La "jungle de Péruwelz", toute petite mais désolante: "On ne laisserait pas des animaux vivre dans ces conditions"

Péruwelz: un local pour les migrants
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Péruwelz: un local pour les migrants - © Tous droits réservés

Dans la nuit du jeudi 19 au vendredi 20 décembre, un homme trouvait la mort sur l'autoroute entre Antoing et Vaulx. Ermiyas était Éthiopien et avait 28 ans. Il a été tué par une voiture.

À Péruwelz et Tournai, des dizaines de migrants tentent, chaque nuit, de monter à bord d'un camion en direction du Royaume-Uni.

Ce phénomène s'est accentué après la fermeture d'aires d'autoroutes en Flandre et dans le Nord de la France. La mort d'Ermiyas a ému ses compagnons, mais aussi ses amis Belges. Ils sont nombreux à venir en aide à ces voyageurs invisibles et à dénoncer leurs conditions de vie... notamment dans ce campement très basique qu'ils appellent "la jungle de Péruwelz".

Avant toute chose, oubliez les images que vous avez peut-être gardé de la "jungle de Calais" où s'entassaient de nombreux migrants dans l'attente d'un moyen de se rendre outre-Manche. A deux pas du canal, la jungle de Péruwelz est toute petite, mais désolante: "Quatre tentes. Des abris de fortunes. Des sacs, des vêtements et de la boue. On ne laisserait pas des animaux vivre dans ces conditions".

Colette Bourdon habite à Wiers. Depuis deux ans, elle héberge des migrants en provenance du parc Maximilien à Bruxelles. En septembre, elle a pris conscience de ce qui se jouait tout près de chez elle: "Une boulangère m'a parlé d'un petit groupe d'hommes et de femmes qui vivaient là, dans cette jungle. Elle était choquée de leurs conditions de vie. Ils avaient faim et étaient venus lui demander de la nourriture".

Certains n'ont rien, donc il dorment dehors toute la semaine. Ils n'ont nulle part où aller. Sans nourriture. Sans eau parfois.

L'enseignante pensionnée s'est alors mise à accueillir quelques migrants, le temps d'un repas, d'une douche, d'une lessive. Pour l'instant, elle accueille deux Éthiopiennes. En cuisine, Anna prépare des plats typiques de son pays. Au salon, Rachel nous explique qu'elle est chanceuse d'avoir trouvé ce point de chute. Car la vie dans la jungle est très compliquée en hiver. "Certains n'ont rien, donc il dorment dehors toute la semaine. Ils n'ont nulle part où aller. Sans nourriture. Sans eau parfois."

Des repas solidaires sur commande

Le jour, ils le passent dans des familles d'accueil. Ou dans cette jungle boueuse. A la dure... mais avec des moments de réconforts. Frédéric De Braekeleer est traiteur. Il offre régulièrement des repas à base d'invendus ou d'ingrédients d'un frigo solidaire. "Dès qu'ils ont besoin, ils m'envoient un message, me disent combien ils sont et je fais mon possible pour leur en livrer un dans les deux heures".

Un local digne

Des repas livrés à la gare ou dans la jungle. Les migrants et leurs soutiens réclament un abri plus digne. "À Péruwelz ou Tournai... où que ce soit… S’ils peuvent ouvrir un local pour nous, on serait heureux", explique Rachel. "Pas besoin de chambres, il faut juste un local pour qu'ils puissent se reposer en journée", précise l'hébergeuse.

Colette Bourdon est aussi conseillère communale d'opposition (AC). Depuis septembre, elle fait pression dans ce sens au conseil de Péruwelz. Comme la problématique est plus large que le territoire communal, le bourgmestre Vincent Palermo (MR) veut traiter le dossier en coordination avec ses collègues de Wallonie picarde. Une réunion est prévue le 17 janvier.

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