Piscines: comment éviter que des drames se produisent à nouveau?

Au complexe Nautisport d'Enghien, le maître-nageur principal occupe un poste de surveillance central... mais doit avoir les yeux partout.
Au complexe Nautisport d'Enghien, le maître-nageur principal occupe un poste de surveillance central... mais doit avoir les yeux partout. - © S. Vandreck

Les gestionnaires de piscines ont été fort attentifs au procès de la noyade du petit Emeric et au jugement rendu hier par le Tribunal Correctionnel de Mons. Nous avons voulu savoir quelles sont les mesures prises dans les grands complexes pour assurer au maximum la sécurité des nageurs, et en particulier des groupes de jeunes enfants.

La législation qui concerne la surveillance des piscines tient en quelques lignes (Arrêté du Gouvernement wallon du 13 juin 2013): elle stipule que les baigneurs doivent être « sous la surveillance directe et constante d'au moins une personne responsable de leur sécurité». Cette personne doit être «en possession d’un brevet supérieur de sauvetage aquatique délivré ou homologué par l’autorité administrative compétente», et recevoir «au moins une fois par an un entrainement obligatoire aux méthodes de premiers soins, de réanimation et de sauvetage». Elle précise aussi que les endroits dangereux doivent clairement être signalés. En dehors de cela, les directeurs de piscines sont tenus de gérer leur établissement en "bon père de famille". Libre à eux donc de prévoir le nombre de maîtres-nageurs affectés à la surveillance des bassins. Dans les grands complexes comme à Mons, Mouscron ou Enghien, ils ne sont jamais seuls, bien loin de là... «Si j’ai un plan d’eau de 1000 m², est-ce qu’une personne est suffisante ? À mon avis, non. Donc j’ai mis deux personnes, une à chaque extrémité du grand bassin. Et une autre au petit bassin», explique le directeur de la piscine mouscronnoise des Dauphins, Alain Denis. «Le problème c’est que chaque piscine est différente», ajoute Eric Rousseau, directeur de la piscine du Grand Large à Mons. «Chez nous 4 maîtres-nageurs tournent en permanence aux différents postes, bassin sportif, zone ludique et wellness».

"Surveiller, ce n'est pas nager avec les enfants"

La plupart des établissements exigent aussi que les groupes disposent de leur propre encadrement: 1 éducateur pour un groupe de 7 personnes à Mouscron par exemple. A Enghien, au complexe Nautisport, le règlement d’ordre intérieur prévoit que tout enfant de moins de 8 ans doit être accompagné d’un adulte pour accéder aux bassins. Certaines piscines comme celle de Mons ont aussi instauré un système de bonnets de couleurs pour les groupes, les jours de grosse affluence. «Même si le bonnet n’est pas obligatoire, cela permet au moins aux maitres-nageurs et aux accompagnateurs d’être plus vigilants», précise son directeur.  Les accompagnateurs sont les seuls à connaître le nombre d’enfants qu’ils ont sous leur responsabilité, leur niveau en natation. Surveiller ce n’est pas nager avec les enfants, c’est être au bord de l’eau».

Des moyens de surveillance très coûteux

Il existe aussi des solutions plus techniques pour éviter les accidents: à Mouscron, des parois pour séparer la zone sportive de la zone ludique ont été placées. «C’est plus efficace qu’un simple cordon en-dessous duquel un enfant peut toujours se faufiler», explique son directeur. A Enghien, pourtant, une simple chaîne sépare les zones quand seule la zone sportive fonctionne. Mais son directeur, Vincent Piette, insiste: «à ce moment-là, la rivière sauvage ne fonctionne pas. Un enfant ne risque donc pas de tomber dans l’eau et se noyer». A Nautisport, des caméras ont aussi été placées à l'entrée et à la sortie du toboggan. Mais le top du top, ce sont les systèmes de vidéosurveillance avec détecteur de chute et alarme. Mais cela coûte très cher et la plupart des piscines n'ont pas les moyens de se le permettre. «J’ai demandé une offre pour la piscine de Mouscron, pour les deux bassins, il y en a pour 300.000 euros», explique Alain Denis. «Tant qu’il n’y a pas d’obligation légale, très peu vont décider d’installer ce système». Tout repose donc sur la seule vigilance humaine, avec des risques donc les responsables de piscine sont bien conscients. «L’affaire du petit Emeric nous rappelle que ça peut arriver à tout le monde, réagit Eric Rousseau. C’est l’occasion de rappeler à tout notre personnel et aux maîtres-nageurs en particulier, qu’il faut être vigilants et qu’on a une responsabilité en termes de surveillance mais aussi en termes de recyclage pour intervenir de la meilleure des façons en cas d’accident».

Stéphanie Vandreck

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