Noyade du petit Emeric à La Louvière, plaidoirie des avocats de la défense

Poursuite du procès après la noyade du petit Emeric à La Louvière
Poursuite du procès après la noyade du petit Emeric à La Louvière - © MYCHELE DANIAU - BELGAIMAGE

Poursuite ce mercredi devant le Tribunal Correctionnel de Mons du procès pour déterminer les responsabilités dans la noyade du petit Emeric il y a cinq ans à la piscine Le Point d'Eau à La Louvière.

Le Tribunal Correctionnel de Mons s'est penché à nouveau sur les circonstances de la mort du petit Emeric, un enfant de 5 ans, légèrement autiste, qui s'était noyé à la piscine de La Louvière alors qu’il s’y trouvait avec son école.

C’était ce matin au tour des avocats de la défense. Dans cette affaire, trois institutrices, la directrice de l'école, le directeur de la piscine et le maître-nageur doivent répondre d'homicide involontaire et défaut de prévoyance. L'école Le Piolet et la Régie Communale Autonome figurent également au nombre des prévenus.

Demandes d'acquittement en série

Maître Donatangelo, le défenseur d'Henri Vanparijs, l'ancien directeur de la piscine "Le Point d’Eau", a réclamé l’acquittement pour son client. "Il a respecté tous ses devoirs en matière de sécurité et de contrôle. La piscine respecte toutes les normes en vigueur". Il a rappelé que son client "n'était pas un débutant, ayant 35 années d'expérience dans la gestion de piscines". Aurait-il dû faire preuve de plus de prévoyance? "On peut toujours mieux faire, oui, sans doute. Comme ces personnes qui placent un système d'alarme...mais se font tout de même cambrioler", dira l'avocat. A la fin de l'audience, Henri Vanparijs a pris la parole. "Depuis ce dramatique accident, je voudrais dire aux parents que ma vie aussi est foutue".

Maître Lechien, avocat de la directrice de l’école, Nathalie Dujardin, a également réclamé l'acquittement de sa cliente. Il a rejeté en bloc les arguments des parties civiles. Pour lui, le fait que la directrice devait imposer le port des brassards dans une pataugeoire ne tient pas la route. "Si l'on raisonne par l'absurde, va-t-on imposer aux enfants de porter des brassards lorsqu'ils vont se promener près d'un cours d'eau ou d'un étang? Parce qu'ils risquent d'y tomber? Fallait-il dire à tous les enfants de se tenir par la main et de ne pas bouger, dans une pataugeoire?". Il dira, comme d'autres avocats d'institutrices, que le personnel de l'école était bien organisé, habitué à ces sorties piscine. "La direction prenait les mesures qui s'imposaient. Certains enfants jugés trop turbulents n'allaient pas à la piscine". Maître Villers ira dans le même sens. Elle défend l'une des institutrices, qui "répétait les consignes avant chaque départ à la piscine".

Les rôles de chacun, minute par minute

Sur place, ce jour là, "fallait-il refuser d'emmener un enfant aux toilettes, alors que ça devenait urgent?" Il sera beaucoup question des minutes qui ont précédé la noyade d'Emeric. Qui était encore dans le bassin? où se trouvaient les institutrices, puéricultrice et le maître nageur? Qui faisait quoi? PLusieurs institutrices ont quitté la pataugeoire, suite à de petits incidents. Un enfant a fait ses besoins, sur le bord de la piscine. Il a fallu nettoyer, le changer. Le maître nageur est intervenu, deux des surveillantes ont emmené des enfants aux toilettes, au vestiaire..."Tout le monde s'occupe de tout le monde", analyse François Collette, avocat de la puéricultrice. Pour lui, les circonstances ne permettent pas, à ce moment précis, de s'en tenir au dispositif de base: "c'est impossible". Autre élément avec lequel il faut composer: la pataugeoire, avec ses nombreux jeux, tobbogans, jets d'eau, n'offre pas la meilleure des visibilités. L'avocat (qui défend également l'école Le Piolet) pointe des défaillances du côté de la piscine, de ses responsables, et du maître nageur. "Il est irréaliste que le maitre nageur ait été seul pour assurer la sécurité de la pataugeoire", dira-t-il. "Si les institutrices ne pouvaient assurer le premier filet de sécurité, la piscine devait prendre le relais. Il n'y a pas eu de deuxième filet de sécurité". Chacun à leur tour, les avocats réclament l'acquittement. Maître Cordier, également, qui défend le maître nageur. "Un sauveteur de 35 ans d'expérience, extrêmement marqué par ce drame. On lui reproche d'avoir quitté sa chaise, d'être allé notamment surveiller la piscine à vagues, en faisant quelques pas à gauche, avant de revenir du côté de la pataugeoire, d'avoir longé la lagune...Oui, il a quitté sa chaise. Mais est-ce son rôle de rester rivé à sa chaise? Qui lui impose de le faire?"  

Des lacunes dans l'instruction?

Pour Maître Discepoli, l'avocat de la Régie Communale Autonome, "ce procès ne doit pas être celui de la déresponsabilisation, dans le sens où, dès qu'il y a un malheur, c'st quelqu'un d'autre qui en est responsable". Il tentera malgré tout de démontrer que la RCA de La Louvière n'est en rien fautive. Elle avait en quelque sorte "délégué" l'obligation de sécurité, au sein de la piscine, à une autre instance: la Maison des Sports de La Louvière. La mention de cette Maison des Sports, décrite comme responsable des maîtres nageurs de la piscine, a suscité d'intenses débats et même provoqué une suspension d'audience. "L'instruction n'a pas été menée correctement", dira Maître Donatangelo. "Il manque des gens , on n'a pas posé les bonnes questions, sans doute sous le coup de l'émotion. Les maîtres nageurs étaient sous contrat non pas avec la piscine, ni la RCA, mais bien la Maison des Sports. A l'époque, il aurait fallu creuser!".

Tous ces débats, interruptions d'audience et pièces fournies "en dernière minute" ont mis en colère les parties civiles, Maître Gelay (avocat des parents) allant jusqu'à dire que "les droits de la défense étaient bafoués". L'audience de ce mercredi a laissé un goût amer aux parents. "Tout le monde se rejette la faute. C'est la faute à pas de chance ou...la faute d'Emeric. Il n'avait pas à quitter son groupe. Il n'avait pas à aller dans cette partie - là de la piscine. A les entendre, tout est de sa faute. Nous avons confié notre enfant à d'autres. L'erreur est humaine. Mais que ceux qui ont commis une faute assument, maintenant!"

Le jugement est attendu le 17 décembre.

 

Charlotte Legrand, Vincent Clérin

 

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