Patrimoine : le Ligny 1815 Museum étoffe sa collection avec l'arrivée d'une chemise de Napoléon

Cour du musée Ligny 1815. Une fin d’après-midi ensoleillée. Les grognards sont prêts, armes aux pieds. Soudain, le bruit cadencé du tambour retentit. Suivi par le son du fifre. Ca fait des mois qu’on ne les avait plus entendus dans le village. Ligny, petit bourg marqué par la campagne napoléonienne d’il y a 206 ans. Une voiture arrive, en marche arrière. On ouvre le coffre. Une émotion certaine s’empare de la cour. La garde impériale, des reconstitueurs du 1er régiment de chasseurs de Ligny, salue à sa manière la boîte sortie du véhicule contemporain.

Dans le coffret, un petit trésor, qui arrive directement du musée Royal de Mariemont. Une chemise – authentifiée — de l’Empereur. Elle va bientôt aller rejoindre sa vitrine, conçue pour l’occasion, à l’intérieur du musée. Avec la précieuse pièce de vêtement, la collection s'étoffe et fait sensation.

Benoît Histace, le directeur du Ligny 1815 Museum, est fier… et un brin ému. " C’est un objet de collection exceptionnel. Notre manière à nous de commémorer le bicentenaire de la mort de Napoléon ".


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Précieuse chemise

La pièce de vêtement, blanc cassé, a été récupérée par les troupes Prussiennes, au soir la bataille de Waterloo. Dans une des berlines de Napoléon. L’histoire ne dit pas si l’Empereur l’a portée. On peut le penser, vu son état un peu sale. Mais rien n’est moins sûr. Elle a cependant été authentifiée. Un sceau y est apposé. De même qu’un " N " couronné brodé à la soie rouge. Gilles Docquier, le conservateur d’histoire régionale du Musée Royal de Mariemont, est là pour en témoigner. Il la chouchoute cette chemise. Bien précautionneusement, il la place dans la vitrine. Qu’il ferme après avoir veillé qu’elle soit irréprochable. Elle restera dans son coffre de verre jusqu’au 30 octobre.


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Dans le moindre détail

Ce prêt ravit les hommes du premier régiment de chasseurs de Ligny. Présents en nombre, la distance de sécurité pour cause de covid respectée, ils sont heureux de se retrouver. Et de montrer leur passion. Petites lunettes rondes (comme à l’époque), boucle à l’oreille, costume militaire, baïonnette à la main et chapeau de poils sur la tête, Michel Jacques, sergent-major, a le sourire aux lèvres. Le premier régiment est l’ambassadeur du musée.

Le groupe, reconstitué pour l’occasion, est harmonieux. Et Michel Jacques d’y veiller. "C’est ici, à, Ligny que l’on organise des bivouacs, explique le passionné. Nous laissons tomber alors durant quelques jours les objets du quotidien. On laisse nos téléphones pour nous plonger dans le début du XIXe siècle. Nous nous réunissons aussi pour " l’école du soldat ". Là on s’y entraîne, on réapprend les gestes de l’époque, on apprend à tirer… ".

Quelques enseignants font partie des reconstitueurs. Certains font partie de l’équipe du musée, et y organisent parfois des visites guidées et participent à l’objectif de vulgarisation cher aux responsables.

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Manoeuvres de la garde impériale © Kevin Dero

Dépoussiérage et professionnalisme

Car on peut dire que les responsables et animateurs mouillent leurs chemises pour le musée. Comment faire vivre un site historique, certes riche, mais moins passé dans la postérité que l’écrasant "grand frère" de Waterloo ? Un challenge pour Benoît Histace.

Depuis le bicentenaire de la campagne de Belgique, en 2015, il tente de dépoussiérer l’image du lieu. " Nous étions vus comme un musée de spécialistes fait par des spécialistes pour les spécialistes, confie-t-il. Nous nous sommes intéressés au management et au marketing. On veut transmettre l’histoire et la mémoire, conserver le patrimoine. Pour faciliter les visites et faire connaître au plus grand nombre notre lieu, nous avons fait un grand travail ". Dans le musée, l’accent a été mis sur la cohérence, l’image – le logo et la charte graphique ont été modernisés —, mais aussi la façon d’exposer… et de faire ressentir. " On peut toucher, on peut regarder, on peut entendre, on peut sentir. Une attention particulière est portée aux cinq sens du visiteur. Les émotions renforcent l’expérience de visite ". La muséologie aussi a été revue. " On va ainsi davantage se placer au point de vue du soldat, et moins des maréchaux ".

Les émotions renforcent l’expérience de visite

Fiches thématiques, nouvelles salles, un accueil rénové, une plus grande immersion grâce aux reconstitueurs… Tout un merchandising et une offre de services ont aussi été développés pour les amateurs. " Cette année, le covid nous a poussés à réfléchir, et à nous repositionner. Pour proposer une offre plus diversifiée encore " explique Benoît Histace.

Un tourisme mêlant histoire et patrimoine qui nous replonge dans une période pas si lointaine, où le son du canon, les couleurs des drapeaux, des uniformes, l’odeur de la poudre et la fureur des batailles étaient une réalité dans nos régions.

(lien vers le site internet du Ligny 1815 Museumhttps://www.ligny1815.be/)

Ligny la sanglante

Ligny, c’est une bataille dantesque. La dernière gagnée par Napoléon Bonaparte. Précédant de deux jours celle de Waterloo, ce 16 juin 1815, elle oppose les Français aux Prussiens du feld-maréchal Blücher. 150.000 hommes sur 7 kilomètres de front. 7 heures de combats. 20.000 tués ou blessés. " Rendez-vous compte, souligne Benoît Histace. Un homme tombe à chaque seconde. Saint-Amand et Ligny sont dévastés. Le village de Ligny a énormément souffert de cette bataille ".

Blücher, 74 ans, surnommé le maréchal "en avant!", sera retrouvé par un soldat prussien. Le haut-gradé est coincé, sous son cheval mort. "Immédiatement, son ordonnance a plongé sur son chef et l'a recouvert de sa cape. Dissimulant le personnage de la vue des Français. Vous imaginez si les Français avaient arrêté Blücher, le sort de la guerre aurait peut-être changé..." explique Michel Lefebvre, de l'asbl les Amis de Ligny. Le vieux militaire sera ensuite soigné à Mellery.

Napoléon et ses troupes sortiront victorieux de la bataille, mais ne pourront poursuivre convenablement les Allemands. Ceux-ci s'en iront dans une retraite assez disciplinée vers Wavre. Les deux armées se reverront deux jours plus tard côté de Plancenoit. Cette fois, les Prussiens auront leur revanche sur l'Aigle. Nous sommes à la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815.


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Sujet du journal télévisé réalisé pour le bicentenaire de la bataille de Ligny

Le Ligny 1815 Museum est installé dans " la maison du fermier ". Cette bâtisse a connu la bataille. De près. Transformée en hôpital de campagne au soir des combats, " le bâtiment à une âme " pour le responsable. On peut maintenant y visiter le musée, faire des achats, se restaurer et assister à des événements.

Un cœur battant pour ce village, à deux pas de Fleurus, marqué profondément par l’histoire.

Le bâtiment à une âme 


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Découverte ludique de l'archéologie, à l'intérieur du musée © K.D.
A l 'intérieur du Ligny 1815 Museum © K.D.
Facade de la "maison du fermier" qui sert maintenant d'écrin au musée © Kevin Dero
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