Pourquoi paye-t-on la taxe immondices même si on est "zéro déchet"?

À Silly, les citoyens reçoivent un quota de sacs gratuits en fonction de la composition du ménage.  Si vous dépassez votre quota, le surplus devient payant
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À Silly, les citoyens reçoivent un quota de sacs gratuits en fonction de la composition du ménage. Si vous dépassez votre quota, le surplus devient payant - © Pierre Wuidart

Pour Amélie et sa famille, l'aventure zéro déchet a débuté il y a deux ans. Depuis, pour elle comme pour les autres familles qui ont adopté la même approche, les poubelles ont fondu.  Pourtant,  la taxe immondices s'élève toujours pour elle à 122 euros, et plusieurs rouleaux de sacs poubelles s'accumulent dans son garage.

Quand on diminue ses déchets... on le fait avant tout pour la planète. Mais quand même.  Amélie ne comprend pas pourquoi elle et les autres citoyens actifs dans le  "zéro déchet" doivent continuer à payer une taxe similaire à monsieur (ou madame!) tout-le-monde pour des déchets qu'ils ne produisent plus.

L'approche peut évoluer

Revoir cette taxe pour qu'elle soit plus juste et plus encourageante, Christian Leclercq (MR), le bourgmestre, n'est pas contre. Une commission planche d'ailleurs sur la question à Silly. Mais la marge de manœuvre est étroite. "Le phénomène est assez nouveau, cela fait maintenant à peu près deux ans que ce phénomène des familles zéro déchet est apparu, nous en comptons une vingtaine dans la commune.  Comme ils ne produisent pas de déchets il faudra définir un cadre pour ces familles-là, c’est ce sur quoi va travailler la Commission de transition écologique dans les mois qui viennent, c’est un point que nous avons abordé au dernier Conseil Communal ". À Silly, cette nouvelle version de la taxe communale sur les déchets pourrait voir le jour l'an prochain. 

Précisons que toutes les communes n'ont pas la même approche en la matière. Si, à Silly, le sac-poubelle est gratuit, du moins jusqu'à un certain point puisqu'il devient payant quand vous dépassez le quota qui vous est attribué, d'autres communes ont adopté la sac payant et d'autres encore la poubelle à puce.

Voir le problème dans sa globalité

Produire moins de déchets, voire pas du tout, et payer la même taxe communale sur les immondices que les autres citoyens, voilà qui n'incite pas à changer ses comportements.  Plusieurs adeptes du "zéro déchet" plaident donc pour des taxes plus équitables et certaines communes sont prêtes à les suivre.  Mais pourquoi les familles "zéro déchet" payent-elles des taxes malgré tout?

La raison est simple : ce n’est pas parce que vous ne sortez pas de poubelles que le camion ne passe pas devant chez vous.  Et puis cette taxe immondice a d’autres finalités : elle finance les parcs à conteneurs, les bulles à verre et d'autres services.

La solidarité doit exister aussi par rapport aux immondices

Hygea est l'intercommunale de gestion des déchets à Mons-Borinage et du Centre. Pour son directeur Jacques De Moortel, les contribuables doivent maintenir une certaine solidarité entre eux. "Un peu comme avec la taxe de roulage : ceux qui abattent 200.000 kilomètres par an payent exactement la même taxe que ceux qui ne roulent que 12.000 kilomètres durant une année, c’est donc bien finalement une forme de solidarité ".

Cette solidarité n'empêche pas de récompenser fiscalement ceux qui réduisent leurs déchets... Mais ça, c'est aux communes d'en décider.

Il existe déjà une forme de proportionnalité puisque le ménage qui produit une très faible quantité de déchets va consommer peu de sacs poubelle ce qui correspond à un coût proportionnel pollueur-payeur.  Même chose en ce qui concerne les quatre matières (les déchets verts, les encombrants, les inertes et le bois) qui sont concernées par le dépôt en recyparcs puisque le ménage qui va dépasser le quota autorisé devra payer un supplément, une pratique qui traduit bien, au-delà de la solidarité et de la mutualisation, cette notion de proportionnalité qui existe dans la production de déchets".

Quant à savoir si la tendance au zéro déchet se traduit déjà sur la grande balance de la somme des rebuts récoltés, on n’en est apparemment pas encore à ce stade.

"Ca ne se voit pas vraiment dans les tonnages. C'est un frémissement. Mais ça semble le début d'une tendance. Les citoyens prennent conscience de l'impact des déchets sur l'environnement. Pour Jacques De Moortel, l'intercommunale Hygea est à un tournant.

L'évolution  ne va pas être simple. Car les intercommunales Hygea ou Ipalle en Wallonie Picarde sont des grosses machines et des gros employeurs... mais qui sont conscients que les temps changent.

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