Procès Hakimi-Pauwels à Mons: Maître Lauvaux, l'avocat de Saïd Hakimi, critique lui aussi le chef d'enquête

Maître Fabian Lauvaux lors d'un précédent procès en 2019
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Maître Fabian Lauvaux lors d'un précédent procès en 2019 - © Belga - John Thys

Maître Fabian Lauvaux, avocat de Said Hakimi, le frère cadet de Farid, a plaidé une peine de prison assortie d'un sursis devant le tribunal correctionnel de Charleroi, délocalisé au Lotto Mons Expo. Comme Me Discepoli avant lui, l'avocat a critiqué le chef d'enquête, renvoyé en correctionnelle pour violation du secret professionnel lors de l'instruction. Les frères Hakimi et d'autres prévenus sont poursuivis pour une série d'agressions violentes commises entre 2015 et 2017 dans le Hainaut et le Brabant wallon.  

Maître Lauvaux a demandé au tribunal de prononcer une seule peine, et non trois comme l'a demandé le parquet fédéral, contre Said Hakimi dans le cas où les poursuites n'étaient pas déclarées irrecevables, comme l'avait plaidé Me Discepoli en matinée.    L'avocat carolorégien a imité son confrère montois en critiquant le marchandage fait par le chef d'enquête envers certains prévenus. Said Hakimi s'est, d'ailleurs, constitué partie civile dans le procès du chef d'enquête, qui devra s'expliquer pour une violation du secret professionnel devant une autre chambre. "Tous les collègues du chef d'enquête étaient au courant de sa relation avec la compagne de Marwane Hammouda", affirme l'avocat qui qualifie le policier "d'infiltré".   Selon Me Lauvaux, la famille Hakimi a fait l'objet d'un véritable acharnement dans une enquête qualifiée de "pourrie" et Said a fait l'objet "d'une filature incessante".    Sur le fond, la tentative d'extorsion avec violence sur un jeune homme n'est pas contestée. Par contre, la détention arbitraire l'est. Said Hakimi a agi à visage découvert mais il serait resté à l'écart, selon la victime.    Said Hakimi, qui a fait l'objet de quatre mandats d'arrêt depuis son arrestation dans ce dossier, avait repris le trafic de son frère, Farid, quand ce dernier a été envoyé en détention préventive. Said Hakimi est aussi poursuivi pour une détention arbitraire et le recel d'une moto, lequel est contesté. Un total de huit ans a été requis. La défense a demandé une peine moindre, assortie d'un sursis.
 

Devant le même tribunal, Maître Frank Discepoli, avocat de Farid Hakimi, avait dénoncé ce mercredi matin devant le tribunal correctionnel, le comportement du chef d'enquête, lequel est renvoyé en correctionnelle pour avoir violé le secret professionnel lors de sa liaison avec la compagne de Marwane Hammouda, prévenu dans ce dossier de home-jackings commis entre 2015 et 2017 dans le Hainaut et le Brabant wallon. Hakimi, lui, est considéré par le parquet fédéral comme le dirigeant de cette association criminelle.

Plusieurs prévenus, dont Stéphane Pauwels qui ne connait pas Farid Hakimi, ont déclaré que le chef d'enquête avait fait pression sur eux pour charger le boxeur montois, lors de leurs interrogatoires.

"La confiance envers les enquêteurs a été trahie au détriment des prévenus, des victimes, des collègues du policier, du parquet fédéral et du tribunal", insiste Me Discepoli qui estime que l'article 56 du code d'instruction criminelle n'a pas été respecté, pas plus que la Convention européenne des droits de l'Homme.

L'avocat ajoute que le chef d'enquête a refusé de faire certains devoirs d'enquête, sollicités par Farid Hakimi soucieux de prouver son innocence. Le boxeur a avoué certains faits mais il en conteste plusieurs. "Ses alibis n'ont pas été vérifiés. La téléphonie n'a pas été exploitée à suffisance et a été choisie à charge de Farid Hakimi et de plusieurs prévenus", regrette Me Discepoli qui estime que c'est une atteinte aux droits de la défense.

Le 4 avril 2017, Farid Hakimi est déjà fortement suspecté par les policiers, au travers d'un procès-verbal, de commettre des attaques violentes, avec Pascal Faedda et Mohammed Benaouane, dans la région de Mons et ailleurs en Belgique. Le 21 avril, un procès-verbal indique que les trois ont un complice, un Moldave, pour commettre de nouveaux faits.

Le 20 octobre 2017, le chef d'enquête écrit que la compagne d'Hammouda aurait pu véhiculer les auteurs d'un home-jacking. Aucune vérification n'est faite mais, le 22 novembre, elle balance les noms de Farid Hakimi et de Marwane Hammouda lors de son interrogatoire à la police.

Le 5 décembre 2017, Farid Hakimi est placé sous mandat d'arrêt pour extorsion d'une dame mais pas pour des faits de home-jacking. Coup de théâtre, le mandat d'arrêt est illégal et l'affaire est renvoyée devant la Cour d'Appel de Mons. "Mais alors que l'arrêt de la chambre des mises en accusation n'est pas encore rendu, Farid Hakimi est de nouveau placé sous mandat d'arrêt pour des home-jackings et association de malfaiteurs", dit son avocat.

Le 7 décembre 2017, Marwane Hammouda est entendu à la prison par le chef d'enquête et un autre policier. De 11h30 à 13h00, les policiers ont permis à Hammouda de s'entretenir avec sa compagne, sous surveillance policière, alors qu'elle a été interrogée plus tôt au sujet des attaques à mains armées.

7.105 SMS envoyés par le chef d'enquête 

Entre le 11 janvier et le 12 avril 2018, le chef d'enquête et la compagne d'Hammouda ont échangé 7.105 SMS. Le comité P a rendu un rapport à ce sujet indiquant que le chef d'enquête informait la compagne d'Hammouda sur l'évolution de l'enquête. Des SMS envoyés par le policier incitaient aussi cette femme à quitter Hammouda.

"Il sait aussi qu'Hammouda a un GSM en prison et il communique avec lui. Il ne dénonce pas mais il passe des marchés avec lui", ajoute l'avocat qui a lu des SMS démontrant qu'Hammouda n'hésitait pas à appeler le policier par son prénom, lui demandant pourquoi son bracelet électronique lui avait été refusé par la chambre du conseil. L'autre lui a répondu qu'il allait arranger les bidons à son retour de congé, alors que ce n'est pas son rôle. Une surveillance électronique est néanmoins accordée à Hammouda, ce qui a incité le procureur fédéral à faire appel. "Ces marchés ont été tenus quelques jours après les aveux d'Hammouda du 2 mars 2018. Qu'est-ce qu'un citoyen peut penser de notre système?", s'insurge l'avocat.

Dans un autre SMS, le chef d'enquête écrit à la compagne d'Hammouda qu'il a tenu sa parole et qu'il a prouvé son honnêteté. Les deux tourtereaux se sont d'ailleurs affichés ensemble sur les réseaux sociaux.

Le 5 juin 2019, Hammouda parle des "arrangements" entre lui et le chef d'enquête au comité P. L'instruction a été confiée à un juge d'instruction de Charleroi qui a inculpé le policier, écarté d'office par sa hiérarchie. Il est inculpé de violation du secret professionnel.

Un autre prévenu dit avoir fait l'objet d'un chantage de la part du policier qui, selon lui, "avait fait de cette enquête, une affaire personnelle". Lundi, lors de l'instruction d'audience, un autre prévenu a dit avoir subi des pressions du chef d'enquête, lui proposant de dénoncer Farid Hakimi contre sa libération. L'avocat a poursuivi avec d'autres exemples dénonçant l'attitude de celui qui a rédigé 95% des procès-verbaux dans le cadre de cette affaire.

L'avocat a relu une série de procès-verbaux, signés des enquêteurs, affirmant que Farid Hakimi était impliqué dans la quasi-totalité des faits, "violant ainsi la présomption d'innocence alors qu'il n'a pas encore été auditionné dans le cadre de ces faits".

Journal télévisé 13/09/2020

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