Papy Rebellin fait de la résistance dans une équipe hainuyère

Geoffrey Coupé, le manager, dans son magasin de cycles GEOFCO à Frameries
Geoffrey Coupé, le manager, dans son magasin de cycles GEOFCO à Frameries - © Samuël Grulois

Il est passé pro en 1992. Cette année-là, Miguel Indurain gagnait son deuxième Tour de France, Gilbert Duclos-Lassalle rendait la France folle de joie en s’imposant dans Paris-Roubaix et Johan Museeuw devenait champion de Belgique pour la première fois de sa carrière. Un quart de siècle plus tard, Davide Rebellin, 46 ans depuis le 9 août, est toujours là. Il est d’ailleurs le coureur le plus âgé en activité.

L’Italien, triple vainqueur de la Flèche wallonne (2004, 2007, 2009), lauréat aussi de Liège-Bastogne-Liège (2004) et de l’Amstel Gold Race (2004), a signé cette semaine un contrat d’un an avec l’équipe continentale belge (mais sous licence algérienne) Natur4ever-Sovac dont les bureaux se trouvent à Frameries, dans le Hainaut. Tintin (l’un de ses surnoms dans le peloton) entamera donc en janvier prochain sa… 27ème saison chez les professionnels (en comptant sa demi-saison comme stagiaire chez GB-MG Boys)!

Le manager de Natur4ever-Sovac s’appelle Geoffrey Coupé. C’est un ancien modeste coureur borain reconverti dans la direction sportive depuis 2012. Il a notamment dirigé la première mouture de Veranclassic. La saison passée, il était à la tête de Naturablue. Après avoir recruté Robin Stenuit, Gaëtan Bille et Youcef Reguigui, il annonce donc fièrement l’arrivée de Davide Rebellin. Simple coup de pub? Réelle plus-value sportive? Que vaut vraiment ce coureur vieillissant cité dans différentes affaires de dopage, en 2001 et en 2008 notamment?

Papy fait de la résistance. Bénévolement en plus.

Geoffrey Coupé, vous faites le buzz avec l’annonce du transfert de Davide Rebellin dans votre équipe! 

"En effet, plusieurs personnes m’ont dit que c’était fort! Moi, ça fait cinq ans que je connais Davide et ça fait cinq ans que je lui demande de venir dans mon équipe… mais ça n’était jamais le bon moment. Mais voilà, ce bon moment est semble-t-il arrivé! J’ai fait le déplacement chez lui à Monaco. On a beaucoup discuté car il était fort courtisé, il avait beaucoup d’opportunités. Mais il a vraiment vu en nous l’aspect humain, l’aspect sportif. Les négociations ont été relativement faciles. Et croyez-moi, Davide est très très motivé pour l’année prochaine! Vous savez, vu son âge avancé, certains managers sont un peu réticents. Personnellement, je trouve cela dommage car il est justement un exemple pour les jeunes. Il a cette faculté de faire son métier comme personne d’autre. Il a une hygiène de vie et une rigueur exemplaires. Et je pense qu’il peut apporter vraiment beaucoup aux jeunes de l’équipe".

On a connu la célèbre Jeannie Longo chez les dames. Mais chez les messieurs, un coureur de 46 ans, c’est du jamais vu! Pourquoi continue-t-il? Juste pour le symbole? Pour pouvoir dire "Regardez, je suis super papy"?

"Il aime vraiment le vélo. Il aime vraiment le cyclisme. Quand j’ai été le voir à Monaco, il avait roulé cinq heures le matin-même! Et pourtant, il faisait froid comme en Belgique. Je ne connais pas beaucoup de coureurs qui font cinq heures de selle à cette période-ci de l’année. Devant moi, il faisait très attention à ce qu’il mangeait. Il n’a bu qu’un seul café. Il fait vraiment le métier comme personne ne le fait. Et il a encore des objectifs sportifs. Il m’a même posé la question de savoir s’il pourrait participer à la Flèche wallonne en 2018! Je lui ai expliqué que ce ne serait pas possible car il faut que l’équipe ait le statut ‘continental pro’ ou ‘world tour’. Mais je lui ai aussi dit qu’on pourrait peut-être l’envisager pour ses… 50 ans. On a bien rigolé".

La fin de l’interminable carrière de Jeannie Longo (coureuse de 1979 à… 2013!) était un peu… pathétique. Elle a raccroché à 55 ans! Est-ce que Rebellin ne risque pas, lui aussi, de renvoyer une image pathétique? Sans être méchant, sur son vélo, il fait son âge…

"En 2017, il a remporté des courses en Asie (NDLR: le classement final du Tour de l’Ijen en Indonésie et une étape du Tour d’Iran) et ça roule là-bas! Pour gagner ces courses, il faut avoir un très haut niveau. Et surtout, il a terminé dixième du championnat d’Italie professionnel, devant Nibali (12ème) et Gasparotto (16ème). Il y avait plus de 250 kilomètres, le parcours était difficile… il reste pour moi un coureur du top niveau".

Pourquoi la plupart des coureurs disent "stop" à 34-35 ans, considérant avoir assez donné? Et pourquoi Rebellin, lui, continue? C’est fou…

"Oui, c’est fou. Mais c’est une question de mentalité, de caractère. Il y a beaucoup de coureurs ou de sportifs de haut niveau qui, à un moment donné, s’installent dans un certain confort de vie. Ils ne deviennent pas fainéants ou paresseux, non… mais Davide voit les choses autrement. C’est son métier, point. Il m’a demandé en boutade: "En Belgique, c’est quoi l’âge de la pension?" Quand je lui ai répondu "65 ans", il m’a dit "Je ne poursuivrai pas jusque-là mais pourquoi devrais-je arrêter si je me sens bien et que j’ai toujours envie?" Personne ne lui dira où et quand arrêter.

Dans le sport cycliste, quand un gars gagne beaucoup de courses, on insinue souvent qu’il est dopé. Et quand un gars continue de performer en étant âgé, on insinue la même chose… Etes-vous, monsieur Coupé, totalement rassuré sur les méthodes de préparation de Rebellin?

"De nombreux coureurs ont joué avec les produits illicites mais… ils n’ont pas fait de longues carrières. Davide Rebellin fêtera ses 47 ans l’année prochaine. Il est au top depuis plus de vingt ans. On ne peut pas faire une aussi longue carrière si on prend des produits illicites et nocifs pour la santé. Davide, c’est un produit naturel à lui tout seul! Il mange vegan, il ne consomme jamais de viande, il fait attention à tout. J’ai totalement confiance en lui!"

Il a quand même été contrôlé positif à l’EPO aux Jeux Olympiques de 2008 (on lui a retiré sa médaille d’argent). Vous en avez parlé ensemble?

"Non, personnellement je n’ai pas évoqué ce sujet avec lui parce que c’est du passé et que je ne connais pas tous les détails de cette affaire. Tout ce que je sais, c’est que Rebellin est l’un des seuls coureurs qui a été totalement blanchi!" (NDLR: en 2015 par le Tribunal de Padoue)

Financièrement, quelles ont été les exigences de Rebellin en signant avec Natur4ever-Sovac ? C’est un… bénévole?

"Nous sommes une équipe continentale non-professionnelle. Nous n’avons donc pas la possibilité de donner des contrats cyclistes professionnels. Les seules rémunérations qu’il va percevoir, comme les autres coureurs de l’équipe d’ailleurs, ce sont ses frais de déplacement! A cet âge-là, on ne roule pas pour l’argent. On roule pour le plaisir".

 

 

 

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK