Non, le latin n'a pas dit son dernier mot

Non, le latin n'a pas dit son dernier mot !
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Six cent cinquante rhétoriciens de l'enseignement libre ont participé ce mercredi à un concours de version latine à l'université de Namur. Sulpicius cum aliqua perueniendi ad Marcum Antonium spe profectus est, nulla reuertendi. Etcaetera... C'est l'histoire d'un certain Sulpicius, un homme politique romain, contemporain de Jules César et Cicéron, qui a donné sa vie à la chose publique, la res publica, comme on disait à l'époque.

Les élèves, venant des quatre coins de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ont découvert la version à 10h du matin. Ils avaient trois heures pour traduire un texte de Cicéron. Le dictionnaire était autorisé.

"Je n'aime pas trop faire des versions, mais j'aime bien l'histoire, le culture... confie Sybille, du collège Christ-Roi d'Ottignies. Pour moi, la traduction permet de découvrir l'histoire".

"Ce qui m'intéresse, renchérit Leima de l'institut Saint-Dominique de Schaerbeek, c'est ce qui est derrière le texte, la civilisation".

"On peut gagner un voyage à Rome, sourit Adam du collège Saint-Michel d'Eeterbeek.

"J'aime bien le latin, explique Tom du collège Saint-Louis de Namur. C'est difficile, mais quand on aime l'histoire, cela passe plus facilement. Au cours d'histoire, on traverse toutes les périodes de manière superficielle, tandis qu'avec le cours de latin, on approfondit une seule période, l'Antiquité, durant 6 ans."

Un outil pour la diversité culturelle

Pour Dominique Longrée, professeur de linguistique latine à l'université de Liège et membre du comité scientifique du concours, l'intérêt d'apprendre le latin dépasse l'enjeu d'une meilleure connaissance de la langue française ou même de notre histoire. "Le latin est un instrument de pensée. Il apprend à traduire, à passer d'un code linguistique à un autre, ce qu'on ne fait pas beaucoup avec les langues vivantes. C'est aussi un instrument d'intégration sociale car tous les élèves, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur langue maternelle, sont confrontés à la même démarche. C'est aussi un instrument de diversité culturelle. Certes le monde romain ne nous est pas inconnu, ce sont nos racines, mais les valeurs y étaient très différentes de nos valeurs actuelles. Le latin apprend aux étudiants à envisager d'autres valeurs que les nôtres".

La latin à nouveau obligatoire ?

Le pacte d'excellence envisage de rendre le latin à nouveau incontournable pour tous les élèves du premier degré de l'enseignement secondaire, jusqu'à 15 ans. Pour Dominique Longrée, c'est une très bonne chose. "Mais il ne faut pas enseigner le latin de la même manière à tout le monde, prévient-il. Il faudra faire preuve de souplesse et de créativité pédagogique".

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