Numéros Inami: un quart des nouveaux médecins diplômés de l'étranger

Le centre Epicura compte une dizaine de médecins étrangers
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Le centre Epicura compte une dizaine de médecins étrangers - © Vinciane Votron

Les étudiants de médecine crient victoire: les quotas sont jugés illégaux par le Conseil d'Etat. Un soulagement pour ceux qui avaient été recalés au concours. Sur les 1112 personnes qui avaient présenté le concours, seuls 582 avaient été autorisés à poursuivre leurs études de médecine en 2ème baccalauréat.

Pratique discriminatoire

Ces quotas imposés font référence aux numéros Inami délivrés à la fin des études de médecine.

L'an dernier, sur les 1715 médecins qui ont reçu leur numéro Inami, 388 ont un diplôme étranger; soit 23% des nouveaux docteurs. Les médecins venus de l'étranger obtiennent directement leur numéro Inami, sans passer de présélection. C'est le principe de la libre circulation des personnes. 

Cela a toujours existé, mais cette année, les chiffres sont en nette augmentation: près d'un quart des nouveaux médecins, alors qu'auparavant cela tournait autour des 15%. Pour Marc Moens, le président de l'Absym, le syndicat médical, cette pratique est discriminatoire: "C'est décevant pour nos jeunes. Ces médecins étrangers entrent en concurrence avec nos jeunes médecins. C'est-à-dire que ces médecins étrangers ont un diplôme de l'étranger, très souvent de la Roumanie par exemple, de la Pologne etc. Et ils n'ont pas besoin d'un examen d'entrée comme les étudiants flamands, ni d'un tri après la première année comme les francophones". 

Inversement, les Belges qui partent exercer à l'étranger sont assez peu nombreux: "Il y a quelques Flamands par an qui s'installent aux Pays-Bas. Il y a quelques dizaines de médecins francophones qui s'installent en France, par exemple, surtout en radiologie et en anesthésiologie. Mais c'est tout, c'est une trentaine, une cinquantaine au maximum par an. Mais l'an dernier, c'est presque 10 fois plus, près de 400 qui sont entrés en Belgique."

Une situation paradoxale que le syndicat médical dénonce. 

Parler le français

Dans les hôpitaux, les médecins étrangers sont de plus en plus nombreux. Dans le hall d'entrée de l'hôpital d'Hornu, un tableau affiche le nom des médecins, par spécialité. Ils sont 450 à travailler dans ce centre hospitalier qui regroupe plusieurs sites (Hornu, Baudour et Ath). Parmi eux, une dizaine sont diplômés d'une université étrangère, mais ils maîtrisent le Français. C'est une exigence du directeur général d'Epicura, Francois Burhin: "Comme nous parlons français, ce sont principalement des médecins originaires de pays où le Français est la première où la deuxième langue: le bassin méditerranéen, l'Espagne, le Portugal, la Roumanie et alors, les pays d'Afrique du Nord, parlant le Français: le Maghreb et le Liban. Ca me paraît indispensable de maîtriser la langue pour la relation avec le patient. Je ne vois pas très bien comment on pourrait travailler avec des médecins qui ne maîtrisent pas le français."

Médecins à temps partiel

Gériatres, psychiatres, les disciplines en pénurie ont le plus recours à ces médecins venus de l'étranger. La société change et la pratique médicale aussi. Le directeur de cet hôpital pointe deux éléments: "Un médecin aujourd'hui n'accepte plus de travailler dans des conditions dans lesquelles les médecins travaillaient il y a 20 ou 30 ans et qui étaient, d'une certaine façon, corvéables à merci, dévoués à une institution, disponibles 7 jours sur 7 et 24h sur 24." D'ailleurs, sur les 450 médecins du centre hospitalier, 50% d'entre eux travaillent à temps partiel. "D'autre part, l'hôpital lui-même a des besoins qui évoluent : une sur-spécialisation au niveau des médecins qui sont recherchés, l'étoffement des équipes et des besoins de plus en plus exigeants en terme d'urgence qui font que les charges de travail augmentent et que, il est difficile alors de dédier 100% de son temps à l'hospitalisation. On a envie quand on est médecin d'avoir une activité peut-être un peu plus diversifiée : des consultations et de l'hospitalisation."

Agences spécialisées

Pour recruter les médecins étrangers, les hôpitaux font appel à des agences spécialisées dans ce domaine. Elles mettent en contact les hôpitaux et les candidats. Une pratique assez courante, selon le directeur général de cet hôpital: "Nous les choisissons sur base de relations que nous avons avec certaines sociétés qui se sont spécialisées dans ce type de marché et qui font elles-mêmes les premiers scannings des médecins disposés à venir exporter leurs compétences dans notre pays."

La crise économique des pays européens a des conséquences sur cette affluence de médecins étrangers: "La Grèce est d'ailleurs un des pays exportateurs de médecins pour des raisons de destruction de son secteur de santé, du secteur public plus généralement, qui rendent les conditions de travail là-bas, extrêmement difficiles", analyse le directeur médical. Souvent, ces médecins arrivent en famille. Les couples exercent des disciplines médicales différentes: "Ils émettent parfois des conditions à leur engagement: que l'on trouve également un emploi à leur conjoint ou conjointe". Les agences de recrutement, elles, s'occupent également de la régularisation de leurs papiers.

Examen de langue approfondi

L'Absym entend bien faire pression sur la Ministre Maggie De Block, en charge du dossier. Selon le président de l'Absym, le niveau des diplômes n'est pas toujours équivalent: "Les diplômes délivrés dans toute l'Union européenne sont considérés comme des diplômes égaux, mais nous savons très bien que parfois un diplôme du Sud ou de l'Est de l'Europe n'est pas tout à fait la même chose qu'un diplôme de nos jeunes Belges ou Français ou Néerlandais. Il y a quand même des différences." Même chose en ce qui concerne la maîtrise de la langue: "On ne peut pas faire une anamnèse correcte à une personne si on ne sait pas s'exprimer correctement dans la langue de la patientèle. C'est clair pour nous. C'est un danger". Pour éviter cet écueil, l'Absym propose de faire passer des examens de langue plus stricts: "Pour l'instant, ce sont des examens extrêmement faciles, tout le monde peut le passer." En Flandre, le problème est assez criant. Très peu de médecins étrangers maîtrisent la langue de Vondel.

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