Pour l'Ulg " Votre avis a du poids "

Enquête "Mon avis a du poids"
Enquête "Mon avis a du poids" - © Ulg

Jeudi 31 janvier 2013, le Château de Colonster accueille le colloque de clôture du programme Edudora². L’occasion de tirer les enseignements de l’enquête en ligne " Mon avis a du poids " lancée par l’Ulg en mai 2012.

Rencontre avec André Sheen, professeur à l’Ulg et chef de service de Diabétologie, Nutrition et Maladies métaboliques au CHU du Sart Tilman. Il est un des membres actifs du projet Edudora² et auteur, avec le professeur Michèle Guillaume, de l’enquête " Mon avis a du poids ".

EDUDORA²

Le programme européen de santé publique EDUDORA² (pour EDUcation thérapeutique et préventive face au Diabète et à l’Obésité à Risque chez l’Adulte et l’Adolescent) est un programme interrégional et transfrontalier (Wallonie, Lorraine et Luxembourg).

Il vise à essayer de comprendre et maîtriser la problématique de l’obésité et du diabète de type 2 dans le contexte difficile actuel où l’on constate une augmentation considérable du diabète et de l’obésité dans les trois régions concernées, et la difficulté de prendre efficacement en charge ces deux pathologies.

En Wallonie, 33% de la population souffrent de surpoids et 18% souffrent d’obésité sérieuse.

" Mon avis a du poids ", une enquête efficace

Efficace car elle a recueilli 4150 réponses  à son questionnaire en ligne. Des réponses représentatives de la problématique de par la répartition des répondants :

La population majoritairement féminine (69%) est âgée en moyenne de 46 ans.

55% des répondants présentent une obésité (IMC = 30 kg/m²), 32% sont en surpoids (IMC entre 25 et 29,9 kg/m²) et 13% ont un indice de masse corporelle normal (IMC entre 18,5 et 24,9 kg/m²).

Parmi les répondants, 88% se déclarent en excès de poids. Cet excès de poids est un problème important pour 89% d’entre eux.

 " Mon avis a du poids ", une enquête originale

La grande originalité de cette enquête, outre son ampleur, est que la parole a été donnée aux personnes sur la façon dont elles vivaient leur surpoids ou leur obésité, et sur la façon dont elles entrevoyaient les difficultés de la prise en charge de cet excès de poids et les solutions à apporter.

Une des problématiques de l’obésité est qu’elle est souvent appréhendée, en tous cas par les médecins, par le biais de la maladie et de ses complications. On s’intéresse plus à la maladie qu’au patient lui-même.

Or, dans la problématique de l’obésité, on s’est rendu compte - et l’enquête l’a bien montré-  que la personne en surpoids doit être prise en considération, parce que la vision qu’elle a d’elle-même et de son problème de poids n’est pas nécessairement la même que celle qu’ont les médecins.

Et, évidemment, s’il y a un hiatus entre ce que pensent les médecins et ce que pensent les patients, il sera très difficile de trouver la bonne solution.

A la connaissance des promoteurs, il s’agit là de la plus grande enquête de ce type réalisée dans le domaine avec cette approche originale qui replace la personne au centre du questionnement

Quelques résultats préliminaires intéressants

- L’enquête a bien montré, par exemple, que les patients sont relativement bien informées des risques liés à l’excès de poids (les risques cardiovasculaires et pulmonaires, les difficultés liées à la mobilité et le diabète), mais que, par contre, plus le sujet est obèse, plus il sous-estime son excès pondéral, comme aveuglé par les difficultés de son vécu.

- Le sentiment dominant est un sentiment de découragement. Plus la personne est en surpoids, plus elle est découragée et plus elle vit négativement les régimes qu’elle associe à l’échec , à la frustration et à la prise de poids (effet Yoyo) plutôt qu’à la solution.

- Ces personnes ont, par ailleurs, tendance à associer leur prise de poids a des causes sur lesquelles elles n’ont pas d’emprise. Par exemple : la fatalité, l’hérédité et un événement traumatique.

- On sait que la problématique de l’obésité est fortement liée à l’éducation, d’une part, et au niveau socio-économique d’autre part. Cette enquête l’a confirmé.

En effet, 40 à 45% des répondants à l’enquête n’ont pas de diplôme du niveau secondaire supérieur. Or, on sait que, dans ce type d’enquête faite sur internet, en général ce sont plutôt les personnes à haut niveau d’éducation qui répondent. Donc, le fait qu’il y ait plus de 40% de réponses de personnes sans diplôme prouve, d’une part la haute prévalence de l’obésité dans cette population précaire (plus de 40% des répondants estiment subvenir difficilement aux dépenses de leur ménage) et, d’autre part, que cette population se sent fortement concernée et veut faire connaître ce qu’elle pense de cette problématique de l’obésité.

- Les patients obèses ont souvent une longue histoire d’obésité. Ils sont frustrés par rapport aux régimes qui leur ont et sont proposés. Mais, paradoxalement, ils attendent des soignants qu’ils consultent de pouvoir obtenir une perte de poids importante, de l’ordre de 20, 30 à 40 kilos. Ce qui est irréaliste à obtenir et, à fortiori, à maintenir.

Il faut savoir et faire savoir que, du point de vue médical, une perte de poids de 10 kilos peut-être tout-à-fait suffisante pour atténuer les risques liés à l’obésité que sont le diabète de type 2, l’hypertension artérielle et l’apnée du sommeil.

Il est donc important de se fixer, avec le médecin, des objectifs réalistes pour éviter l’échec et la démotivation, obstacle majeur, comme l’enquête le prouve, au succès final de la prise en charge.

Dans cette enquête, les patients lancent un appel à l’aide et à une approche multidisciplinaire.

- Quant aux médecins généralistes, contactés par téléphone, ils témoignent de la difficulté de motiver un patient, de le conscientiser  et de faire changer ses habitudes. L’environnement du patient peut jouer un rôle extrêmement négatif dans la prise en charge. La solution est une approche interdisciplinaire. Pas jute une juxtaposition de disciplines mais un vrai travail en équipe autour du patient.

Face à cette problématique les spécialistes universitaires constatent

+ L’offre, en termes de prise en charge structurée de la personne en surpoids ou obèse, est lacunaire, voire inexistante : elle n’assure pas efficacement la couverture de l’ensemble de la population.

+ La prise en charge des personnes en surpoids ou obèses doit être repensée autour du principe de l’éducation thérapeutique du patient. Or il n’y a pas de formalisation des processus d’éducation thérapeutique du patient (ETP) en surpoids ou obèse, tant du point de vue des pratiques, du financement que de l’organisation du système de soins.

+ La formation des acteurs concernés par la prise en charge de patients en surpoids ou obèses est insuffisante.

+ L’évaluation de la qualité de la prise en charge de patients en surpoids ou obèses est faible en raison des carences du système d’informations sanitaires.

" Après avoir donné la parole aux publics directement concernés, nous pouvons confirmer la nécessité de revoir en profondeur l’organisation de nos systèmes de prise en charge de ces patients autour des quatre piliers : organisation du systèmme de soins, circulation des informations sanitaires, financement de la prise en charge et formation des acteurs ", notent les auteurs de l’enquête, les professeurs Michèle Guillaumee et André Scheen.

Colloque de clôture du projet EDUDORA²

Y seront présentés les résultats de cette enquête " Mon avis a du poids " ainsi que d’autres enquêtes  et études menées auprès du public concerné et du corps médical, dans le cadre du programme européen de santé publique EDUDORA².

A ce colloque seront également formulé des recommandations aux pouvoirs publics.

Il a lieu le jeudi 31 janvier 2013, à partir de 9h, au Château de Colonster.

Ce colloque réunit 150 médecins et professionnels de la santé, professeurs et chercheurs universitaires, représentants des associations de patients atteints du diabète et d’obésité, ainsi que les responsables wallons, lorrains et luxembourgeois du projet EDUDORA².

Château de Colonster
Université de Liège, Allée des Erables
4000 Liège - Belgique

 

Philippe Jacquemin

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