Pipaix : du houblon 100% local pour la brasserie Dubuisson

Luc Lagache est perché sur une nacelle depuis plusieurs heures à quelques mètres de haut. Dans l’ambiance vrombissante du tracteur, le cultivateur de houblon s’attelle à recueillir le millier de plans de la brasserie Dubuisson (Pipaix).

La brasserie Dubuisson produit des bières comme la Surfine, la Bush ou encore la Cuvée des Trolls. Il y a quatre ans, l’établissement prenait l’initiative de faire planter du houblon sur son site. Aujourd’hui, il fête sa troisième récolte.

Paradoxalement, alors que la bière est une spécialité belge, il ne reste que 18 agriculteurs qui cultivent du houblon en Belgique, essentiellement en Flandre Occidentale dans la région de Poperinge.

Ça sent bon, c’est quoi ?

Cela fait quatre ans que Hugues Dubuisson, patron de la brasserie du même nom, a demandé à Luc Lagache de planter du houblon sur son terrain. Le but de l’entreprise est d’intégrer un maximum de produits belges dans la recette de la Surfine, sa plus ancienne bière. Pour cela, la brasserie a aménagé un espace d’un demi hectare, ce qui représente un millier de plans de houblon. Un an après avoir planté la première graine en 2013, Luc Lagache a pu s’atteler à la récolte sous l’œil attentif des brasseurs. Pari gagné pour l’entreprise puisque la Surfine arbore désormais un label "100% belge" qui fait saliver de nombreux clients.

Le houblon, c’est cette plante vivace qui donne à votre bière toute son amertume. Il est généralement acheté à l’étranger mais cela fait une cinquantaine d’années que 18 agriculteurs belges le cultivent à nouveau.

Comment récolter le houblon ?

Un champ de houblon se présente comme une vigne géante. Les tiges de houblon sont torsadées autour d’un fil d’acier pour que la fleur se développe en hauteur, ce qui forme le "plan". Pendant un an, le houblon devra être chouchouté à raison d’une heure par jour. Ce n’est que lorsqu’il est prêt qu’il peut être récolté.  Luc Lagache a une technique infaillible pour déterminer cet instant: "Le centre est bien vert et les côtés sont plus clairs, ça veut dire qu’il est prêt. Et quand tu le frictionnes, ça craque un petit peu".

Une fois que le houblon est prêt à être ramassé, l’équipe se presse à atteler une remorque et une nacelle au tracteur. A quelques mètres du sol, Luc Lagache se tient à peine à sa nacelle. Armé de sa serpette, il ne lui faut qu’un mouvement pour sectionner le plan de houblon. Il la jette ensuite dans la remorque et le tracteur poursuit son chemin. Il faudra ainsi une journée aux travailleurs pour parcourir et récolter le demi hectare de houblon de la propriété.

Pour Luc Lagache, cette année est moyenne en termes de quantité mais excellente en termes de qualité. En effet, le soleil bien présent de ces derniers jours a permis à la fleur d’être particulièrement savoureuse.

Une fois que toutes les plantes de houblon sont cueillies, elles sont envoyées dans diverses usines de séchage en Angleterre. La raison? Il n’y en a tout simplement pas en Belgique. Mais Hugues Dubuisson est très pointilleux sur la provenance de ses produits: "Je trouve que c’est dans l’ère de la traçabilité et que le consommateur a raison de vouloir savoir où sont les matières premières qui servent à créer le produit qu’il déguste et qu’il apprécie". Il confie également que les différentes sortes de houblon ne sont pas mélangées entre elles dans les entreprises anglaises.

Une production qui en ferait pâlir plus d’un

Créer une bière entièrement belge n’est pas simple. La production du houblon se répartit sur 3000 hectares à travers le monde dont 178 en Belgique, ce qui signifie que la demande belge de houblon dépasse ce qui est réalisable sur nos terres. Ainsi, les producteurs sont obligés d’importer. Mais ce n’est pas tout, Hugues Dubuisson et Antonin Maes, maître brasseur et responsable qualité, affirment que produire du houblon en Belgique coûte 30% plus cher que de l’importer de Tchéquie, d’Angleterre ou d’Allemagne. En cause, une main d’œuvre et des machines chères et peu de grands espaces disponibles. Mais surtout, il faudra débourser près de 25 000 euros sans les machines pour un hectare de terrain. Cependant pour Hugues Dubuisson, le jeu en vaut la chandelle: "Ça nous coûte plus cher de cultiver nous-mêmes que de l’acheter à l’extérieur, mais ceci étant, ça donne une telle plus-value aux produits du terroirs et c’est tellement intéressant à travailler que j’aimerais agrandir ma production".

Actuellement, la brasserie Dubuisson ne peut produire que la Surfine avec son houblon, ce qui correspond à environ 5 à 10% de sa production.

Hugues Dubuisson reste confiant quant à l’avenir de la culture belge de houblon: "Je suis persuadé que certains brasseurs seront prêts à payer plus cher pour produire des bières qui contiennent du houblon ou de l’orge belge à partir du moment où on peut parler avec notre cultivateur. Et puis c’est beaucoup plus sécurisant que de faire venir les produits d’ailleurs. Je pense que c’est un contact qu’il faudrait avoir avec le secteur mais que, pour l’instant, ce n’est pas encore entré dans l’air du temps."

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