriver à des solutions ponctuelles, ce sont les endroits où l’on a limité physiquement le trafic automobile. Là, l’effet d’amélioration sur la qualité de l’air est direct". Preuve à l’appui avec cette nouvelle station de mesure temporaire.

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