Police: "sans proposition dans les 24h, un préavis de grève sera déposé"

"Pour de nombreux collègues, c'est un drame social mais aussi familial ", relève Stéphane Deldicque, délégué permanent de la CSC-Police. "
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"Pour de nombreux collègues, c'est un drame social mais aussi familial ", relève Stéphane Deldicque, délégué permanent de la CSC-Police. " - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Les policiers manifestent aujourd’hui en front commun syndical, dans les rues de Bruxelles. Peu avant 13H00, la police évoquait le chiffre de 13 950 manifestants. Ils protestent contre leur nouveau régime de retraite. Certains privilèges leur sont retirés, et surtout certaines catégories de policiers devront travailler plus longtemps que prévu. Jusqu’à 11 ans de plus pour ceux qui pouvaient arrêter à 54 ans. Les tunnels Tervuren, Cinquantenaire et Loi sont fermés en direction du centre, tout comme les tunnels Léopold II et Rogier vers Midi et le tunnel Trône vers Basilique.

Le cortège est parti vers 10 heures de la gare du Nord. La première halte des manifestants était logiquement devant le cabinet du ministre des pensions Alexander De Croo. Il a déclaré aux manifestants une éventuelle mesure transitoire, mais qu’il ne peut garantir. Il a renvoyé les représentants des policiers vers les négociateurs de la prochaine majorité. Pour Vincent Gilles, président du SLFP, le syndicat libéral de la police, les formateurs doivent donc "faire des propositions concrètes dans les 24 heures pour que nous n’activions pas le préavis de grève. Nous allons voir comment vont réagir nos collègues au Cinquantenaire. Je crains une réaction de fureur. Ce qui veut dire que si nous lançons un mot d’ordre de grève, ils feront grève. "

Sur le parcours, l’ambiance est bruyante mais à 13H00, on ne déclarait aucun incident.

"L'espérance de vie d'un agent n'est que de 65 ans!"

"Les flics en ont marre. Ne touchez pas à notre statut", peut-on lire sur les banderoles des manifestants. "Une pension plus rapide: un droit! Reconnaissez la pénibilité de notre boulot", scande également un haut-parleur étouffé par les explosions de pétards. Pour Olivier Bourguignon, le président pour la Région bruxelloise du syndicat SLFP Police, le sentiment qui domine est celui de la colère. "On a signé un statut. Je ne vois pas pourquoi le gouvernement ne respecterait pas ses engagements", défend-il. "Aujourd'hui, on parle carrément de nous retirer notre statut de fonctionnaire particulier. Mais nous ne sommes pas des fonctionnaires comme les autres! Il y a deux fois plus de suicides parmi les policiers que parmi les autres fonctionnaires. L'espérance de vie d'un agent n'est que de 65 ans!"

La fin du cortège se déroulera au Cinquantenaire vers 14h00. S'en suivra une série de discours. L’action devrait prendre fin vers 15h00.

Le SLFP Police, la CSC, la CGSP et le SNPS, réunis en front commun, attendent près de 10 000 agents, un nombre inédit depuis les manifestations qui ont précédé la réforme de la police en 2001.

Importantes perturbations du trafic dans la Capitale

Les tunnels Tervuren, Cinquantenaire et Loi sont fermés en direction du centre, tout comme les tunnels Léopold II et Rogier vers Midi et le tunnel Trône vers Basilique. Des files se sont formées notamment du tunnel Rogier vers le Midi et Basilique, ainsi que dans les tunnels Arts-Loi et Madou vers Basilique. Bruxelles Mobilité conseille d'éviter la Petite Ceinture, la rue Belliard et le quartier européen.

Pour défendre la retraite anticipée

Les syndicats policiers dénoncent les conséquences d'un arrêt de la Cour constitutionnelle du 10 juillet dernier qui annule une disposition accordant aux anciens officiers de l'ex-gendarmerie le droit de partir à la retraite anticipée plus tôt que leurs collègues de la " police intégrée ", qui doivent attendre l'âge de 62 ans pour en bénéficier. Cette décision rallonge la carrière de certains policiers jusqu'à huit années.

"Pour de nombreux collègues, c'est un drame social mais aussi familial ", relève Stéphane Deldicque, délégué permanent de la CSC-Police. " Nous demandons le retour aux règles qui prévalaient avant l'arrêt de la Cour constitutionnelle et le respect de cet arrêt. Le ministre de l'Intérieur en affaires courantes a fait une proposition de loi mais nous demandons un engagement clair et ferme de la future coalition. Or, nous n'avons rien vu venir à part des déclarations dans la presse que nous considérons comme de véritables provocations ", s'insurge le syndicaliste.

D'après des articles parus mercredi matin dans L'Echo et De Tijd, la coalition suédoise envisage de durcir les règles d'accès à la pension et de quasiment supprimer la prépension. Or, pour le front syndical, les mandataires politiques doivent tenir compte de la dangerosité et de la pénibilité du métier de policier.

Stéphane Deldicque, qui souligne combien la rentrée est tendue sur le plan social, promet d'autres actions "coups de poing" si les partenaires de la coalition suédoise ne changent pas leur fusil d'épaule. Un préavis de grève a d'ailleurs été suspendu jusqu'au 19 septembre.

Sypol.be, le syndicat policier qui, avec l'asbl "Koninklijke Kring van Officieren van de Lokale Politie van Antwerpen en Omliggende Politiezones", contestait la différence de régime en matière de pension entre policiers et est à l'origine de l'arrêt de la Cour constitutionnelle, ne participera pas à la manifestation de jeudi, "n'y ayant pas été invité", rapporte-t-il. Il prévoit toutefois des "actions syndicales ciblées" dans tout le pays, dont il ne souhaite pas dévoiler la teneur.

A.L. avec Belga