Parc Maximilien à Bruxelles: l'hébergement citoyen des migrants s'essouffle-t-il?

Parc Maximilien à Bruxelles: l'hébergement citoyen des migrants s'essouffle-t-il?
Parc Maximilien à Bruxelles: l'hébergement citoyen des migrants s'essouffle-t-il? - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

L'hébergement citoyen évolue. Cela fait plus d'un an et demi que des citoyens hébergent des migrants du Parc Maximilien, près de la gare du Nord à Bruxelles. La Plateforme citoyenne, qui coordonne cet hébergement, a réduit sa présence au Parc depuis peu. D'une présence quotidienne, elle est passée à deux fois par semaine semaine. Le temps passe, les familles se fatiguent. La situation des migrants en transit, elle, n'évolue pas. Ils sont encore des centaines à la gare du Nord.  

"Au début, on se dit que la situation va s'améliorer "

Cécile loge des migrants chez elle, depuis plus d'un an. Et au plus haut de son engagement, sa maison a accueilli jusqu'à sept personnes: "Je me suis retrouvée à mettre des gens dans le canapé. Je pense que l'on était sept, en tout". Cela dit aujourd'hui, Cécile a réduit la voilure. Son engagement est intact, mais il ne peut pas garder la même intensité sur la durée: " Au début, on se dit que la situation va s'améliorer. Il va y avoir des décisions qui vont faire que les choses vont s'améliorer. Malheureusement, cela s'éternise et il y a toujours des personnes à la rue. Mais au bout d'un moment, il faut s'écouter". La fatigue, physique et mentale se font sentir. La consommation d'eau explose. Il y a aussi la nécessité de se retrouver: "J'ai une vie, un boulot à temps plein, deux enfants".  Cécile continue d'héberger, mais une à deux personnes. Toujours les mêmes: "C'est plus facile pour moi aussi au niveau logistique, parce que ce sont des gens en qui j'ai confiance donc ils ont la clef de la maison, ils rentrent, ils sortent". 

Héberger et accompagner 

Plus d'un an et demi après le lancement de la Plateforme et de l'hébergement citoyen, de nombreuses familles réorientent leurs actions. Elles se relaient pour héberger des habitués. Certaines n'hébergent plus du tout: "A la fois, on a ces hébergeurs qui ralentissent la cadence, qui ne sont plus dans un hébergement d'urgence, qui travaillent avec plusieurs familles pour accompagner plusieurs personnes et donc continuent à être actives", explique Mehdi Kassou. "Mais c'est clair que la dynamique que l'on avait il y a un an, de pouvoir appuyer sur un bouton Facebook et d'avoir dans la foulée, dans les heures qui suivent 400 personnes hébergées en famille, a fondamentalement changé". La Plateforme veut donc adapter ses formules en fonction de cette réalité-là: informer les hébergeurs, pour mieux accompagner leurs invités, lorsqu'ils décident par exemple de demander l'asile. De nombreux hébergeurs continuent aussi d'accompagner leurs anciens "invités", une fois qu'ils sont passés de l'autre côté de la Manche. 

Selon Mehdi Kassou, 250 migrants sont encore hébergés chaque soir dans des familles. Et parallèlement à cela, 350 le sont à la Porte d'Ulysse, ce centre d'hébergement situé à Haren et monté par la Plateforme de soutien aux réfugiés et d'autres associations. Il y a aussi d'autres hébergements collectifs. Le hub humanitaire, qui offre des soins de santé, un accompagnement psycho-social mais aussi des vêtements à ces jeunes hommes et femmes, doit lui trouver un autre endroit pour se poser. La convention signée avec le CNN s'éteint fin mars, début avril. 

L'impact de ces conditions de vie 

En près de deux ans, la situation de ceux qui tentent toujours de rejoindre l'Angleterre n'a pas bougé d'un iota. Des centaines de migrants sont en errance depuis plusieurs mois. Entre 50 et 100 restent sur le carreau, sans hébergement chaque soir. Leur situation se dégrade. Françoise Romnée est bénévole à la gare du Nord. Et avant cela, à Calais. Tous les jours, elle se rend à la gare, notamment pour coordonner la distribution de repas: " Cela dure et une grosse majorité de ces gens ont basculé dans la folie. On le voit dans leur regard. Ils sont en plein désarroi. Il y en a qui essaient depuis 6 mois, parfois beaucoup plus et qui n'y arrivent pas." 

Un rapport de Médecins Sans Frontières sur les soins de santé mentale au hub humanitaire soulignait le mois dernier que les personnes qui venaient consulter au hub le faisaient en raison des traumatismes vécus dans leurs pays et sur la route mais aussi et surtout en raison de leurs conditions de vie ici en Europe. Il y a d'une part, le fait de dormir dans la rue, mais aussi d'autre part, la grande désillusion de ces migrants : l'Europe n'est pas l'Eldorado espéré. Les symptômes qui apparaissent, selon MSF, sont la baisse de l'élan vital, la perte de confiance. Certains se résignent.  

Les associations telles que MSF, Médecins du Monde, le CIRE ou encore la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés continuent de plaider auprès du monde politique pour la création d'un centre d'accueil et d'orientation. 

 

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