Peintures égyptiennes, salon Louis XV, bureau Empire : pourquoi l’ancienne maison du bourgmestre Bockstael à Laeken a été classée

Une porte cochère bleue, une façade beige. Quatre niveaux avec quatre fenêtres dès le premier étage. C’est une large maison bourgeoise qui se dresse au 266 de l’avenue de la Reine à Laeken et qui, en apparence, ne présente rien d’exceptionnel. Mais quand on y pénètre, c’est un émerveillement. Peintures égyptisantes, salon Louis XVI, un salon Louis XV, bureau Empire, jardin d’hiver Art nouveau… L’ancienne demeure d’Emile Bockstael, bourgmestre de Laeken pendant 30 ans, avant la fusion avec la Ville de Bruxelles présente un intérêt sur le plan décoratif et patrimonial, ce qui a poussé la Région bruxelloise à la classer définitivement.

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Des peintures de l’Egypte antique, dans toute la cage d’escalier. © Queens

Le bâtiment, qui fait face aujourd’hui à l’entrée du tunnel qui mène à l’église Notre-Dame de Laeken, a été construit en 1876 mais Emile Bockstael ne l’occupera qu’à partir de 1887 et jusqu’en 1920, date de sa mort. Quand il en prend possession, il veut en faire un exemple de décoration éclectique. Un mélange de plusieurs styles, derrière la façade néoclassique, remaniée.

Emile Bockstael, le franc-maçon

Premier courant qui inspire le maître de lieux, l’Egypte antique. A l’intérieur, vestibule et cage d’escalier sont décorés de généreuses peintures "vraisemblablement réalisées au début des années 1920", selon les services du patrimoine de la Région bruxelloise. Selon l’ouvrage "Bruxelles Patrimoine", consacré à l’égyptomanie à Bruxelles, l’auteur Eugène Warmenbol, professeur à l’ULB, explique que ces réalisations ont été "apparemment empruntées à un ouvrage du 19e siècle (ndlr : "The Manners and Customs of the Ancient Egytians" de Wilkinson) à en juger par le style quelque peu maladroit".

"Comme d’habitude", ajoute Warmenbol, "l’ensemble ne brille pas par sa cohérence "égyptologique" et il est en sus difficile d’en déterminer les sources, même si pour une scène de vendange, empruntée au site de Beni Hassan, et une autre de funérailles, empruntée à celui de Dra Abou el-Naga, très librement interprétées, cela s’est tout de même avéré possible. Émile Bockstael était franc-maçon et fréquentait l’atelier des "Amis Philanthropes", dont le Grand Temple est un sommet de l’égyptomanie réalisé par la Région bruxelloise". Ceci explique peut-être cela.

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La cage d’escalier. © Queens

L’Egypte d’un côté, l’art nouveau de l’autre dans le jardin d’hiver. Nous sommes au début des années 1900 et Bruxelles est la capitale de l’Art nouveau, courant architectural créé par Victor Horta et répandu dans la capitale par Strauven, Hankar ou encore Hamesse.

L’impression d’être dans le bureau du Premier ministre

Au rez-de-chaussée toujours, on retrouve les salons. Le salon Louis XV côté rue, suivi de la salle à manger. "Comme toutes les salles à manger à cette époque-là, elle est décorée en style néo-renaissance flamande avec de très beaux lambris en chêne ciré et des toiles restées en place, qui représentent des petites scènes de villages", ajoute Carlos Ramos, de l’Arau (Atelier de Recherche et d’Action Urbaines) et d’Explore.brussels, le réseau d’associations bruxelloises de visites guidées

"Les pièces en enfilade du rez-de-chaussée et celles du premier étage présentent un décor intact et remarquable dans sa richesse et son originalité, notamment avec ses tapisseries dont les sujets sont issus de tableaux de David Teniers le Jeune (17e siècle)", ajoute Pascal Smet (one.brussels, Vooruit), secrétaire d'Etat régional au Patrimoine.

Au premier, entrée dans l’ancien bureau du bourgmestre. "C’est un bureau impressionnant", raconte Carlos Ramos. "C’est un bureau en style Empire avec ses lambris en acajou. On a l’impression d’être dans le bureau du Premier ministre. C’est un bureau très imposant."

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Les salons et bureaux ont conservé leur décoration d’origine. © Queens
Les salons et bureaux ont conservé leur décoration d’origine. © Queens

Cette habitation n’est pas la seule à Bruxelles à présenter une décoration aussi disparate. "C’était très courant à l’époque", précise Carlos Ramos. "L’éclectisme fait loi fin dans les années 1870 et 1880, même si, ici, la cage d’escalier égyptisantes reste assez particulière."

Aujourd’hui classé, l’hôtel de maître peut entrevoir une restauration profonde avec l’aide financière de la Région bruxelloise. Le bâtiment est actuellement occupé par la fondation culturelle Queens qui présente des espaces d’expositions et de concerts de musique. Elle veille aussi, assure l’Arau, à la préservation de la maison.

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Les décorations à l’intérieur. © Queens
Les décorations à l’intérieur. © Queens

Le 266 avenue de la Reine était accessible le week-end des 18 et 19 septembre derniers lors des Journées du Patrimoine (Heritage days) et le sera encore les samedi 2 et dimanche 3 octobre lors de la Biennale de l’architecture éclectique à Bruxelles, organisée par Explore. brussels.

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