Noir jaune blues, et après? A Embourg: "On ne nous fait pas assez confiance! On est ouvert au dialogue..."

"Noir Jaune Blues, et Après ?...", l'opération menée en collaboration avec le journal Le Soir, se poursuit cette semaine, à Embourg, dans la commune de Chaudfontaine. L’une des communes les plus aisées de Wallonie. Dans un environnement aussi privilégié, tout près de Liège, comment vivent les jeunes ? Quelles sont leurs questionnements ? Quelle place leur accorde-t-on ?

Les jeunes à Embourg ne sont pas les bienvenus, lorsqu’ils font du bruit. Là où ils se rassemblent pour s’amuser, des voisins se plaignent d’eux.

Sur la place André Musch, la seule place d’Embourg, les jeunes s’y font désormais discrets. C'est là qu’autrefois, ils pouvaient se rassembler. Mais le succès était tel, que les voisins ont porté plainte pour tapage nocturne. "Ils étaient fort nombreux, raconte l’une des bibliothécaires de la place Musch. Ils apportaient des casiers de bières, ils montaient sur les tables et parfois, ils les détruisaient… Il y a eu aussi des petits soucis de drogue".

Une pétition aurait même été remise au Bourgmestre pour que ce tapage nocturne cesse, enfin. Conséquences, disent les témoins interrogés, les tables qui avaient été aménagées sur la place Musch ont été retirées. Selon la police, c’est parce qu’elles étaient 'en mauvais état'.

Nous avons retrouvé ces jeunes. Ils ont entre 19 et 21 ans. Désormais, ils se réunissent dans un parc avec un sentiment d’incompréhension. "Ils se plaignent vraiment vite ! déplore l’un d’entre eux. Ils se plaignent même en journée, alors qu’on ne fait rien de mal. On met de la musique, on parle…".

"Les jeunes ici sont mal vus, ajoutent-ils, on a l’impression de déranger. Les gens d’Embourg ont une mentalité huppée…". Ces jeunes, conscients de leurs privilèges, aiment vivre à Embourg. Seulement, ils ne font pas 'comme les autres'.

Des protestations, il y en a aussi autour du Club de Hockey. Le Hockey club d’Embourg existe depuis une trentaine d’années. Il compte plus de 300 adhérents. Mais il y a deux ans, la Commune lui a octroyé un terrain. Les voisins ne sont pas d’accords. Ils se plaignent de nuisance sonore et de pollution lumineuse, le soir. Un procès en appel, est en cours.

Reste alors, les mouvements de jeunesse ? Et bien, là aussi, une voisine a porté plainte pour nuisance sonore. Résultat, les chefs scouts n’ont le droit d’organiser que deux soirées par an, au Kitsch. Un petit bar improvisé dans leurs locaux. C’est là qu’ils se réunissent tous les samedis, jusqu’à 21h. Pas plus tard. Les chefs sont un peu déçus. "Il est vrai qu’on a connu des soirées bruyantes, mais pour éviter tout débordement, on a mis en place un comité, ‘le comité du Kitsch’", expliquent Olivier Brundseaux et Olivier D’Huart, chefs scouts, âgés de 20 ans. On continue de nous imposer des restrictions, le règlement communal nous oblige de fermer à 22h, alors que dans les faits, ça se passe bien. On devrait nous autoriser à rester plus longtemps ".

Les jeunes à Embourg ne sont donc pas les bienvenus, lorsqu’ils font trop de bruit. Par contre, ils ont l’embarras du choix pour étudier. Cinq écoles primaires pour seulement 8000 habitants, et une école secondaire, l’école catholique du Sartay. Elle accueille plus de 600 élèves. Sa mission, préparer la jeune génération aux grandes écoles.

"Ce n’est pas une école élitiste, explique Alexandre de Bal (5ème année) mais c’est une bonne école. Tous ceux qui ont passé l’examen d’entrée en médecine, l’ont réussi". "C’est certain, notre avenir est bien tracé, souligne Florence Lina (6ème)".

Un avenir tracé, des études réussies… C’est peut-être ça la priorité. La majorité des parents placent la réussite au premier plan.

"Je trouve que les jeunes de 18 ans et même encore plus tôt, subissent déjà une forme de pression, déplore Olivier Grandjean, père de trois enfants. "Une pression sociale, avec une exigence de réussite. Je pense que le bonheur c’est avant tout de pouvoir s’épanouir et d’avoir pu faire quelque chose qui correspond bien à ses attentes".

'S’épanouir'... 's’exprimer', c’est finalement ça qu’attendent les jeunes d’Embourg. Pour eux, la vie ne tourne pas seulement autour des bancs d’école. Ils veulent aussi se faire entendre. "On est ouvert à un dialogue, avec les voisins, avec la Commune, avec le staff d’unité… expliquent Olivier Brundseaux et Olivier D’Huart. C’est dommage qu’on ne nous implique pas davantage dans les décisions et les réflexions communales à ce sujet. On ne nous fait pas assez confiance ! A Embourg, il manque réellement un endroit destiné aux jeunes".

La Commune, elle, dit avoir un projet d’agora sportif, mais le projet a pris du retard… En attendant, le défi pour les jeunes d’Embourg reste un lieu pour se réunir. Et pour éviter d’être à nouveau chassés par le voisinage, la solution est de sortir à Liège.

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