Non, les migrants n'obtiennent pas plus rapidement un logement social

Parti de Syrie à pied avec sa fille porteuse de handicap, Hassan parle de souffrance quand il évoque sa recherche de logement.
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Parti de Syrie à pied avec sa fille porteuse de handicap, Hassan parle de souffrance quand il évoque sa recherche de logement. - © Tous droits réservés

Qui n'a jamais entendu ou prononcé cette phrase ? "Pour nous les Belges, c'est compliqué mais pour les étrangers, on leur donne tout sur un plateau d'argent." Cette croyance est tellement répandue que vouloir la remettre en question c'est presque forcément passer pour un gauchiste bobo engagé dans une lutte politique. Et pourtant, un rapide travail de vérification permet de démonter ce cliché. D'abord des exemples. Première rencontre avec Hassan Alyounes. Il vit dans une tour de logements sociaux à Montigny-sur-Sambre en bordure de Charleroi. Ah ben voilà la preuve ! Il est syrien et il a un logement social. Oui mais après un voyage difficile, il a dû attendre trois ans avant de l'obtenir.

"Nous sommes partis de Syrie à pied avec notre fille âgée d'un an à l'époque. Elle est porteuse de microcéphalie." Une malformation lourdement handicapante. "A notre arrivée en Belgique, nous avons été accueillis dans un centre Fedasil près de la frontière française. Ensuite, c'est là que les souffrances ont commencé. Nous avons cherché un logement pendant longtemps pour finalement trouver un petit appartement à Jumet. L'horreur, il n'y avait même pas de chauffage. Il nous a fallu attendre trois ans avant d'arriver enfin ici." Et si Hassan n'a pas dû attendre encore plus longtemps c'est en raison des déficiences de sa fille. Un handicap, c'est trois points de plus à la Sambrienne. C'est sinistre mais c'est comme ça que ça marche. Son origine n'a rien changé.

C'est dans un clapier à poules de Farciennes que Daniel, lui, attend depuis des années. D'origine turque, il vit dans 10m2. Entre le lit, le sofa, la cuisine sommaire et la télévision, il ne reste presque plus d'espace pour se déplacer. Il attend son logement social depuis trois ans. "Et non, aucune idée de quand ça pourrait se débloquer. J'aimerais bien que ça ne dure plus trop. Ici c'est beaucoup trop petit. Mais avant j'étais à la rue alors je suis content." Mais Daniel risque d'attendre encore. Il n'a pas beaucoup de points de priorité dans son dossier. Et dans son cas comme dans tous les autres, son origine n'y changera rien.

Priorité aux sans-abris oui, mais aucune priorité pour les migrants

Du côté de la société de logement social La Sambrienne à Charleroi, on confirme que ce cliché, on l'entend tous les jours. Que les étrangers passent devant tout le monde (enfin devant tous les Belges). Fadel Azouzi, un des responsables, s'étrangle en essayant de répondre. "Il n'y a pas d'autres critères que ceux liés à la situation sociale (revenus, logement,...) et à la situation familiale (nombre d'enfants, handicap,...). L'origine n'entre pas en ligne de compte. Et c'est un logiciel qui calcule les points pour ensuite déterminer l'ordre de priorité. Il y a par exemple des points de priorités si vous êtes sans-abris mais rien de plus si vous êtes Congolais, Syrien ou Marocain."

Même discours au CPAS de Charleroi et dans les associations qui accompagnent les migrants. Trouver un logement est même plus compliqué quand on vient de loin. Il y a les discriminations, les incompréhensions, les chocs culturels. Hassan est content d'avoir quitté la Syrie mais son objectif c'est à terme de quitter son logement social. "Les voisins ne comprennent pas notre situation et se sont montrés très frileux face à notre arrivée. Surtout envers notre fille. Je suis des cours de français et des formations. Et un jour on partira d'ici. Pour trouver mieux."

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