Ottignies-Louvain-la-Neuve invite le repreneur des parkings privés à collaborer

Les tarifs des parkings gérés par MyPark sont jugés excessifs par les utilisateurs. L'opérateur privé estime pour sa part suivre les prix du marché. Reste à voir quelle sera la position du repreneur en matière de tarification.
Les tarifs des parkings gérés par MyPark sont jugés excessifs par les utilisateurs. L'opérateur privé estime pour sa part suivre les prix du marché. Reste à voir quelle sera la position du repreneur en matière de tarification. - © RTBF

L’exploitant privé des parkings payants de Louvain-la-Neuve s’apprête à passer la main. MyPark, propriétaire depuis 2005 des parkings Accueil, Grand-Place, Grand-Rue et Charlemagne, mais aussi gestionnaire d’une partie des parkings de l’UCLouvain et des Quais et Réserves sous la dalle, met en vente son patrimoine.

"A presque 70 ans, j’ai décidé de profiter de ma retraite et de revendre tous les parkings de ma société", explique Christian Bailly, administrateur délégué de MyPark. La vente concerne la totalité des sites du groupe. Soit les parkings MyPark de Leuven, Anvers, Bruxelles, Liège, Namur et Louvain-la-Neuve. Environ 8.000 emplacements au total en Belgique. Pour un chiffre d’affaires annuel de quelque 22 millions d’euros. "Les tractations sont en cours", précise Christian Bailly. "Plusieurs de nos concurrents sont intéressés par cette offre de reprise".

Le puzzle néolouvaniste

Stationner à Louvain-la-Neuve relève parfois du parcours du combattant. S’y retrouver dans l’offre de parking aussi. Entre les parkings privés appartenant (pour un certain temps encore) à MyPark, les emplacements de l’UCLouvain gérés par MyPark, les parkings réservés au personnel académique et/ou aux étudiants, les aires privées, les zones bleues de la Ville, le parking RER de la SNCB, les parkings "malins" (2ème couronne de la ville) et les places appartenant aux entreprises, il y a de quoi y perdre son latin. Difficile de donner un chiffre précis sur le nombre d’emplacements dans la ville. Certaines estimations font état de 10.000 places.

L’échiquier MyPark

En 2005, MyPark a repris une partie des parkings de l’UCL (rebaptisée aujourd’hui UCLouvain). Aujourd’hui, la société possède 1.755 places dans le parking Accueil, 1.000 places au Grand-Place, 470 dans le parking Grand-Rue et 209 au Charlemagne. Elle gère aussi environ 1.800 emplacements appartenant à l’UCLouvain, ainsi que les Quais et Réserves sous la dalle piétonne du centre. Il s’agit des quais pour le (dé)chargement de marchandises, les déménagements et la location de réserves de stockage. Au total, MyPark gère donc un peu plus de 5.000 emplacements à Louvain-la-Neuve.

Une gestion en question

Des tarifs trop élevés (2,30 euros/heure), une tarification mal répartie (1 heure 01 minute, c’est deux heures de parking à payer), un escalator souvent en panne (devant les cinémas), un ascenseur dysfonctionnel, des lecteurs de carte de paiement capricieux, des déchets sur les quais mal gérés,… voilà les principaux griefs dénoncés par les usagers. Bon nombre de commerçants, de clients et d’étudiants nous ont confirmé des griefs également dénoncés par les autorités locales de la Ville.

Pour la Présidente de l’Association des Habitants de Louvain-la-Neuve, Anne Quévit, l’opérateur privé a exagérément gonflé ses tarifs. "C’est un problème pour les commerçants et leurs clients. Des personnes risquent d’aller faire leurs emplettes ailleurs. Par ailleurs, même s’il y a des réductions prévues pour certains activités culturelles (cinéma, Théâtre Jean Vilar, Musées, Université des Aînés,…), les tarifs restent tout de même assez chers. Il y a un manque de dialogue et de concertation entre l’opérateur privé, l’UCLouvain, la Ville et les autres acteurs concernés. Il faut donc profiter du changement de propriétaire gestionnaire pour améliorer la situation. Il faut aussi réfléchir en termes de mobilité. Eviter le tout à la voiture."

Question de gestion

De son côté, le patron de MyPark explique que les tarifs appliqués aujourd’hui sont dans la moyenne des prix du marché. "Nous avions un passif à rattraper", précise Christian Bailly. "Au début de l’exploitation, nos tarifs étaient bas. Le client trouvera toujours que c’est trop cher. Je sais que les autorités locales critiquent notre gestion. Mais à Louvain-la-Neuve plus qu’ailleurs, les choses sont compliquées. Il faut tenir compte du marché, de l’avis de l’Université et de celui de la Ville". Question de point de vue ? Ou d’intérêt ? A l’heure où la passation de pouvoir se négocie en coulisses, la Ville entend en tout cas faire entendre sa voix.

Gérer en harmonie

"Passer du sentiment de parkings payants trop chers à celui de parkings facilement accessibles, confortables, sécurisés et à frais partagés de manière correcte", voilà en substance le message du Collège d’Ottignies Louvain-la-Neuve au (x) futur(s) repreneur(s).

"Il faut établir une meilleure collaboration entre les gestionnaires de parkings, les commerces, l’Horeca, l’Université et les opérateurs culturels", souligne l’échevin du commerce et de l’urbanisme, Cédric du Monceau. "Il faut améliorer la signalétique. Faciliter la vie aux visiteurs, par exemple en rebaptisant les parkings : P1, P2, P3,… comme dans d’autres villes. Une bonne gestion du parking doit rendre la ville plus attractive. C’est important pour les commerces, l’horeca et les visiteurs. Cela suppose, par exemple, d’éviter une tarification de 2 heures si on quitte le parking après 1 heure et une minute. Il faut aussi proposer des tarifs spéciaux aux heures creuses, en soirée, le dimanche et les jours fériés. Pourquoi ne pas lancer une carte spéciale ? Comme dans d’autres villes. Avec par exemple l’installation gratuite chez les commerçants d’un terminal dans lequel il suffirait de passer sa carte de parking pour obtenir la gratuité sur le parking."

Obligations à respecter

Un opérateur privé n’est pas libre de faire tout ce qu’il veut. C’est le deuxième message de la Ville au futur repreneur. "Il devra respecter les différents points du permis d’environnement", souligne Philippe Delvaux, échevin de l’environnement. "Nous voulons informer le futur exploitant. Notamment sur l’interdiction de stocker des produits dangereux. Ou sur la manière de gérer les déchets. Déposer des déchets à proximité du lieu de déchargement de denrées alimentaires destinées à l’Horeca est inacceptable. L’hygiène et l’entretien doivent être assurés. Il faut aussi veiller à ne pas laisser les égouts bouchés. D’où l’importance de relancer un Comité d’accompagnement. Il n’y a plus eu de réunion de ce genre depuis des années !"

Désenfumer sous la dalle

Les voitures circulant sous la dalle du centre-ville génèrent des gaz. Des fumées polluantes qui doivent être éliminées, pour des raisons évidentes de santé et de sécurité. Jusqu’il y a peu, l’aération naturelle grâce aux ouvertures latérales de la dalle était suffisante. Mais avec l’agrandissement de cette dalle de béton et le nombre croissant de véhicules, l’air circule moins bien. La qualité de l’air se dégrade. Notamment au niveau des voiries (publiques). Se pose alors la question du désenfumage. "Il va falloir installer des extracteurs de fumées. Pour assainir un anneau souterrain qui constitue la voirie wallonne la plus longue après le tunnel de Cointe. Cela va donc coûter cher. L’opérateur, l’UCLouvain, la Ville et la Région doivent discuter. La Région doit prendre ses responsabilités pour couvrir les frais". Et l’échevin de rappeler qu’il faut aussi envisager une solution globale pour une mobilité plus douce dans la ville.

Sécurité de la dalle

"Après l’accident du tunnel du Mont-Blanc, la législation a été renforcée. Les pompiers ont procédé à une série de vérifications. Notamment dans les tunnels sous-terrains de Louvain-la-Neuve", explique David Da Câmara Gomes, échevin en charge de la mobilité et des voiries.

"Les pompiers se sont rendus compte que les tunnels n’étaient pas du tout aux normes. C’est encore davantage le cas aujourd’hui, la dalle étant plus grande. En cas d’incendie, la dalle ne présente pas de résistance suffisante au feu. La remise aux normes va coûter une fortune. Le gestionnaire privé doit participer aux aspects sécuritaires et au désenfumage. A l’avenir, nous ne permettrons plus de gérer les parkings dans le seul but de faire du profit, sans tenir compte de tous les autres aspects".

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