Pasteuriser le lait cru inquiète les producteurs artisanaux

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Huit exploitations obligées de pasteuriser leur lait, c'est la mesure prise par L'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire. L'asbl "Nature & Progrès" craint qu'à terme, la mesure se généralise et menace l'artisanat wallon.

Les agriculteurs ne pourront peut-être plus travailler avec du lait cru. C'est ce que dénonce l'asbl Nature & Progrès, une association d'adhérents belges de l'association européenne d'agriculture et d'hygiène biologique. Elle pointe du doigt une récente mesure de précaution prise par l'Afsca, qui oblige la pasteurisation du lait pour des exploitations touchées par une bactérie. 

Coxiellia burnetii

A ce jour, huit exploitations sont concernées. On y a détecté la présence de Coxiellia burnetii. Une bactérie qui donnerait de la fièvre, uniquement chez les patients atteints de problèmes cardiaques et seulement dans 2% des cas. La manifestation la plus répandue est un syndrome grippal pouvant évoluer vers une pneumonie. Mais selon l'asbl, la fièvre appelée, fièvre Q, n'est pas nouvelle. Elle serait connue depuis les années vingt et se soignerait très bien avec des antibiotiques.

La mort des produits artisanaux ?

Pour les exploitations saines, pasteuriser le lait, un procédé de très haute température, ne permettrait pas de produire des fromages typiques de ferme. Une pratique qu'on utilise beaucoup en Wallonie. Sur le terrain, cette mesure de l'Afsca n'est guère populaire. Près de Jemeppe-sur-Sambre, à la chèvrerie d'Onoz, Jean-Jacques Collet élève une centaine de chèvres et vend des produits artisanaux fabriqués à partir de lait cru. Si on l'oblige à pasteuriser, ce sera la mort de son activité : "Déjà réussir du fromage au lait pasteurisé est plus compliqué. Refaire du fromage avec ça et aller le vendre pour rivaliser avec les industries, ça ne nous intéresse pas du tout. Si on doit faire cela, ça ne sert à rien de continuer ".

A terme tous les producteurs risquent d'être touchés

Ce producteur échappe actuellement à la mesure prise par l'Afsca, mais lui estime qu'un jour ou l'autre, tous les producteurs seront positifs à la bactérie parce que la bactérie en question se transmet par voie aérienne. A terme, les producteurs craignent une généralisation de la pasteurisation, ce qui entraînerait la disparition des fromages à base de lait cru, fromages dont les belges sont de grands consommateurs.

L'asbl veut la régionalisation de l'Afsca

Autre conséquence, la menace sur la survie de plus de 650 producteurs et éleveurs de chèvres et brebis en Wallonie. Pour l'asbl Nature & Progrès, l'Afsca, veut la mort de l'agriculture paysanne développée en Wallonie. L'asbl estime que la mesure ne résout rien, voire même, rendrait le lait plus fragile, plus exposé à des contaminations que le lait cru. Ce serait une décision dictée par des intérêts industriels plutôt flamands et qui exige une réaction des politiques francophones. Nature & Progrès va même plus loin et demande la régionalisation de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire.

Le porte-parole de l'Afsca, Pierre Cassart, estime que cette revendication est farfelue, qu'il serait impossible d'avoir une agence divisée dans notre pays où les produits voyagent constamment. Il précise aussi que cette idée n'est relayée par aucun parti.

 

Colette Jaspers avec Sébastien Remacle

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