Patrick Colpé : "Ah si le gouvernement pouvait traiter les théâtres aussi bien que les avions"

Patrick Colpé, directeur du Théâtre de Namur est très inquiet pour l'avenir de son institution.
Patrick Colpé, directeur du Théâtre de Namur est très inquiet pour l'avenir de son institution. - © Geoffroy LIBERT - LIBERT

"Je demande que mon théâtre soit traité comme un Boeing A380, déclare non sans une pointe d'ironie Patrick Colpé, le directeur du théâtre de Namur. "Je pourrais ainsi remplir ma salle de 800 places..."

Le monde culturel, et celui des arts de la scène en particulier, est remonté contre les pouvoirs publics, estimant être moins bien traité que les autres secteurs comme le commerce ou le tourisme.

"Ce n'est pas ça le théâtre !"

Après une fermeture complète des salles depuis la mi-mars suite à l'épidémie de coronavirus, les règles fixées pour la rentrée sont les suivantes : masque obligatoire, maximum 200 personnes, respect d'une distance d'1,5 mètre entre les spectateurs et possibilité d'obtenir des dérogations au cas par cas auprès des bourgmestres.

"Nous allons évidemment demander une dérogation à Maxime Prévot, confie Patrick Colpé. Pour nous, ces normes sont mortelles. Appliquées strictement cela réduit la jauge à moins de 200 personnes, dans une salle de 800 places ! Cela ne ressemble à rien, ce n'est pas ça le théâtre ! Sans compter que c'est une ruine économique. La plupart des spectacles au programme de cette nouvelle saison nécessite beaucoup plus de spectateurs pour rentrer dans nos frais. Nous risquons de perdre énormément d'argent."

La fédération des employeurs des arts de la scène réclame de son côté 60 % de remplissage, et même 80 % pour les salles de moins de 200 places. A Liège, le bourgmestre vient d'autoriser les quatre grandes salles de la Cité ardente (Le théâtre de Liège, l'Opéra, l'Orchestre philharmonique et le Forum) à grimper jusqu'à 50 % de leur capacité.

La ministre Bénédicte Linard a décidé de baisser la distance minimum de sécurité à un siège ou un mètre contre 1m50 actuellement tant à l'intérieur qu'à l'extérieur: "Mais même ça, ce c'est insuffisant pour nous", estime Patrick Colpé.

Le public reviendra-t-il ?

Les petites salles, comme le théâtre Jardin Passion, sont aussi très inquiètes. "Nous sommes en train de réaménager complètement notre salle en mode cabaret, explique Sébastien Hébrant, responsable de la programmation. On sait qu'on va perdre au minimum la moitié de notre jauge. Et cela s'annonce économiquement très difficile. Mais en plus, comment savoir si le public va suivre ? Le climat est tellement anxiogène !"

"Si les mesures de restrictions se prolongent encore pendant des mois, ajoute Patrick Colpé, j'ai peur de perdre définitivement une bonne partie de notre public. Nous avons renouvelé à ce jour 2100 abonnements. C'est 1000 de moins que l'année dernière à la même époque."

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