Pose des épis de faîtage sur l'Hôtel des Libertés à Jodoigne : une histoire de transmission

"C’est un moment symbolique à plus d’un titre !", s’enthousiasme Jean-Marie Tong. Cet artisan de la région liégeoise est à la tête d’une entreprise spécialisée dans les travaux de charpente et de couverture d’édifices souvent classés. Ce jeudi, posté au pied de l’Hôtel des Libertés, bâtiment emblématique de la Grand-Place de Jodoigne, en pleine rénovation, il guide ses deux jeunes couvreurs, Florian et Godefroid. Ceux-ci ont la délicate mission de poser sur le faîte du toit les deux épis de faîtage que vient de livrer le ferronnier. "Il nous a fourni des éléments conçus au millimètre près et nous devons l’adapter à une toiture qui a déjà un peu bougé", explique-t-il. Vers 11h30, les deux épis sont posés, sous le regard admiratif des badauds du marché et celui de Patrick Vilour, le ferronnier. "C’est toujours un peu émouvant. On y passe tellement de temps que c’est toujours une émotion quand c’est terminé, réagit-il. C’est ce qui nous donne la force de faire le travail suivant".

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Le ferronnier attentif au bon arrimage de ses œuvres © S. Vandreck

Quand on transmet de père en fils, cela montre bien que ce sont des métiers dont on est fier

L’artisan, dont l’atelier se trouve aussi du côté de Liège, a restauré l’élément de ferronnerie d’origine restant et en a conçu un deuxième de toutes pièces, pour remplacer celui qui avait disparu. Il a travaillé sur ce projet avec son fils Julien, âgé de vingt ans, qui a décidé de poursuivre sur les traces de son père. "C’était naturel, je voyais forcément mon avenir dans ce métier, confie le jeune artisan. C’est passionnant de transformer un simple bout de fer et de lui donner une jolie courbe". Pour ce projet de Jodoigne, père et fils ont dû relever un véritable défi : "Le plus compliqué était de recopier la forme des courbes de l’original, sans devoir les en détacher", raconte fièrement Julien. Chez les Vilour, la transmission du savoir-faire s’est faite quasiment naturellement, de père en fils. Mais ce n’est pas toujours le cas : une vingtaine de métiers de la construction sont actuellement en pénurie. "Quand on transmet de père en fils, cela montre bien que ce sont des métiers dont on est fier. Mais il faut aussi travailler auprès des autres publics", commente Gauthier De Vos, conseiller emploi-formation auprès de la Confédération de la Construction wallonne. Cette dernière mène d’ailleurs actuellement une campagne de sensibilisation auprès des jeunes, pour les convaincre que les métiers de la construction ne sont pas une filière de relégation.

Un travail exigeant mais source de plaisir

C’est aussi la conviction de Jean-Marie Tong. S’il a lui aussi transmis sa passion et son savoir-faire à ses fils, il met un point d’honneur à former des jeunes, comme il l’a fait avec Florian et Godefroid. "J’ai eu moi-même d’excellents formateurs, et transmettre ce qu’ils m’ont appris, c’est leur accorder une forme de reconnaissance, dit-il. Ce sont des métiers qui ont parfois un aspect un peu "olé olé" mais qui, derrière ça, ont une grande rigueur. Tout ça est très sérieux, même si ça procure un grand plaisir". Un plaisir que confirment les deux jeunes couvreurs, une fois descendus du toit. "C’est un métier qui rend fier : c’est un travail difficile et on est content quand on voit que les gens s’y intéressent", reconnaît Florian. Ce jeune trentenaire ne se destinait pourtant pas au départ à travailler dans la construction : "J’étais en haute école. Et comme tous les étudiants, j’ai fait des petits jobs. L’un d’eux était en toiture et là, ça a été le coup de cœur", poursuit-il. Son collègue Godefroid, lui, a "grandi dedans" et refuse qu’on dénigre son métier : "C’est du patrimoine. Mettre des tuiles correctement, c’est facile, mais aller dans les détails, faire ça bien, que ça soit étanche et esthétique, il faut être patient. Il y a la technique mais aussi la tradition", ajoute-t-il.

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L'équipe des couvreurs, fiers du travail accompli © S. Vandreck

Même si cette pose des épis de faîtage en est le couronnement, leur travail sur le toit de l’Hôtel des Libertés n’est pas encore tout à fait terminé. La pose des dernières ardoises leur prendra encore deux à trois semaines, en fonction de la météo. A l’intérieur, d’autres corps de métiers s’activent pour que le bâtiment soit prêt pour l’automne : "On est occupés à faire l’électricité, on termine la plomberie. L’ascenseur est placé. Une partie du jardin est terminée. Il restera les sols, les finitions", détaille Philippe Honhon, l’architecte en charge du projet. Une fois rénové, le bâtiment accueillera plusieurs services culturels, et notamment le centre d’interprétation de la pierre de Gobertange, qui orne sa façade. La finalisation de la toiture est en tout cas un grand soulagement pour lui, une grande étape de franchie : "C’est un peu comme le coq sur le clocher de l’église", commente-t-il.

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