Publier sur Facebook les images de cambriolages, pratique bientôt légalisée?

La pratique est de plus en plus répandue chez les commerçants victimes de cambriolages. Lorsqu’ils ont le sentiment que la justice et la police, compte tenu de leurs moyens limités, ne pourront rien faire pour eux, ils ont parfois l’idée de diffuser sur Internet les images des caméras de surveillance installées dans leur magasin, pour aider à l’identification des voleurs.

"Le SNI (NDLR : Syndicat neutre pour Indépendants) a fait deux enquêtes baromètres auprès des commerçants indépendants, explique Christophe Wambersie, secrétaire général du syndicat. En 2015, 9% d’entre eux affirmaient qu’ils utilisaient Facebook pour publier des images de vols à l’étalage dont ils avaient été victimes. Et en 2016, c’est passé à 18%. Cette hausse est significative et le phénomène va sans doute encore prendre davantage d’ampleur".

Pratique courante mais interdite actuellement

Le problème, c’est que cette pratique est illégale. Les commerçants le savent mais cela ne les empêche pas de diffuser les images. "Je l’ai fait, mais pas tout de suite, explique Benoît, dont le magasin de tondeuses à Andenne a été cambriolé en décembre dernier, 55 machines dérobées en trois minutes. J’ai attendu de voir ce qui se passait, mais ne voyant rien bouger au niveau de l’enquête, j’ai décidé de le faire".

"J’y ai pensé mais cela ne m’a pas du tout freiné, déclare pour sa part Vincent, un autre commerçant du coin, lui aussi victime d’un cambriolage il y a quelques mois. Si les personnes sont choquées, elles peuvent sans problème porter plainte contre moi. Il est illégal de poster les images sur Facebook, mais il est tout aussi illégal de voler et de casser des vitres".

Dans ces deux cas, la diffusion n’a pas permis de retrouver les voleurs. Mais la propagation, souvent virale, de telles images ou vidéos, a déjà abouti a de biens meilleurs résultats. "On m’avait volé pendant la nuit un pied de drapeau en béton qui faisait 50 kilos, poursuit Vincent. Les images des caméras ont permis d’identifier le véhicule, j’ai diffusé la vidéo sur Facebook et la nuit suivante, on m’a rapporté mon pied de drapeau".

Légaliser et encadrer

Au SNI, on comprend l’attitude des commerçants exaspérés qui souvent ne voient rien venir du côté de la police et de la justice. Le syndicat plaide d’ailleurs pour la légalisation de la diffusion des images sur les réseaux sociaux. "Ce que nous demandons, détaille Christophe Wambersie, c’est la prise de conscience que c’est un phénomène important, qu’il n’y a pas de réponse objective donnée par la police et par la justice et qu’il faut donc trouver d’autres moyens. Nous pensons que cela peut être une des solutions, mais qu’il faut l’encadrer pour éviter un certain nombre de dérapages".

Pour le SNI, il faut donc légaliser la diffusion d’images sur les réseaux sociaux mais sous conditions: dépôt de plainte préalable, interdiction de diffuser des images violentes qui doivent rester du ressort de la justice et veiller à ce qu’on ne puisse pas identifier les personnes qui n’auraient rien à voir avec le vol. Des discussions sont en cours avec le cabinet du ministre fédéral des Classes moyennes, qui se serait montré très intéressé par cette proposition.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK