Précarité et santé: trois Bruxellois témoignent

C'est une des conséquences mises en exergue par l'Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale : l'accès aux soins de santé est beaucoup plus difficile pour les personnes précarisées. "En Région bruxelloise, une personne sur quatre postpose ses soins pour raison financière", explique David Hercot, collaborateur scientifique à l'Observatoire. "Les 20% des ménages bruxellois qui ont les plus petits revenus renoncent carrément aux soins de santé. C'est un problème important en Région bruxelloise. Et au sein de la capitale, nous observons aussi de grandes disparités d'une commune à l'autre."

Lunettes trop chères pour Marie-Christine

Deux cent cinquante euros, c'est la somme que Marie-Christine devait débourser pour pouvoir s'acheter une paire de lunettes. Un montant exorbitant pour cette habitante hébergée par sa fille à Berchem-Sainte-Agathe. "Je n'ai ni revenu, ni mutuelle", explique-t-elle. "J'ai quitté le Congo avec mon fils pour rejoindre ma fille. Sans revenu ni couverture sociale, je suis restée sans lunettes pendant environ 4 ans. Impossible de lire avec mes problèmes de vue. Acheter des lunettes, c'était impayable pour moi. Ce n'est que récemment que j'ai pu acquérir des lunettes grâce à l'intervention de l'organisation Médecins du Monde." 

L'association vient en effet de lancer son Opération Lunettes. "En Belgique, tout comme les soins dentaires, l’acquisition de lunettes est bien trop souvent postposée", explique l'association. "Dans ces centres de soins, Médecins du Monde rencontre environ quatre personnes par semaine qui se passent de lunettes ou portent des lunettes inadaptées à leur vue, faute de moyens". Voilà pourquoi l’ONG a décidé de lancer son projet "Lunettes". Les patients qui en ont besoin pourront bénéficier d’une monture et de verres adaptés, gratuitement. Les informations pratiques sont disponibles via leur site internet

Soins dentaires impayables

"Lors d'un grave accident, ma dentition a été fortement endommagée", nous explique une dame qui préfère rester anonyme. "J'avais eu des problèmes d'ordre privé qui ont engendré de sérieuses difficultés financières. J'ai tout perdu, alors que j'avais une bonne situation. Résultat : plus assez d'argent pour pouvoir payer mes soins dentaires. Je suis en ordre avec mon dossier de mutuelle. Mais dans mon cas, les soins dentaires nécessaires se chiffrent à plusieurs milliers d'euros ! Même avec un remboursement partiel, c'est trop cher pour moi".

Une aide sociale qui soulage

Parmi les Bruxellois les plus précarisés, il y a bien-sûr les sans abris. "Je n'ai pas d'argent et je souffre de gros problèmes de dos", nous dit un quinquagénaire. "Je suis resté un certain temps sans pouvoir me soigner. Puis, avec l'aide du Samu social, du CPAS et de médecins et d'infirmières, j'ai pu recevoir des injections pour calmer ma douleur et lutter contre l'inflammation. Heureusement que ces personnes m'aident. Sans cela, j'aurais peut-être commis l'irréparable."

Car la souffrance psychologique vient souvent se greffer sur la douleur physique chez les plus précarisés. Sans parler de la dignité humaine... Oser demander de l'aide pour se faire soigner quand on a pas le sou, c'est difficile. Parfois stigmatisant. D'où l'importance, aux yeux de nombreux citoyens, de préserver les différents systèmes d'aide sociale pour ceux qui accèdent difficilement aux soins de santé.

Certaines prestations, comme les soins dentaires, constituent un problème majeur pour les plus pauvres. "Dans les communes défavorisées, seulement 20% des Bruxellois vont avoir accès aux soins dentaires préventifs", souligne David Hercot. "Ils sont 30% dans les communes plus aisées". D'aucuns préconisent ainsi une réelle intervention substantielle pour les soins préventifs. Exemple : les examens de dépistage du cancer du sein.

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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