Il manque de médecins généralistes mais on ne parle pas encore de pénurie

Une prime de 20 000 euros est octroyée aux médecins généralistes qui installent leur cabinet dans une zone avec moins de 90 généralistes pour 100 000 habitants
Une prime de 20 000 euros est octroyée aux médecins généralistes qui installent leur cabinet dans une zone avec moins de 90 généralistes pour 100 000 habitants - © Belga Picture

Y a-t-il pénurie de médecins généralistes à Bruxelles, comme dans de nombreuses zones rurales en Wallonie? Si l'on en croit les chiffres de l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (INAMI), la réponse est oui. Dans plusieurs communes à Bruxelles, il n'y aurait pas suffisamment de généralistes. Une conclusion qu'il faut toutefois nuancer.

Pour établir sa liste, l'INAMI se base sur les chiffres d'Impulseo, le fonds d'aide à l'installation des généralistes. Des généralistes qui peuvent bénéficier d'une prime de 20 000 euros s'ils installent leur cabinet dans une zone avec moins de 90 médecins généralistes pour 100 000 habitants. Dix communes sont concernées à Bruxelles : Anderlecht, Bruxelles-Villes, Evere, Ixelles, Jette, Koekelberg, Molenbeek, Saint-Gilles, Saint-Josse et Schaerbeek.

Quoiqu’il en soit, il n’y a pas lieu de parler de pénurie. Axel Hoffman exerce la médecine à Molenbeek depuis 30 ans et est président de la fédération des associations de médecins généralistes de Bruxelles. Il tempère: "Dans certaines communes à Bruxelles, il y a 88, 89 ou même 78, 79. Donc, on est près de la barrière. On ne peut pas parler d’une franche pénurie, alors qu’en Wallonie, on a parfois des zones où il y a dix ou vingt médecins là où il devrait y en avoir 90. D’autre part, il y a énormément de médecins spécialisés à Bruxelles et il y a énormément d’hôpitaux qui reçoivent des patients qui consultent parfois un spécialiste au lieu de passer par un médecin généraliste. Cela signifie que le besoin de la population est couvert, mais, au lieu d’être couvert par les médecins généralistes, il est couvert par les médecins spécialisés."

Il n’y a donc pas de pénurie. Toutefois, l’on trouve de moins en moins de généralistes à Bruxelles. Axel Hoffman signale: "Globalement, ce phénomène va en s’aggravant lentement. A Bruxelles, nous n’y sommes pas encore – c’est pour ça que les présents chiffres de pénurie sont des chiffres administratifs – mais, dans quelques années, si la situation continue à se dégrader au rythme auquel elle se dégrade maintenant, dans dix ans, il y aura une réelle pénurie à Bruxelles aussi." La profession attire sans doute moins les jeunes qu'avant, vu, notamment, les horaires compliqués. Des jeunes qui se destineraient davantage à la médecine spécialisée.

Les villes wallonnes manquent aussi de généralistes

Dans le cadastre national publié par l’INAMI, on peut lire que les zones plus rurales – ce n’est pas neuf, on vous en parlait déjà il y a quelques mois – mais aussi les villes wallonnes souffrent d’un manque de médecins. Des zones urbaines qui jusqu’ici n’étaient pas affectées par le phénomène. Exemple dans la région du centre où le manque se fait ressentir, près de Binche et La Louvière.

''Nous allons probablement  droit dans le mur à court terme'', met en garde Jean-François Soupart, médecin à Manage et président du cercle des généralistes du Centre et Binche. Et l’homme tient encore à préciser : ''Dans notre cercle, nous avons une moyenne d’âge de 54 ans. Lorsque nous avons un médecin qui s’installe dans la région, dans le même temps nous enregistrons quatre ou cinq médecins qui arrêtent la profession.''

La profession n’attire plus les jeunes pour le moment… L’analyse de Jean-François Soupart est sans appel. D’autant que depuis quelques années, ce constat est renforcé par un autre facteur : la désaffection touche maintenant les villes, autrefois épargnées. Même si les communes rurales continuent, et de loin, à connaitre les situations les plus inquiétantes.

''La zone de garde de Seneffe, par exemple… Ils sont six médecins à effectuer des gardes. Ils sont donc de garde une nuit sur six, un week-end sur six. A côté de cela, complète encore Jean-François Soupart, à La Louvière, ils sont 18 ou 19… Ils font donc trois fois moins de garde que leurs confrères seneffois !''

Les gardes fréquentes, c'est justement ce qui rebute pas mal de jeunes médecins. Pour les attirer, une prime de 20 000 euros existe (cf. supra). Elle est octroyée aux médecins qui s'installent dans des communes où la pénurie est reconnue. Cependant : ''Depuis quatre ans que ce système existe, nous ne voyons pas une explosion des installations. Pas du tout. Il faudra absolument prendre des mesures pour alléger le poids de nos gardes ! Il n’est pas normal que nous soyons appelé à deux ou trois heures du matin pour un petit bobo qui dure depuis trois jours…''

Les généralistes de la région du centre plaident donc pour l'instauration d'un tri des appels, selon des critères clairs, encore à établir.

Pierre Vandenbulcke – Delphine Wilputte - Jérôme Durant 

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