Où est la limite entre la drague lourde et le harcèlement sexuel au travail ?

Wivine Wittouck demande des dommages et intérêts à un ancien collègue qu'elle accuse de harcèlement.
Wivine Wittouck demande des dommages et intérêts à un ancien collègue qu'elle accuse de harcèlement. - © RTBF - Flou

C’est la question posée ce lundi devant le Tribunal du travail de Namur. Une ex-employée de la Région wallonne, Wivine Wittouck (54 ans), réclame des dommages et intérêts à un ancien collègue. Elle l’accuse de harcèlement à caractère sexuel alors qu’ils travaillaient dans le même service, à l’écluse des Grands-Malades de Namur. Les faits se sont déroulés entre 2007 et 2012.

"C’est insidieux : ce sont des petits gestes déplacés, des cadeaux, des déclarations d’amour entre guillemets… Un jour il a essayé de m’embrasser. J’ai esquivé. Il pouvait aussi dire devant tout le monde qu’il voulait faire l’amour avec moi. Cela a duré cinq ans. Je n’ai rien dit. En fait, je ne me rendais pas compte que c’était pervers. Je voulais absolument me faire accepter dans ce milieu d’hommes. Puis, c’est mon corps qui a craqué. Je n’en pouvais plus. J’ai déposé plainte auprès de mon employeur."

Dans son service, où elle est la seule femme, certains de ses collègues n’admettent pas ou ne comprennent pas la démarche de Wivine Wittouck. "Ils me disaient : ce n’est pas du harcèlement, c’est pour rire. Mais moi, je me suis sentie agressée en tant que femme pendant toutes ces années."

L’auteur écarté du service après une enquête interne

Dans le cadre de l’enquête interne, la Région wallonne (SPW) a fini par reconnaître les faits de harcèlement et l’auteur a été transféré dans un autre service. Sans plus. A l’époque, Wivine Wittouck sombre dans une grave dépression nerveuse et fait une tentative de suicide. Avec le soutien de son mari, elle décide de déposer une plainte au pénal. Cette plainte débouche en 2017 sur un simple avertissement adressé par le Parquet de Namur au collègue indélicat. Il faut dire qu’entre-temps, celui-ci est lui-même tombé en dépression et qu’il est en congé de maladie de longue durée.

Le troisième épisode de ce triste feuilleton s’est poursuivi ce lundi devant le tribunal du travail de Namur. Pour l’avocate de la défense, "le profil collant, cajoleur, lourdaud, affectueux et le goût prononcé pour les blagues sexuelles de mon client n’en fait pas un harceleur pour autant". Et de s’interroger : "pourquoi Mme Wittouck n’a-t-elle rien dit pendant des années ?"

"C’est au contraire assez classique dans ce genre de dossiers, riposte Maître Steve Gilson, l’avocat de Wivine Wittouck. La dénonciation peut intervenir très longtemps après les faits. Voyez les affaires récemment médiatisées comme celle de Roman Polanski. Dans ce genre de matière, il faut tenir compte d’une attitude de déni dans le chef des victimes."

Le 20 janvier prochain, le tribunal du travail de Namur accordera ou non des dommages et intérêts à Wivine Wittouck, dont la vie est gravement perturbée depuis 2012 : dépression nerveuse, tentatives de suicide, hospitalisations en psychiatrie…

A l’entrée du tribunal, ce lundi matin, une vingtaine de femmes ont manifesté devant le palais de justice de Namur en signe de soutien à Wivine Wittouck. Bandeau noir sur les yeux, elles ont exécuté cette chorégraphie apparue au sein d’un mouvement féministe chilien, et qui est désormais reprise dans le monde entier.

 

 

 

 

 

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