"Ok boomer", l'expression qui cristallise le conflit entre les générations

L'expression "Ok boomer", le cristal d'une mésentente générationnel ?
L'expression "Ok boomer", le cristal d'une mésentente générationnel ? - © mème reddit

L’expression "OK Boomer" – à lire entre les lignes : "cause toujours, baby-boomer" - prend de l’ampleur chez les jeunes. La tirade est d’abord utilisée dans les pays anglo-saxons pour traduire l’agacement de la nouvelle génération face aux "vieux" qui semblent mépriser leurs angoisses, notamment sur le changement climatique.

À présent, l’expression contamine les autres pays, pour devenir tout doucement, le slogan d’une jeunesse incomprise par ses aînés.

"Ok Boomer !"

Début novembre, dans un plaidoyer devant le parlement néo-zélandais, Chlöe Swarbrick, une jeune députée de 25 ans, défend l’urgence de la lutte contre le réchauffement climatique.

Un collègue député croit alors bon de huer sa prise de parole. La jeune femme prononce alors un cuisant "Ok boomer".

"Mon commentaire devant le parlement symbolisait l’épuisement collectif de plusieurs générations. C’était une réponse – comme il est d’usage de le faire – à du chahut dans une chambre parlementaire qui empêche actuellement beaucoup trop de gens de s’engager dans la politique", s’est expliquée la députée dans les colonnes du Guardian.

Les Millenials (nés entre 1980 et 1995) et Generation Z (nés après 1995) sont confrontés aujourd’hui, ce sont leurs mots, à un marché du travail ultra-compétitif, des prix du logement et de la vie qui flambent et vivent dans l’optique d’un réchauffement climatique de plus en plus tangible.

Pour Tom Hirschl, professeur de sociologie à l’université Cornell, interrogé par l’AFP, derrière l’expression "OK boomer", une image s’impose : celle de la Suédoise Greta Thunberg, membre de la Génération Z. Cette jeune activiste qui, âgée de 16 ans, a poussé des centaines de milliers de jeunes à manifester pour le climat à travers le monde, mais est régulièrement raillée par des gens plus âgés, sur Twitter notamment.

Toutefois, sur internet, l’expression est très vite devenue un mème souvent utilisé hors de son contexte.

Les conflits entre générations ont toujours existé

Le sociologue Guy Bajoit explique ces mésententes par le contexte culturel différent dans lequel ont grandi les générations. "Les croyances qui, hier, donnaient du sens aux conduites, perdent progressivement de leur crédibilité, alors que celles qui sont porteuses d’un sens nouveau sont peu à peu en train de s’installer dans les mentalités et de se généraliser", explique le sociologue.

En d’autres termes, les principes fondateurs des bons comportements à adopter en société se transforment à travers le temps. Le monde culturel occidental dans lequel évolue la génération Z n’est pas le même que celui qui a vu grandir ses parents ou grands-parents. Les contextes référentiels ne sont donc pas tous identiques : la perception de certains faits d’actualité peut varier.

Par exemple, dans le courant du vingtième siècle, pour les sociétés industrielles, "le progrès" constituait l’un des principes directeurs de la société partant du principe que les sociétés industrielles valorisaient le bien-être matériel de leurs membres, en tirant de la nature, les biens nécessaires à l’amélioration de leurs conditions de vie. "Ces sociétés croyaient que le progrès – demain sera meilleur qu’hier – résulterait de cette maîtrise de l’humain sur le naturel."

Or, aujourd’hui, la science a parlé. Cette économie du progrès prônée par les sociétés industrielles ne peut pas perdurer dans le temps et menace notre qualité de vie. "Hier tout ce qui pouvait être considéré comme progrès était reçu comme évidemment bon. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, pour deux raisons : l’une écologique, l’autre éthique… Il ne s’agit pas de renoncer au progrès mais de le critiquer, d’en faire voir les limites, de lui faire rendre des comptes, de le mettre au service de quelque chose de plus important, donc de plus ultime que lui".

Les contemporains de 2019 veulent donc un nouveau rapport avec la nature : de préservation et de protection. Cela ne concerne pas nécessairement les générations mais cristallise les différentes perceptions – entre peut-être – certains individus issus du baby-boom et cette nouvelle génération bercée par les réseaux sociaux.

Après la Génération Z, la Génération Alpha…

Léa Rochford dans un essai dresse le profil des générations actuelles qui coexistent dans nos sociétés occidentales.

Les baby-boomers sont nés entre 1945 et les années 1960, ils ont vécu les Trente Glorieuses, mai 1968 et l’emploi pour tous.

Elle sera suivie par la génération X, caractérisée par un enfant dont les deux parents travaillent, un enfant qui regarde la télé, qui commence à utiliser l’ordinateur mais, qui connaît le premier le chômage de masse.

Ensuite, les X sont remplacés par les Y (ou millenials): des enfants nés entre 1980 et 1995. Ils sont ce que l’on appelle les "Digital Natives", connectés en permanence.

Les repères traditionnels comme l’église, l’armée, la famille s’estompent petit à petit face au monde qui se connecte rapidement. L’apparition des réseaux sociaux crée l’actuelle génération Z. Leurs valeurs sont incarnées par l’horizontalité, l’échange, la collaboration…

Et puis ? Un nom a déjà été trouvé, ce sera Alpha. Caractérisée peut-être par son rapport aux objets connectés. Ils sont nés après 2010.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK