Noir Jaune Blues et après? Malmedy, carnet de bord de cinq jours en immersion

De nombreuses alternatives dans le domaine de l’énergie, de l’agriculture et de la consommation sont en train d’éclore dans Malmédy et sa région. Une façon différente de voir la ville comme celle que partagent les membres de la Maison des Jeunes. On y organise de nombreuses activités comme des voyages et des concerts.
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De nombreuses alternatives dans le domaine de l’énergie, de l’agriculture et de la consommation sont en train d’éclore dans Malmédy et sa région. Une façon différente de voir la ville comme celle que partagent les membres de la Maison des Jeunes. On y organise de nombreuses activités comme des voyages et des concerts. - © Mathieu GOLINVAUX - LE SOIR

"Noir, Jaune, Blues et après ?", épisode 6. Cette fois, nos équipes mettent le cap sur Malmedy, en province de Liège.

Jour 5: des traces du passé germanophone

Dernier jour de notre immersion à Malmédy. Nous avons rencontré Béatrice Willems, Cécile et sa maman Betty Feyen. Installées ici depuis très longtemps, elles font partie des 8% de germanophones (chiffre estimé) qui vivent dans cette commune à facilités.

La grande majorité de ces citoyens " minoritaires " sont parfaits bilingues et sont parfaitement intégrés à la vie sociale et culturelle de la ville. Mais ils parlent encore l’allemand à la maison et dans certains commerces.

"La ville a été annexée pendant un siècle par la Prusse et n’est devenue belge qu’en 1920. Presque toutes les familles malmediennes ont connu un arrière grand-père allemand. Si la ville est restée farouchement wallonne, y compris pendant l’occupation nazie, il subsiste des traces de ce passé germanophones dans le vocabulaire local et dans les mémoires", explique Léon Halleux, président du Cercle d’histoire de la région "Malmedy folklore".

Malmedy une ville ente deux mondes, préservée et centrée sur elle-même, mais qui cultive un sens de l’accueil extraordinaire. Noir Jaune oui ! Mais pour le blues, c’est raté ...

Jour 4 : le sous rire

Jusqu’ici, nous avons découvert Malmédy sous sa facette la plus traditionnelle : celle du folklore et des cafés populaires. Lors de ce quatrième jour, c’est à la rencontre des mouvements alternatifs que nous sommes allés. Autour d’une truite élevée dans la région, nous avons fait la connaissance de Catherine Dutilleux, une anesthésiste qui a créé avec plusieurs amis, une monnaie locale: le sous rire! Une monnaie qui permet à ceux qui s’en procurent d’acheter des produits et des services locaux. L’objectif? Se détacher de l’euro et des systèmes commerciaux traditionnel pour favoriser l’économie locale et les circuits courts.

Et ça marche! En à peine six mois, il y a déjà 10 000 sous rires en circulation. De nombreuses alternatives dans le domaine de l’énergie, de l’agriculture et de la consommation sont en train d’éclore dans Malmédy et sa région. Une façon différente de voir la ville comme celle que partagent les membres de la Maison des Jeunes. On y organise de nombreuses activités comme des voyages et des concerts. On y cultive à la fois le respect de l’autre et l’amour de sa ville. Car même si on lui porte un regard différent, la conclusion est toujours la même : on aime Malmédy et on s’y sent bien, et vive le carnaval ! 

Jour 3 : le Cwarmé

Pour ce troisième jour d’immersion, il nous faut évoquer un sujet qui agite et préoccupe toute la ville (ou presque ) : le Cwarmé. Surtout ne dites pas que c’est un carnaval rhénan ! Nous sommes ici en Wallonie et depuis presque toujours. Car même durant les périodes d’occupation, par les Prussiens d’abord et les Allemands ensuite, durant la deuxième guerre mondiale, l’acte de résistance le plus pratiqué, c’était de parler le Wallon. Aujourd’hui encore, cela reste omniprésent dans la culture de la ville.

Cela l'est en tout cas pour Eric, jeune trentenaire qui fait partie de la société La Royale malmédienne, un chœur composé exclusivement d’hommes. Depuis des semaines, il prépare, en grand secret, un spectacle satirique sur les gens et les événements qui ont marqué l’année écoulée.

Plusieurs autres sociétés musicales et folkloriques connaissent la même effervescence à quelques jours du grand moment : le carnaval ! Faire partie de l’une de ces sociétés, c’est une consécration pour tout Malmedien qui se respecte. Très souvent d’ailleurs, les jeunes qui ont quitté la ville pour faire leurs études à Liège ou à Bruxelles, reviennent plus tard s’installer à Malmédy pour y retrouver cette ambiance et cette culture si particulière. Et toute cette vie très intense contribue beaucoup à l’identité wallonne de Malmedy.

Jour 2 : café et économie

Nos journalistes ont passé une deuxième journée à arpenter les rues de la ville à la rencontre des Malmédiens. Point de chute : le Scotch Inn, l’un des plus vieux bistrots de la place. C’est là que les "vrais" Malmédiens se retrouvent tous les matins devant un café et le journal. On y discute de tout mais une préoccupation revient régulièrement dans les propos : la situation économique de la ville.

Malgré ses 11% de chômage, elle dispose de nombreux atouts, comme une main d’œuvre qualifiée et qui parle souvent plusieurs langues, affirme Jean Steffens, Malmédien de souche, patron d’une grande entreprise et cofondateur des Francofolies de Spa.

À quelques tables de là, Marcel, retraité, se rappelle qu’il y a 30 ans à peine Malmedy comptait trois industries importantes qui employaient plusieurs milliers de travailleurs. Le papier, le cuir et l’impression sur aluminium – sur les canettes de bière, par exemple. Tout cela a progressivement disparu, déplore Marcel.

Les jeunes vont travailler ailleurs, renchérit Helmut. Lui aussi est retraité. Au Grand-Duché de Luxembourg surtout. Aujourd’hui, porte des Hautes Fagnes, Malmedy est idéalement située pour le tourisme qui représente plus de 20% de son activité économique.

Mais derrière l’image de prospérité que dégage la ville, il y a aussi une augmentation de la précarité. On voit ainsi que les distributions de colis par la Croix-Rouge attirent désormais plus de 200 personnes chaque semaine. Une réalité qu’on ne peut plus cacher affirme Roger qui se veut citoyen lanceur d’alerte à Malmedy.

Jour 1 : premières rencontres

Première étape de notre périple à Malmedy. Du soleil pour saluer notre arrivée dans cette ville accueillante. Beaucoup de monde dans les rues qui profite des quelques jours de congé après les réveillons. Dans toute la ville, des touristes déambulent dans les rues décorées de nombreuses illuminations de fête.

Pour Élodie Blogie, journaliste du quotidien Le Soir et moi-même, notre première rencontre, c’est une dame énergique retraitée de l’enseignement. Sa première réaction : Malmedy est une ville où il fait bon vivre. C’est d’ailleurs ce que presque tous les Malmédiens rencontrés affirment.

Mais, en creusant un peu, de vraies préoccupations apparaissent. Notamment un certain sentiment d’insécurité, surtout chez les commerçants. Et aussi, des inquiétudes face à une ville qui a beaucoup changé en quelques années avec le développement du tourisme et l’ouverture à des communautés d'origine étrangère. Mais pas de conflit ouvert. À Malmedy, on aime faire la fête et surtout le Cwarmé, le carnaval local.

Ce mercredi, nous nous intéresserons à l’économie d’une région qui semble sortir tout doucement de la récession.

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