"Nous ne sommes pas des poubelles", le rappel du secteur de la seconde main

"Nous ne sommes pas des poubelles", le rappel du secteur de la seconde main
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"Nous ne sommes pas des poubelles", le rappel du secteur de la seconde main - © Tous droits réservés

2020 aura été l’année des grands tris. Armoires, caves, greniers, abris de jardin : tout y est passé, pendant le confinement. Les organismes de seconde main le ressentent. Mais "donner" n’est pas "se débarrasser". Les sacs, de vêtements notamment, contiennent plus de déchets que d’habitude. Une perte de temps pour les bénévoles. Un manque de considération aussi, estime le secteur.

A la Croix-Rouge d’Houdeng-Goegnies, dans l’entité de La Louvière, l’équipe de tri a rendez-vous deux jours par semaine, le mardi et le jeudi. "Avant c’était tous les jours", précise Chantal, l’une des bénévoles. "Mais les mesures sanitaires nous limitent. Si nous trions pendant que la boutique est ouverte, alors nous sommes trop nombreux dans le bâtiment". Avec Aïcha et Pina, elle trie sans relâche, toute la journée. Il y a du beau, du très beau. "Ces deux manteaux sont ma-gni-fi-ques ! Des manteaux en fourrure !", s’exclame Aïcha. Parfois, c’est "la cata". "Ohlala, nous avons déjà eu des vêtements pleins de boue. D’autres mouillés, moisis… Des pampers usagés, aussi ! C’est sympathique". La dernière "trouvaille", c’est un vêtement piqué d’aiguilles. "Apparemment la personne avait commencé à le recoudre, puis elle a changé d’avis…c’est dangereux pour nous aussi…".
 

Chantal avoue être un peu dépitée. "Je me demande à quoi pensent certaines personnes, quand elles donnent !" "Nous ne gardons que le nickel nickel ! Juste ce qui peut être réutilisé", insiste Aïcha.Sur le sac qu’elles viennent d’ouvrir, 20% seulement termineront à la Vestiboutique. C’est la moyenne! 4 vêtements sur 5 sont exclus.

Amedeo Micelli, le président, nous emmène à l’extérieur, où se trouvent plusieurs endroits de stockage. "Celui-ci, c’est pour les quarantaines. Nous laissons les sacs reposer 72 heures avant d’y toucher. Celui-là, c’est pour les vêtements que nous ne reprenons pas". Une montagne de sacs s’entassent dans le petit hangar. "Déjà une tonne, une tonne deux sans doute… Depuis le 6 décembre !" précise Amedeo. "C'est énorme!" Quelle est la suite du voyage pour ces sacs ? "Un camion de Terre vient les charger, et les emmène chez eux, où un nouveau tri a lieu".
 

"Nous avons deux centres de tri", explique Geneviève Godart la porte-parole. Les critères sont différents. Terre a d’autres filières pour ses vêtements, comme l’export notamment. Néanmoins, près d’un cinquième des vêtements est là aussi qualifié de rebut. "Cette proportion augmente d’année en année". Comment l’expliquer ? "La qualité moyenne des vêtements a tendance à diminuer. On parle de vêtements kleenex, fabriqués et vendus à bas prix, et qui, après quelques lavages se déforment. S’ajoute à cela le réflexe de la vente en ligne, sur différentes plateformes, qui se répand. Quand un vêtement arrive chez nous, il a souvent eu 4 ou 5 vies…" Les "dons-poubelles" ont-ils encore augmenté en cette année "confinée"? Trop tôt pour le dire, chez Terre les chiffres ne sont pas disponibles (Ndlr: d'autres associations nous ont dit que oui...) Mais pour Geneviève Godart, une prise de conscience est nécessaire. " Si vous voulez donner un vêtement parce qu’il est trop petit pour vous, parce qu’il ne vous plaît plus, bien sûr, vous pouvez toujours aller à la bulle. Mais si ce vêtement est taché, abîmé, troué, ou trop ancien… Mettez-le à la poubelle !"

Dans cet organisme, on s'attend à des comptes 2020 en forte baisse. "L’année a été très difficile : coup de frein des ventes en magasin, coup de frein des exportations". L’explosion des dons a entraîné des surcoûts également. "Nous avons dû louer deux entrepôts supplémentaires, pour tout stocker. Ils sont toujours pleins à craquer". Par contre, les subsides promis pour aider l’asbl ne sont toujours pas arrivés.

Pourquoi tant de dons?

Dans toutes les associations que nous avons contactées, les quantités récoltées en 2020 sont supérieures à celles des années précédentes. Les bénévoles avancent plusieurs explications à cela.

Le confinement a donné des envies de tri à de nombreux particuliers. "Il y a eu des décès aussi, malheureusement", ajoute Chantal. "Des familles endeuillées nous amènent les affaires d'un proche". Enfin, à l'approche des fêtes de fin d'année, un regain de solidarité peut se manifester, et générer un afflux de dons. Certaines associations se soutiennent mutuellement, pour que les quantités s'équilibrent un peu. "Nous recevons souvent des vêtements en très bon état. Nous avons de la chance. Alors quand nous avons trop de stock, nous en faisons profiter d'autres associations qui reçoivent moins, ou de moindre qualité", conclut Marianne, bénévole chez Oxfam à Jemappes.

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