Nova Mons : polémique autour d'un projet immobilier qui s'étend sur l'espace public

Une ville ou une commune peut décider de désaffecter et de mettre en vente des espaces publics : des trottoirs, des rues et même des places. C’est ce que va voter ce jeudi soir le conseil communal de Mons : la désaffectation de voiries situées au cœur même de la ville. Il s’agit de la place de Bootle et des voiries qui l’entourent. Pourquoi effacer ces rues et cette place de l’espace public ? "la Ville entame ce qu’on appelle un décret voirie, c’est-à-dire une modification des voiries publiques, c’est la conséquence d’une demande faite par un promoteur qui souhaite établir son projet sur davantage que ce que sa propriété lui permet de faire aujourd’hui" explique Maxime Pourtois, l’échevin montois de l’urbanisme. Une fois les voieries désaffectées, elles peuvent être vendues "soit à une institution publique, soit à un riverain, ce qui sera le cas puisque le promoteur a acquis les bâtiments voisins".

Le projet Nova Mons, est en effet porté par deux promoteurs immobiliers basés en Flandre (les sociétés ION et Kumpen Red). Leur projet vise un quartier situé à quelques mètres de la Grand-Place de Mons. Entre la rue du Miroir, l’église Sainte-Elisabeth, le gouvernement provincial et la rue de la Raquette, bordée de maisons anciennes. Dans ce périmètre, les promoteurs ont déjà acquis un ensemble de bâtiments construits autrefois par Belgacom. Des constructions imposantes qui ont autrefois défiguré ce quartier historique. Si la ville cède également les voieries voisines aux nouveaux acquéreurs, ils disposeront d’une vaste surface sur laquelle ils projettent de construire 7 immeubles à étages. Un ensemble comprenant des appartements, des bureaux, un peu de commerce, un appart-hôtel et en sous-sol, un vaste parking en partie accessible au grand public.

Mons, ville à vendre ?

Le volume, la hauteur et la disparition de l’espace public inquiète un collectif de citoyens réunis sous le nom de "Cœur urbain de Mons". Depuis des mois, ils interpellent les Montois via les réseaux sociaux et par des affiches apposées sur les fenêtres des maisons du quartier. "Ville à vendre", c’est leur slogan, expliqué par l’un d’entre eux, l’architecte Etienne Poulet : "l’espace public va être vendu pour implanter des tours" dénonce-t-il, "plusieurs immeubles qui vont culminer à R+8, donc à 9 niveaux hors sol, c’est beaucoup plus haut que le bâtiment Belgacom existant, déjà très imposant dans le quartier. Evidemment, tout le monde est d’accord qu’il faut faire quelque chose à cet endroit, que ramener du logement en centre-ville et réaménager l’espace public, c’est une bonne chose mais ici, il n’y aura plus d’espace public. Ce ne sont que des trottoirs élargis, certaines zones plantées mais on ne sait pas bien comment ça va survivre à l’ombre de ces hauts bâtiments".

L’échevin de l’urbanisme conteste cette lecture du projet, pour lui, les citoyens montois perdent certes la place de Bootle mais ils pourront bénéficier d’un espace vert qui leur restera accessible sur le nouveau site privé: "en réalité, la parcelle que l’on vend est inférieure à celle dont pourra bénéficier le public montois, il y aura donc plus d’espace pour le public que ce qu’on connaît aujourd’hui".

Etienne Poulet est dubitatif : "avoir un espace de respiration dans ce quartier densément bâti, c’est une bonne idée mais ce qui est proposé par le projet, c’est le contraire. Rien n’a été pensé pour dessiner de l’espace public et puis ensuite implanter des bâtiments, ici on fait l'inverse: on implante des bâtiments en partie sur de l’espace public, en partie sur de l’espace privé et ce qui reste, le promoteur et le collège essaient de nous faire croire que c’est de l’espace public mais la plupart des espaces résiduels sont des servitudes, des trottoirs, ce ne sont pas des places, ce ne sont pas des parcs…".

Après le volet voiries, on parlera d’architecture

L’échevin de l’urbanisme insiste. Pour lui, ce projet est une "opportunité en or": "il y a une volonté d’un investisseur qui est prêt à dépenser des dizaines de millions d’euros dans la requalification d’un quartier qui en a grandement besoin. Et je trouve dommage qu’on entende uniquement des avis de contestataires et trop peu les voix de ceux qui saluent le redéploiement d’un quartier qui en a tant besoin".

L’enquête publique sur ce projet Nova Mons, a recueilli 61 réclamations. Parmi les remarques communiquées, beaucoup concernent les gabarits des immeubles.

Sur ce point, l’échevin Pourtois ne veut pas encore débattre : "Pour l’instant, il est question des voiries, le projet architectural peut encore évoluer" précise-t-il. "L’avis sur l’urbanisme ne sera donné par la ville que fin septembre, début octobre".

In fine, c’est la Région wallonne qui tranchera puisque c’est ce niveau de pouvoir qui délivre le permis unique (environnement et urbanisme).

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