Pollution de l'Escaut : l'équivalent d'une marée noire

Une pollution venue de France frappe l’Escaut sur plusieurs dizaines de kilomètres sur sa partie belge. Début avril, une digue a cédé dans un bassin de décantation d’une sucrerie au nord de Cambrai. Une pollution d’une ampleur comparable à une marée noire, selon les agents du SPW déployés sur place pour constater l’ampleur des dégâts. Ce sont 100.000 mètres cubes de boues de bassins de décantations qui se sont déversées dans le fleuve. La biodiversité est anéantie. Depuis l’entrée de l’Escaut sur le territoire belge à Bléharies, les agents du SPW progressent et suivent le lit du cours d’eau pour mesurer l’ampleur de cette pollution. Toute la partie wallonne du fleuve est touchée et ils sont à présent en Flandre. 90 kilomètres de l’Escaut belge seront touchés par cette pollution. Il ne s’agit pas d’une pollution chimique. On parle de déchets organiques mais dont la décomposition dans le fleuve plutôt qu’en bassin absorbe tout l’oxygène nécessaire à la vie aquatique.

Une gestion internationale

Ce serait une digue retenant des terres polluées au sein d’un bassin de décantation en France qui aurait cédé. Il existe depuis longtemps une collaboration transfrontalière en ce qui concerne la qualité des eaux de l’Escaut. La Commission Internationale de l’Escaut rassemble la France, où le fleuve prend sa source, la Belgique et les Pays-Bas. Les trois pays traversés par l’Escaut. Tous les trois ont le devoir de s’informer mutuellement des observations liées au cours d’eau, de s’avertir en cas de problème. C’est cette commission qui centralise et partage les informations. Elle est basée à Anvers.

Un manque de communications

Des responsabilités devront être fixées. Et des problèmes résolus. Car manifestement, la communication a manqué. C’est d’abord l’entreprise sucrière française Téréos qui est visée. Ce sont les digues des bassins de décantation de cette entreprise qui ont cédé le 9 avril dernier. L’office Français de la Biodiversité, l’équivalent de notre police de l’environnement communique seulement 6 jours plus tard : "Dans la nuit 9 avril 2020, la rupture d’une digue d’un bassin de décantation de la sucrerie TEREOS à ESCAUDOEUVRES a entraîné le déversement d’environ 100.000 m3 d’eau de lavage de betteraves très riche en matière organique sur la commune de THUN SAINT MARTIN. En se déversant dans le milieu naturel, ces eaux de lavage ont rapidement saturé le milieu aquatique, plusieurs cours d’eau ont été touchés notamment " la Raperie ", " l’Erclin " puis " l’Escaut ". La vague d’eau contaminée a par ailleurs remonté tous les ruisseaux situés en amont du bassin de décantation sur plusieurs centaines de mètres. Des mortalités piscicoles ont été constatées sur les différents cours d’eau jusqu’à la commune de PAILLENCOURT". Cette communication, tardive, est-elle parvenue à la Commission Internationale de L’Escaut. Nos appels sont restés sans suite.

Pollueur payeur

Cette pollution a un coût environnemental considérable. On parle de milliers de tonnes de poissons morts qui vont induire un effet secondaire. La décomposition de ceux qui n’ont pas pu être retirés de l’eau, et il y en a des quantités considérables, va elle-même consommer de l’oxygène et ralentir le retour de la vie dans l’Escaut. Le dommage environnemental est colossal.

Un dommage qui ne restera pas impuni. Les autorités wallonnes, Céline Tellier, Ministre Wallonne de l’Environnement va interroger la Commission Internationale de l’Escaut. Les responsables devront payer, au nom de la règle du pollueur-payeur. Les amendes environnementales visant des entreprises peuvent atteindre le million d’euros. En plus des frais de dépollution, de traitement des tonnes de poissons morts retirés des eaux et du Réempoissonement nécessaire quand l’oxygénation de l’Escaut le permettra.