Pont des Trous: Rudy Demotte est persuadé que le dossier va se débloquer

Le Pont des Trous
Le Pont des Trous - © Laurent Dupuis

Lors d'une rencontre citoyenne, les Tournaisiens ont pu interroger le politique, la direction des Voies hydrauliques et le bureau d'études Greisch, sur la mise à gabarit de l'Escaut et ce qu'il va advenir du pont-à-pont et du pont des Trous.

Le débat sur la mise à gabarit de l'Escaut à Tournai se pose principalement sur deux niveaux. Et l'un englobe l'autre. De un : est-il vraiment indispensable de se lancer dans le chantier, surtout si la France ne fait pas sa part du travail ? De deux : comment contourner le problème du pont des Trous ?

Petit préambule : la mise à gabarit de l'Escaut à Tournai visant à faire passer des bateaux de plus grande taille entre dans le cadre du canal Seine-Nord Europe, permettant une navigation, comme son nom l'indique, depuis la Seine et le nord de Paris, et la Belgique et les Pays-Bas. À Tournai, le pont des Trous et le pont-à-pont posent problème. Coût estimé du chantier à Tournai : 12 millions d'euros.

Indispensable de lancer les travaux ?

Première question donc : l'utilité des travaux, ce qui comprend aussi la question des retombées financières, même pour Tournai. Et s'il ne faut pas faire les travaux, inutile de toucher aux pont des Trous....

Première question donc (bis) : des citoyens comme Ludovic Nys, historien de l’art et maître de conférences à l’université de Valenciennes, ont quelques doutes. " Est-il urgentissime d’ouvrir le chantier lorsque l’on sait, côté français, que les travaux du canal Seine-Nord Europe sont hypothéqués, et peut-être pour longtemps ? La question se pose d’autant plus que les travaux sur le canal de Condé, envasé et envahi par la végétation, mais qui permet la liaison entre le Haut-Escaut et la dorsale wallonne, soit le réseau fluvial en Wallonie, est lui-même hypothéqué. "

Ludovic Nys marque un point. Un sérieux point. La France n'est pas emballée. Le projet coûte cher et l'Hexagone essaie d'obtenir une intervention plus importante de l'Europe. En attendant, le message n'est pas limpide.

En outre, il est question d'égoïsme possible. Ludovic Nys se dit en effet que Martine Aubry, maire de Lille, pourrait privilégier le passage par la Deûle et la Lys, pour rejoindre l’Escaut et le port d’Anvers.

Pour le bourgmestre de Tournai, Rudy Demotte (PS), il s’agit d’aller de l’avant, et il y a des raisons à cela. " Les Flamands n’ont pas la réputation d’être plus bêtes que les Wallons, et ils ont déjà tout mis à gabarit. Nous, on en parle depuis 2004 et on ne l’a pas fait. Tournai doit s’inscrire dans son propre développement. Nos entreprises ont besoin de monter à des systèmes de transport de 2.000 tonnes. "

Et le maïeur de dévoiler quelques chiffres : 7,5 millions de tonnes passent par l’Escaut à Tournai par année, un chiffre en hausse, et un tiers des de ces bateaux chargent et déchargent à Tournai. La moitié en prenant compte de Péronnes, sur l'entité voisine d'Antoing. " Il n’y a pas une telle proportion de camions passant par l’A 8 ou l’E 42 qui s’arrêtent à Tournai… Il faut aussi savoir que, dans le flux des bateaux, Tournai est quasiment en seconde place, derrière Liège. "

Rudy Demotte sort d'autres arguments de son chapeau : " Dans les 15 ans à venir, nous aurons une progression du flux de camions de 60 %. Or, il faut savoir qu’un bateau de 2.000 tonnes, c’est 100 camions, voire 150. Et un camion, c’est déjà, en termes de dégradations, l’équivalent de 100.000 autos… "

Conclusion : " la voie d’eau pollue moins, cause moins d’inconvénients et coûte moins cher. "

OK. Mais si la France et la Flandre snobent Tournai et donc la Wallonie en privilégiant la Lys ? Là, Rudy Demotte sourit. Et sort du bois : " Les Wallons ont la clé en main. Pour l’accès à la Lys, les bateaux doivent passer par Comines, où le tracé de la Lys doit être rectifié. Pour passer par là, il faut que l’on donne les permis de bâtir… "

Pont des Trous : TNT ou lifting a minima ?

Différents esquisses ont été retenues par le comité d'accompagnement de la mise à gabarit de l'Escaut à Tournai. Quatre exactement. Deux sortent du lot : celles où les arches restent bien claires. Parmi ces deux dernières esquisses, celle du lifting a minima de la gracieuse porte d'eau obtient un peu plus de faveurs. L'autre propose une technique plus contemporaine visant à refléter le vide.

Quant au pont-à-pont, il sera détruit et reconstruit, mais il apparaît finalement qu'il sera possible de construire le nouveau pont à côté de celui à détruire et de le glisser ensuite à son nouvel emplacement. Cela va minimiser les problèmes de mobilité.


Combien en compensation ?

Dernière question : les compensations. Cette question équivaut à demander ce que vaut la modification du pont des Trous ?

Tournai pourrait obtenir 6 millions. Certains élus estiment cela trop peu. C'est une question de négociations à régler avec la Région wallonne. Rudy Demotte relève, en tout cas, que Tournai s'est montré raisonnable en optant pour l'alternative la moins coûteuse. Petit contournement du pont des Trous : 40 millions. Grand contournement : 80 millions.

Une hiérarchisation des travaux à réaliser doit être définie, entre la poursuite de la réhabilitation des quais, l'aménagement du jardin de la Reine et de passerelles, un relifting du disgracieux pont Delwarte, une pensée pour les modes doux avec une nouvelle passerelle ou une passerelle à réhabiliter, la création d'un pont automobile entre Kain et Froyennes...

Quant au choix de l’esquisse pour l’avenir du pont des Trous, le maïeur est clair : pas de référendum. " Le politique prendra ses responsabilités. "

Ce 3 juillet, le comité d'accompagnement donnera sa préférence pour une esquisse du pont des Trous. Le collège remettra ensuite son avis. En septembre, place au début des études d'incidences.

Laurent Dupuis

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