Pourquoi la mère du petit Rachid a-t-elle été jugée responsable de ses actes?

Beaucoup d'observateurs ont sous-estimé le pouvoir de conviction des avocats du père et de la soeur du petit Rachid. Ils ont intelligemment travaillé en choisissant d'abord un médecin psychiatre qui est venu dire, lors du procès, le contraire de ses collègues. Ce qui, a évidemment semé le doute dans la tête des jurés. Ensuite, lors des plaidoiries, ils ont mis en évidence l'organisation dont avait fait preuve l'accusée avant, pendant et après les faits. Tout cela a donc impressionné les jurés au point de les convaincre que Lina Haji était responsable de ses actes.

L’avocat général avait, dans un premier temps, requis l'internement puis, le lendemain, il demande la prison à perpétuité. En apparence c’est un peu contradictoire mais en réalité c'est plus compliqué. L'avocat général a fini par se rallier à la thèse de la défense en considérant, de manière pratique, que Lina Haji serait, sans doute, mieux prise en charge dans un établissement de défense sociale qu'en prison. Mais il a toujours considéré qu'elle était dangereuse pour elle et pour la société et donc qu'il fallait garantir, d'une manière ou d'une autre, qu'elle ne se retrouve pas dans la rue trop rapidement. D'où le fait d'avoir demandé le maximum sachant que les jurés risquaient, par un jeu de balancier psychologique, de mettre une peine trop légère. D'où la peine de 30 ans décidée vendredi.

En prison, Lina Haji sera prise en charge par un service spécialisé

En prison, il existe des services spécialisés dans la prise en charge de personnes souffrant de troubles psychologiques ou psychiatriques. Seulement cinq prisons francophones possèdent une aile psychiatrique : Lantin, Forest, Jamioulx, Mons et Namur. Sophie Darma travaille à Namur comme psychologue :

"Nous pouvons avoir des patients qui sont en dépression ou qui font des tentatives de suicide, qui vont devenir violents parce qu'ils ne vont pas bien au niveau psychiatrique".

L'aile accueille des détenus mais aussi des malades déclarés irresponsables et qui sont en attente d'un internement en établissement de défense sociale. Le docteur Zarour est le psychiatre qui supervise les soins :

"Ces patients-là sont des personnes qui n'ont pas leur place ici en prison mais dans des établissements de soins. Le problème, quand ils sont emprisonnés, c'est qu'ils y restent longtemps, en moyenne deux ou trois ans et là on voit une aggravation de l'état psychique".

Qu'ils soient détenus ou futurs internés, ces patients sont souvent violents. Ils ne veulent pas forcément être soignés et la surpopulation complique la tâche du personnel qui déplore aussi un manque de moyen. A Namur ils ne sont que deux temps plein et demi et un psychiatre pour gérer toute l'aile psychiatrique.

 

Patrick Michalle

 

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK