Prison de Saint-Gilles: des associations tirent la sonnette d'alarme

Prison de Saint-Gilles : "ne pas en faire une poudrière sans issue"
Prison de Saint-Gilles : "ne pas en faire une poudrière sans issue" - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Une dizaine d’associations actives au sein de la prison de Saint-Gilles tirent la sonnette d’alarme. Dans une carte blanche publiée par La Libre Belgique, elles affirment n’avoir quasiment plus accès à l’intérieur de cette prison bruxelloise depuis trois mois. Actifs dans l’aide psychologique, le soutien aux usagers de drogues ou encore la médiation de dettes, ces professionnels pointent du doigt la surpopulation chronique – 850 détenus pour 550 places - qui a poussé la direction et les agents pénitentiaires à limiter le plus possible les mouvements – et donc les visites - au sein de la prison.

Cela va empirer la situation pour les détenus, les gardiens et la direction

Chaque matin depuis juin, c’est le même rituel. Des représentants d’associations font la file dès l’aube devant les portes de la prison. Dans le parloir, pour les accueillir, il n’y a plus que cinq tables, contre 20 auparavant. "On ne peut quand même pas venir à cinq heures du matin. Seuls les cinq premiers peuvent y entrer. A un moment donné, évidemment, la tension commence à monter", entame Kris Meurant, le président de la fédération bruxelloise des institutions pour détenus et ex-détenus (Fidex).

Au-delà de cette "concurrence" malsaine, plus fondamentalement, ces services psychosociaux externes à la prison estiment ne plus pouvoir faire correctement leur travail, pourtant essentiel dans une optique de réinsertion. "On participe à l’amélioration de la situation des personnes, à ce qu’elles arrivent à tenir le coup en prison, estime Kris Meurant. Nous empêcher de rentrer va empirer la situation, qui est déjà très tendue, et pour les détenus, et pour les gardiens, et pour la direction."

Le risque est grand, disent ces associations, que la prison de Saint-Gilles ne se transforme en une poudrière, prête à exploser. "Parquer, et j’insiste sur le terme, 850 détenus pour 550 places : comment peut-on s’imaginer que la privation de liberté s’exerce dans de bonnes conditions ?", questionne le président de la Fidex.

En Belgique, 30 à 40% des détenus n’ont pas encore été jugés

Les signataires de la carte blanche ne blâment ni la direction de la prison, ni les agents pénitentiaires, mais plutôt les politiques carcérales belges qui mènent à la surpopulation. "Ces politiques pénales, qui sont non seulement inefficaces, et qui font entrer beaucoup de détenus, qui les laissent plus longtemps et qui les empêchent de sortir", résume Manuel Lambert, conseiller juridique à la Ligue des droits humains, l’une des associations signataires.

Dans le viseur de Manuel Lambert, notamment, la détention préventive : "On a taux qui est très élevé en Belgique. Entre 30 à 40% des détenus n’ont pas encore été jugés. Certains seront peut-être innocentés ou en tout cas pas condamnés à des peines de prison. C’est un des facteurs qui crée de la surpopulation", explique Manuel Lambert.

Précisons que la prison de Saint-Gilles reconnaît un double problème de surpopulation et de personnel. L’administration pénitentiaire fédérale, elle, n’a pas donné suite à nos demandes d'informations.

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